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Philippe Juvin (PPE) : "A Strasbourg comme dans une tragédie il y a une unité de temps et de lieu"

Actualité 15.07.2010

Un an déjà ! En juin 2009 avaient lieu les élections européennes. Parmi les 736 eurodéputés élus, nombreux sont ceux qui faisaient pour la première fois leur entrée au Parlement européen. A l'occasion de cet anniversaire, Touteleurope.fr a rencontré un certain nombre d'entre eux. L'occasion de faire le bilan de douze mois de travaux, de joies, de déceptions et d'apprentissage.

Touteleurope.fr : Quel souvenir gardez-vous du soir de votre élection au Parlement européen ?

Philippe Juvin : Le premier souvenir du soir de l'élection est en fait un souvenir emprunt de doute puisque j'étais le cinquième de la liste de Michel Barnier en Ile-de-France et il n'était pas certain que je sois élu le soir-même.

Donc je n'ai su que assez tard que j'étais élu et évidemment, au moment où je l'ai su, j'ai d'abord été très heureux et fier, puis je me suis dit que j'avais beaucoup de chance de participer à ce mouvement en création, puisque c'est comme ça que je vois l'Europe, comme en monde en devenir.


Touteleurope.fr : Et quel souvenir gardez-vous de la 'rentrée des classes', de votre premier jour de prise de fonctions ?

P.J. : Le premier jour où je suis allé dans l'hémicycle européen nous avons entendu l'Hymne à la Joie, nous nous sommes levés pour l'élection du président, et j'avoue très humblement que j'étais très ému au point que j'ai un peu pleuré. J'ai trouvé cela très beau, cet hémicycle baigné de bleu qui est occupé par tous ces gens qui représentent des pays qui, il y a encore quelques années, se faisaient la guerre, je trouve cela formidable.

J'ai une histoire familiale marquée par les guerres du 20ème siècle, et j'ai donc été élevé avec cette histoire familiale. Alors me retrouver sur le même banc que des personnes que mes grands-parents considéraient comme des ennemis définitifs me paraît relever du miracle. Donc oui, j'étais très ému.


Touteleurope.fr : Quelles fonctions occupiez-vous avant votre élection ? Continuez-vous à les exercer ?

P.J. : J'avais deux activités, une politique et une professionnelle. Je suis professeur de médecine et responsable d'un service d'urgences dans un hôpital dans le nord de Paris, et j'exerce toujours ses tâches, bien évidemment en organisant mon emploi du temps un peu différemment.

Et puis j'étais, et je suis toujours, maire de la Garennes-Colombes qui est une ville situé dans les Hautes-Sèvres (92). Donc mes activités passées ont été modifiées mais pas tant que ça.

Touteleurope.fr : Arrivez-vous à faire le lien entre les citoyens, qui vous ont élu, et l'Europe ?

P.J. :
Je crois que garder un pied dans une collectivité locale, dans une mairie, mais aussi dans une activité professionnelle, qui en plus est en contact avec la population comme un service d'urgences, m'aide dans mon travail d'eurodéputé.

J'ai toujours pensé que la médecine et la politique étaient un peu la même chose. On soigne des gens, en politique collectivement, médicalement individuellement, mais en réalité la démarche est assez similaire, y compris intellectuellement d'ailleurs.


Touteleurope.fr : Quel est votre meilleur souvenir de cette première année de mandat ?

P.J. : C'est un plaisir renouvelé, particulièrement à Strasbourg d'ailleurs, plus qu'à Bruxelles, de me retrouver avec des collègues de pays, de langue et de culture différents des miens. Et même si les cultures sont différentes, et c'est là le miracle européen, au final il y a un fond commun. Et c'est sur ce fond que l'Europe se bâtit.

Donc j'ai toujours quand je viens à Strasbourg ce sentiment d'appartenir à un grand mouvement qui me dépasse. Et Strasbourg est plus particulier parce qu'il y a un peu comme dans une tragédie classique, mais ce n'est pas une tragédie, une unité de temps et une unité de lieu. Nous sommes à Strasbourg pour trois jours et nous avons un sentiment d'urgence puisqu'à Strasbourg on court réellement, physiquement, d'une réunion à l'autre, et puis il y a une unité de lieu, et c'est assez petit, c'est mal fichu dans le sens où nous avons tous des bureaux microscopiques, mais cette hyper-concentration des gens crée un effet de groupe, nous avons l'impression de porter une même aventure.

Touteleurope.fr : Et votre pire souvenir, ou votre plus grande déception ?

P.J. : Non. Peut-être une petite déception quand on a l'impression que cet outil est un peu trahi. Ainsi je suis notamment membre de la commission pour le droit des femmes et j'ai l'impression que cette commission est souvent l'endroit où il va y avoir des déclarations qui tiennent de l'incantatio , teintées d'idéologisme qui gâchent un peu le travail effectué. Donc oui je suis déçu lorsque l'on est pas à la hauteur de l'outil qui nous est donné.


Touteleurope.fr : Quel est le dossier qui vous a le plus passionné ?

P.J. : C'est un dossier sur lequel je travail actuellement, dont je suis le rapporteur, et qui porte sur l'effet de la publicité sur le consommateur, et plus exactement sur les citoyens. C'est un dossier très transversal qui permet de comprendre que le monde change et qu'aujourd'hui il existe de nombreux outils qui sont extrêmement intrusifs dans la vie des citoyens, qui peuvent les espionner à des fins marchandes. Et je pense que si on n'y prend pas garde, le risque est réel. L'Europe sert aussi à protéger les libertés individuelles et fondamentales.


Touteleurope.fr : Avez-vous l'impression d'avoir changé depuis un an, depuis votre arrivée au Parlement ?

J. B. : J'ai déjà vieilli d'un an ! J'ai un peu plus de cheveux blancs ... Plus sérieusement ma vie a changé bien sûr, au sens où l'ouverture sur les autres, le fait de travailler en 24 langues, avec des collègues venant de 27 pays, aux histoires politiques différentes, ça ne peut que changer quelqu'un, et heureusement d'ailleurs.

Puis il y a une appropriation collective de l'Europe. L'expérience vaudrait d'être vécue : si vous mettez le plus eurosceptique des eurosceptiques au Parlement européen, il y a peu de chance qu'il ne soit pas un peu européen au terme de son mandat. Il faudrait demander à nos collègues eurosceptiques, mais je pense que le sentiment de communion est quand même fort.


Propos recueillis le 16 juin 2010