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Les conservateurs remportent les élections législatives britanniques

Actualité 08.05.2015

En dépit de toutes prédictions, le Parti conservateur britannique a atteint de peu la majorité absolue lors des élections législatives et pourra donc gouverner seul le Royaume-Uni au cours des cinq prochaines années. Une victoire considérable pour le Premier ministre sortant David Cameron qui balaye l’opposition. Ed Miliband, leader du Parti travailliste, a démissionné de son poste. Tout comme Nick Clegg, dirigeant des libéraux-démocrates et ancien partenaire de coalition des conservateurs, et Nigel Farage, chef du parti europhobe et anti-immigration UKIP, battu dans le Kent. Avec les Tories, seul le parti indépendantiste écossais tire son épingle du jeu, raflant la presque totalité des sièges écossais.

David Cameron

Les conservateurs s’évitent une nouvelle coalition

Le choc est arrivé hier soir à 22h. Contre toute attente et en contradiction avec tous les sondages préalables, la BBC annonçait la quasi-victoire du Parti conservateur. La tendance s’est par la suite confirmée et légèrement amplifiée. Ce devait être un "hung Parliament", une Chambre des Communes sans majorité claire. Finalement les Tories font mieux qu’il y a cinq ans et pourront gouverner sans le soutien du Parti libéral-démocrate (centre), grâce à leurs 326 sièges sur 650, à l’heure où nous publions. 323 sièges sont de toute manière suffisants pour gouverner dans la mesure où les 4 députés du Sinn Fein nord-irlandais ne siégeront pas et que le président de la Chambre des Communes est neutre.

Les LibDem sont balayés et leur dirigeant, le vice-Premier ministre sortant Nick Clegg, a annoncé sa démission de la tête du parti. La grande majorité de ses sièges passent entre les mains des… conservateurs et du Scottish National Party (SNP), le parti indépendantiste écossais, autre grand vainqueur du scrutin. En effet, la formation conduite par la charismatique Nicola Sturgeon réussit un véritable raz-de-marée en Ecosse, raflant 56 des 59 sièges. Un triomphe annoncé confirmant la césure grandissante entre cette nation, très à gauche politiquement et résolument pro-européenne, et le reste du Royaume et particulièrement l’Angleterre, nettement plus conservatrice et eurosceptique.

Déroute des travaillistes, Ed Miliband démissionne

Outre le recul des libéraux-démocrates, le SNP est également en partie responsable du camouflet enregistré par le Parti travailliste, qui réalise, avec 233 sièges, son pire score depuis 1987. Vers 5h ce matin, Ed Miliband, leader du Labour, reconnaissait sa défaite : "la nuit a clairement été décevante. Nous n’avons pas réalisé assez de progrès en Angleterre, et en Ecosse, il y a eu une vague de nationalisme".

Ed Miliband

Ed Miliband, leader du Parti travailliste, a démissionné de son poste à la suite des élections législatives

M. Miliband, dernier chef de parti à annoncer sa démission un peu après 13h, n’aura jamais réussi à faire décoller sa campagne. Pire, les travaillistes perdent leur bastion écossais au profit des indépendantistes. Douglas Alexander, qui aurait été ministre des Affaires étrangères, en fait les frais et ne retrouve pas son siège à Westminster. La sanction est la même pour Ed Balls, à qui serait revenu le prestigieux poste de Chancelier de l’Echiquier (ministre de l’Economie) en cas de victoire travailliste. Ce dernier est battu d’une poignée de voix à Morley et Outwood, près de Leeds dans le Yorkshire de l’Ouest.

Incontestablement, le Labour est donc le grand perdant de ces élections 2015, à l’instar du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), dirigé par l’eurodéputé europhobe et anti-immigration Nigel Farage. Arrivé en tête lors des élections européennes 2014, le UKIP accuse un fort recul et n’obtient qu’un seul siège à Westminster. Lui-même candidat à South Thanet, dans le Kent, M. Farage est battu et laisse lui aussi vacante la direction de son parti – même s’il se laisse la possibilité de la reconquérir lors des prochaines élections internes, en septembre.

Controversé 'first past the post'

Naturellement, la nature du système électoral britannique – majoritaire à un tour, ou 'first past the post system' en anglais – a été pointée du doigt par certains partis et de nombreux observateurs. Certes, le Parti conservateur obtient finalement, à l’échelle du pays, environ 36,8% des suffrages, soit 6 points de plus que le parti travailliste (30,5%) – ce matin encore, les projections étaient de 34% chacun. A la Chambre des Communes, les Tories auront ainsi environ 100 sièges de plus que leur grand rival. En revanche, Nigel Farage ne s’est pas privé de mettre en avant le "paradoxe" suivant : le UKIP n’obtient qu’un seul député avec 12,6% des voix à l’échelle nationale, contre 4,8% pour les 56 députés du Scottish National Party…

Ce qui sera vu comme une injustice par les uns est perçu par les autres comme le seul moyen de permettre l’émergence d’une majorité politique claire. Dès ce midi, David Cameron se rendra en effet à Buckingham pour recevoir le mandat de la Reine pour constituer son gouvernement. Ce dernier sort naturellement renforcé de cette élection, et conforté dans son programme économique de rigueur.

Au cours des cinq prochaines années, le Premier ministre aura toutefois fort à faire, avec de nombreux dossiers explosifs. En effet, David Cameron a promis d’organiser un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Prévu pour 2017, il pourrait même être avancé à l’année prochaine et la position du Premier ministre sera déterminée par sa capacité à obtenir de ses partenaires des réformes substantielles sur le fonctionnement de l’UE.

L’Europe et l’Ecosse comme dossiers les plus sensibles pour David Cameron

Angela Merkel et François Hollande, prompts à féliciter M. Cameron pour sa victoire, se sont empressés de répéter qu’ils ne seraient pas disposés à revenir sur des acquis de la construction européenne, comme le principe de libre-circulation des travailleurs que le Premier ministre britannique souhaiterait réformer. Les discussions s’annoncent donc âpres entre le Royaume-Uni et ses partenaires européens, de plus en plus lassés par les exigences de Londres. Tout l’enjeu pour David Cameron sera dès lors de proposer des changements qui relèveraient de l’intérêt de tous et pas seulement de son pays. Les deux parties auraient néanmoins beaucoup à perdre, autant sur le plan économique que politique, d’un 'Brexit' et les dernières sondages indiquent que si la population britannique souhaite s’exprimer sur cette question, une majorité voterait pour rester dans l’UE.

L’Ecosse, tout comme le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, dispose de très larges compétences, indépendantes du pouvoir central. Par conséquent, les Ecossais élisent à la fois des députés qui siègent à Westminster pour participer à la gestion des affaires nationales et des députés qui siègent à Holyrood, le Parlement d’Edimbourg, pour s’occuper des affaires strictement écossaises.

A la question européenne s’ajoutera le dossier écossais pour le nouveau gouvernement. Si le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, organisé en septembre dernier, s’est soldé par la victoire du "non", il ne fait guère de doute que cette perspective pourrait être rapidement réactivée au cours des prochains mois. Les Ecossais sont en effet farouchement pro-européens et opposés à la politique d’austérité menée depuis 2010 par les conservateurs. D’autant que l’écrasante victoire du SNP, qui pourrait s’accompagner d’un nouveau triomphe l’an prochain lors des élections législatives écossaises, confère une légitimité démocratique incontestable aux indépendantistes et à sa principale dirigeante, Nicola Sturgeon.

Ainsi, Ed Miliband voit probablement juste en mettant en garde David Cameron sur le défi que représente la sauvegarde de l’unité du Royaume-Uni. La pression sera très forte sur les épaules du Premier ministre à qui son parti ne pardonnerait pas le départ de l’Ecosse et qui pourrait être l’homme du départ de l’UE. Pour l’heure, le leader conservateur est naturellement tout à sa joie, rayonnant sur Twitter avec sa femme Samantha, et remerciant sobrement ses électeurs. Un plus large discours devrait logiquement suivre dans les heures à venir.