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Nouveau traité européen : la Grande-Bretagne fait cavalier seul

Actualité 12.12.2011

La décision du Premier ministre britannique David Cameron d'opposer son veto quant à l'accord décidé lors du dernier sommet européen à Bruxelles provoque de vives réactions, tant du côté Britannique que dans le reste de l'Europe. Par cette décision, la Grande-Bretagne sera le seul Etat membre parmi les 27 à ne pas être soumise à un contrôle budgétaire accru. Lundi 12 décembre, le Premier ministre doit s'adresser aux élus de son pays pour leur expliquer son choix de ne pas s'engager dans le nouveau traité européen.

 

Le veto afin de protéger l'attractivité de la City

La semaine s’annonce chargée pour David Cameron. Le Premier ministre britannique doit expliquer lundi à la Chambre des communes les raisons qui l'ont poussé à opposer son veto à l'accord intergouvernemental décidé lors du sommet européen qui s'est tenu à Bruxelles les 8 et 9 décembre.

En prenant cette décision, le Premier ministre entend défendre le secteur financier de Londres contre l'éventualité d'une intervention européenne excessive. Le nouveau traité européen, qui devrait être signé au plus tard en mars 2012, vise à renforcer les règles budgétaires s'appliquant aux Etats membres. Désormais, la Grande-Bretagne fait donc cavalier seul et refuse qu'il soit procédé à une révision des traités.

Les tensions entre entre l'Union européenne et la Grande Bretagne ne sont pas une nouveauté. Cette dernière n'a pas repris l'acquis Schengen en 2004, et a refusé l'euro en 1999.
Auparavant, Mme Thatcher avec son "I want my money back" prononcé lors du Sommet européen de Dublin en 1979 avait déjà provoqué une crise dans l'histoire de la construction européenne.


Le Premier ministre britannique voulait également que la City ne soit pas soumise aux mesures sur les services financiers, notamment aux ratios de liquidités prévus pour toutes les autres places financières d'Europe.

Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères, David Miliband, ce veto n'empêchera toutefois pas les "les 26 autres pays de l'UE (…) (d') avancer dans leur projet" de régulation du secteur financier". "C'est le premier veto dans l'histoire qui ne stoppe rien", affirme-t-il.

Le soutien des conservateurs

Du côté des conservateurs, la décision a été accueillie favorablement. Le ministre des Finances, George Osborne, a considéré que le Premier ministre  David Cameron avait pris "une décision difficile mais que celle-ci était la bonne".

Pour le conservateur John Redwood, le veto "donne [aux Britanniques] l'occasion de négocier une nouvelle relation avec l'Union européenne qui serve nos intérêts". "Nous ne pouvons rester assujettis à des traités tels qu'ils sont conçus", a renchéri le député Bernard Jenkin.

Selon un sondage du Mail on Sunday, cet avis semble partagé par la majorité des citoyens du pays. 62% des Britanniques soutiennent la décision de David Cameron, et 48% veulent que le pays quitte l'Union européenne.

Mécontentement de la part des libéraux démocrates et des Ecossais

Nick Clegg, chef du parti des Libéraux Démocrates et vice-Premier ministre, est "amèrement déçu" de l'issue du dernier sommet européen. Pour lui, cette issues était "mauvaise pour la Grande-Bretagne".
Toutefois, la coalition formée en mai 2010 lors des élections législatives ne devrait pas être mise en péril, une scission en son sein constituerait un "désastre économique" selon le chef de l'opposition, alors que la Grande-Bretagne connait une croissance économique pratiquement nulle. 

Pour Martin Horwood, élu chez les Libéraux et Démocrates, "Un même sentiment est largement partagé chez les Lib Dems, et ce sentiment est celui de la déception quant au résultat".

Cette position est partagée par le Premier ministre d'Ecosse Alex Salmond. Ce dernier accuse David Cameron d'"avoir commis une bourde en changeant les relations du Royaume-Uni avec l'Union européenne, sans en avoir référé à ses collègues libéraux-démocrates, sans parler des gouvernements locaux d'Edimbourg, de Cardiff [pour le pays de Galles] et de Belfast [pour l'Ulster]".
Il reproche au résident du 10 Downing Street de "diriger maintenant une administration divisée, ayant d'une crédibilité zéro dans les négociations avec l'UE et où les intérêts de l'Ecosse en sont profondément affectés".

Les réactions du couple "Merkozy" quant aux au veto britannique

"Je n'ai pas eu l'impression que David Cameron était assis à notre table", a commenté la chancelière Angela Merkel à l’issue du Conseil européen.

Dans un entretien accordé au Monde lundi 12 décembre, le président Nicolas Sarkozy a considéré qu'il existait deux camps. "Nous avons tout fait, la chancelière et moi pour que les Anglais soient partie prenante à l'accord. Mais il y a désormais clairement deux Europe, l'une qui veut davantage de solidarité entre ses membres et de régulation, l'autre qui s'attache à la seule logique du marché unique", a déclaré le chef de l’Etat. Pour le Président français, "l'affirmation répétée de leur opposition à toute perspective d'entrer dans l'euro ne peut être sans conséquence." "La crise est venue de la dérégulation de la finance, jamais nous ne pourrions accepter un retour en arrière. L'Europe doit aller vers davantage de régulation", a-t-il expliqué.

La sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne n'est toutefois pas envisageable. Le Président français s’est voulu rassurant : l’Union avait "besoin de la Grande-Bretagne. Ce serait un grand appauvrissement de voir son départ qui, fort heureusement, n'est pas d'actualité".



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Conclusions du Conseil européen des 8 et 9 décembre 2011 - Conseil européen