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Les Grecs ne sanctionnent pas le plan européen d'austérité aux urnes

Actualité 10.11.2010

Plus d'un an après l'annonce des chiffres réels du déficit et de la dette de la Grèce, le nouveau gouvernement grec a connu son principal test électoral dimanche 7 novembre 2010. Conforté par le premier tour des élections régionales, le gouvernement doit pourtant faire face à une situation économique difficile et à l'opposition d'une partie du peuple grec. Un an après le début de la crise grecque, Toute l’Europe revient sur ces évènements et leurs conséquences actuelles. 

Le rehaussement du déficit budgétaire plonge la Grèce dans la crise


Le 16 octobre 2009, suite à la victoire des socialistes aux élections législatives, le nouveau gouvernement de Georges Papandréou annonce que la situation économique du pays est "explosive" puisque le déficit budgétaire estimé à 6% du PIB par le gouvernement de son prédécesseur Costas Caramanlis, approche en réalité les 10%. Le 5 novembre de la même année,  il est attesté que le déficit grec atteint même 12,7% du PIB. C’est un réel désaveu pour le gouvernement Caramanlis, accusé d'avoir maquillé les chiffres.

Suite à ces déclarations, des doutes s’installent sur la capacité de la Grèce à tenir ses engagements à l’égard de ses créanciers. Les spéculateurs parient effectivement en ce sens, ce qui fait que les agences de notation dégradent brutalement la notation de la dette publique grecque. En conséquence, on observe le  renchérissement  considérable des taux d’intérêt sur les emprunts de l’Etat grec (à la fois ceux qu’il doit effectuer au titre de sa dette arrivant à échéance et ceux qui résultent du déficit qui se creuse inéluctablement). Cela a pour résultat d’alourdir significativement les déficits et porte un coup à la situation financière générale du pays. De plus, l’annonce d’un plan d’austérité par le gouvernement grec ne suffit pas à diminuer la spéculation et les taux d’intérêt exigés sur la dette grecque. La situation devient insoutenable et ces derniers montent au-dessus de 10%.

L'union européenne se porte au secours de la Grèce


Le gouvernement grec possède dès lors deux choix : proclamer la cessation de paiement totale ou partielle, ou accepter la mise en place d'un plan de sauvetage. Ainsi le 2 mai 2010, les ministres des Finances de la zone euro approuvent un plan d'aide qui prévoit le versement de 110 milliards d'euros à la Grèce sur trois ans. 80 milliards d'euros seront donc prêtés dans le cadre d'accords bilatéraux à un taux moyen d'intérêt de 5%, bien inférieur à celui proposé par les marchés financiers. Les 30 milliards restant seront accordés par le FMI, selon d'autres modalités. Quoi qu’il en soit, ces deux plans sont soumis à des conditions drastiques exigeant de gros sacrifices budgétaires au pays.

Une cure d'austérité sans précédent


Plusieurs mois avant l'adoption du plan de sauvetage, la Grèce avait déjà, le 14 décembre 2009, engagé un plan d'austérité afin que son déficit passe en dessous des 3% d'ici 2013. Le 5 janvier 2010, le gouvernement affirme vouloir le normaliser avant 2012. Dans les mois suivants, plusieurs mesures sont annoncées par le gouvernement comme le gel des retraites des fonctionnaires et des salariés du secteur privé.

L'octroi du plan de sauvetage à la Grèce exige en contrepartie l'engagement d'un deuxième plan d'austérité. Celui-ci prévoit notamment de passer les cotisations de retraite de 37 à 40 annuités d’ici à 2015 et la levée de l'interdiction faite aux entreprises de licencier plus de 2% de leurs effectifs. A terme, l’âge de la retraite pourrait être encore repoussé jusqu’à 67 ans, si la situation l'exige.

Une opposition massive aux plans d'austérité


Peu de temps après l'annonce du plan pour la Grèce, de nombreuses manifestations ont eu lieu relayant les oppositions au caractère inégalitaire des plans. Certains estiment que, si la situation financière grecque est effectivement sérieuse (13% de déficit du PIB), elle l'est autant que celle de l'Irlande (14%) ou celle de l'Espagne (entre 10 et 12%). Le fait d’être le seul pays à s’être fait imposer par des autorités supranationales un second plan d’austérité en contrepartie de l’argent versé passe mal auprès de l’opinion grecque. Voilà pourquoi le scrutin du 9 novembre était présenté comme un test sérieux pour le gouvernement grec. Ce scrutin symbolique avait donc valeur de référendum au sujet de de l'austérité administrée au pays depuis près d'un an. Conscient de sa position précaire, le Premier ministre avait même menacé de provoquer des législatives anticipées en cas de résultat défavorable.

Or, le Parti socialiste grec PASOK est sorti victorieux du premier tour de ce scrutin. Fort de cette légitimité acquise, le Premier ministre a montré sa volonté de poursuivre les réformes : "Réformer n'est pas facile. Le peuple grec nous a portés au pouvoir l'an dernier et il a confirmé aujourd'hui qu'il souhaitait ces réformes. Nous allons poursuivre notre tâche demain" a-t-il déclaré.

Une situation économique encore précaire

La situation de la Grèce n'en demeure pas moins précaire. Malgré les rapports satisfaisants des services de la DG "Affaires économiques et monétaires", qui a installé une antenne à Athènes afin de superviser l'application des réformes, le pays demeure sous surveillance étroite.

Olli Rehn et la Commission européenne ont apprécié les efforts réalisés par gouvernement grec en vue de la stabilisation de l'économie grecque mais l’office européen des statistiques, Eurostat, a fait savoir qu’il allait revoir à la hausse la dette et le déficit de la Grèce sur les années 2006-2009, ce qui va à l'encontre des efforts fournis depuis 6 mois. Cela laisse craindre que le déficit 2009 ne dépasse, en fait, largement les 15% du PIB, contre une évaluation actuelle à 13,7%. Cette révision pourrait augurer dès lors de nouvelles mesures d’austérité.

Les autorités supranationales qui ont pris en charge la dette grecque semblent également divisées sur la situation réelle du pays. Ainsi, Dominique Strauss Kahn laissait entendre qu'une prolongation du plan de sauvetage serait nécessaire, aussitôt réfuté par le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn. La Grèce arrivera-t-elle à trouver un équilibre entre austérité, relance économique, et  le désir du peuple grec d'une plus grande justice sociale ?

 

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