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Investiture de Donald Trump : les 5 nominations qui peuvent inquiéter l'Europe

Actualité 20.01.2017

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l'Europe n'est plus sûre de pouvoir compter sur les Etats-Unis en tant que principal allié. Au premier jour de l'entrée en fonction de Donald Trump, l'incertitude est donc de mise. D'autant qu'au-delà des déclarations et agissements du nouveau président, son équipe gouvernementale est également de nature à susciter des inquiétudes. Tour d'horizon.

Donald Trump

Que peut bien réserver à l'Europe ce président qui s'est, il y a à peine quelques jours, publiquement réjoui du Brexit ? Son cabinet, nommé au cours de la période de transition et devant encore finir d'être approuvé par le Sénat, ne laisse en tout cas rien présager de bon pour les relations UE-Etats-Unis. D'autant que l'incertitude règne quant à la politique qu'il va mener. Si de nombreux médias, comme CNN, considèrent que le gouvernement Trump est une "'dream team' conservatrice", d'autres soulignent qu'identifier sa cohérence idéologique se révèle être une tâche ardue.

Un gouvernement baroque

Le Wall Street Journal estimait ainsi début décembre qu'il "est presque impossible d'identifier une orientation idéologique claire dans les premiers actes du président", allant même jusqu'à affirmer que tenter l'exercice est "probablement une erreur car les définitions de la gauche et de la droite, du libéralisme et du conservatisme, sont brouillées juste sous nos yeux". Interrogé par le journal au cours d'une conférence post-électorale à Harvard, le sondeur Tony Fabrizio considère que le président républicain ne peut être analysé à travers les grilles de lecture idéologiques traditionnelles. "Donald Trump est post-idéologique, son mouvement transcende l'idéologie à de nombreux égards", expliquait alors le chercheur au Wall Street Journal.

Ce flou est entretenu par de nombreuses nominations d'éléments extrêmement conservateurs, tels que Steve Bannon, patron de Breitbart News, site considéré comme plaque tournante de l'"alt-right", mouvement nationaliste et xénophobe. A la Maison Blanche, M. Bannon occupera le rôle de conseiller en stratégie.

A ses côtés, se trouveront différents profils. Certains assez classiques, à l'image de Steven Mnuchin, nommé secrétaire au Trésor – l'équivalent américain du ministre des Finances – et qui est issu de Goldman Sachs. Et d'autres plus iconoclastes et peu susceptibles de faciliter le dialogue avec les Européens.

Rex Tillerson – secrétaire d'Etat

 Rex Tillerson (à gauche) avec Vladimir Poutine en 2012

 Rex Tillerson (à gauche) avec Vladimir Poutine en 2012


Choisi pour diriger la diplomatie américaine, Rex Tillerson vient de démissionner du poste de PDG du puissant groupe pétrolier et gazier ExxonMobil. Totalement novice en politique étrangère, ce sont ses liens avec la Russie qui préoccupent le plus. Ayant conclu d'importants contrats dans ce pays, M. Tillerson a développé de proches relations avec le président Vladimir Poutine. Ce dernier l'a par ailleurs décoré de l'ordre de l'Amitié en 2013, plus haute distinction civile en Russie. De quoi inquiéter quant à la future politique étrangère des Etats-Unis, à l'heure où les Européens sont nombreux à critiquer l'action de Moscou en Syrie et que son intervention en Ukraine fait toujours l'objet de sanctions.

En audition au Sénat pour obtenir confirmation de sa nomination, Rex Tillerson a néanmoins déclaré que l'annexion de la Crimée par la Russie était "illégale". "Je place actuellement la Russie dans la catégorie des Etats hostiles et elle pourrait passer dans celle des ennemis", a-t-il également affirmé. Des propos de nature à rassurer mais qui peinent encore à convaincre, Rex Tillerson ayant admis à la fin de son audition n'avoir toujours pas évoqué avec Donald Trump l'orientation des Etats-Unis concernant la politique étrangère du pays. "J'espère qu'il soutiendra mes politiques", a-t-il dit aux sénateurs.

 

Scott Pruitt – administrateur de l'Agence de protection de l'environnement des Etats-Unis (EPA)

 Scott Pruitt

 Scott Pruitt


Procureur général de l'Etat de l'Oklahoma, Scott Pruitt pourrait bien faire partie des fossoyeurs des efforts mondiaux en termes de lutte contre le réchauffement climatique. Climato-sceptique notoire, accusé de conflits d'intérêt en raison de ses liens avec le lobby des énergies fossiles, il a mené une guerre juridique pour tenter de faire annuler le Clean Power Plan de l'administration Obama - la plus importante stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'histoire des Etats-Unis.

Ainsi, sa nomination à la tête de l'agence fédérale censée mener à bien la politique environnementale américaine, et donc d'appliquer l'accord de Paris sur le climat, dont Donald Trump a déclaré vouloir se retirer, ne surprend guère. La lutte contre le réchauffement climatique, un des chevaux de bataille de l'Union européenne, devra se faire en composant avec un puissant adversaire.

 

James Mattis – secrétaire à la Défense

James Mattis

James Mattis


Général à la retraite, surnommé le "Moine-guerrier" en raison de son célibat (il n'a ni femme ni enfant) et de sa bibliothèque personnelle comportant plusieurs milliers de livres, le franc-parler de James Mattis le rapproche de Donald Trump. Lors d'un forum sur les stratégies de guerre à San Diego en 2005, il avait déclaré qu'il est "vraiment plaisant" de "tirer sur des gens", évoquant les talibans afghans qu'il a combattu au cours de la guerre d'Afghanistan, propos qu'il a ensuite regrettés.

Ses positions radicales font également partie de ses traits "trumpiens". L'accord sur le nucléaire iranien - signé en 2015 par les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Russie, la Chine et l'Iran - et visant à mettre fin aux sanctions occidentales à l'encontre de la République islamique en échange d'une restriction de son programme nucléaire, est une erreur majeure pour James Mattis. Une position que partage Donald Trump, ayant fait de la dénonciation de l'accord sa "priorité numéro un" dans un discours de campagne en mars.

Le général retraité sera donc un allié de taille pour le nouveau président dans la crise diplomatique qui se profile s'il tient parole. Les Européens étant particulièrement attachés à cet accord, perçu comme une avancée considérable pour la promotion de la paix au Moyen-Orient et qui ouvre de nouveaux débouchés commerciaux.

Wilbur Ross - secrétaire au Commerce

Wilbur Ross sur la chaîne télévisée Fox Business le 25 février 2016 (capture d'écran Youtube)

Wilbur Ross sur la chaîne télévisée américaine Fox Business le 25 février 2016 (capture d'écran Youtube)


Surnommé "Monsieur Faillite", Wilbur Ross a fait fortune en rachetant des entreprises en difficulté pour les revendre après avoir réussi à les remettre sur pied, souvent au prix de licenciements massifs. En matière de politique commerciale, il est l'éminence grise de Donald Trump. L'idée selon laquelle il est absolument nécessaire pour les Etats-Unis de renégocier ou de se retirer des accords de libre-échange, défendue par le nouveau président pendant sa campagne, viendrait de lui.

Dans le même temps, il soutient une fiscalité bien plus faible qu'à l'heure actuelle pour les entreprises aux Etats-Unis, ce qui va dans le sens de la volonté de Donald Trump de diviser par deux l'impôt sur les sociétés. Un rétablissement des barrières douanières couplé à une fiscalité des plus attractives pourrait, dans la perspective d'un scénario catastrophe, aboutir à une guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe, aux effets dévastateurs pour les deux camps.

 

Rick Perry - secrétaire à l'Energie

Rick Perry

Rick Perry


Gouverneur du Texas de 2000 à 2015, il est, à l'instar de Scott Pruitt, défenseur de l'industrie des hydrocarbures. Egalement climato-sceptique, il siège au conseil d'administration d'Energy Transfers Partners, société texane chargée de construire le Dakota Access Pipeline dans le Dakota du Nord, chantier stoppé par un mouvement de protestation amérindien.

Chargé de la politique énergétique américaine ainsi que de la supervision du programme nucléaire militaire des Etats-Unis, sa nomination éloigne encore plus le deuxième émetteur de dioxyde de carbone au monde du respect de l'accord de Paris sur le climat.