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Chypre sacrifie son système bancaire pour éviter la faillite

Actualité 25.03.2013

Après plus d'une semaine de panique globale, et de blocages politiques et diplomatiques entre la troïka européenne, la Russie et le gouvernement chypriote, un accord a finalement été trouvé entre les deux principales parties de ce psychodrame dont l'UE commence à avoir coutume. Après l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et surtout la Grèce, c'est au tour de l'île de Chypre de bénéficier d'un plan d'aide concocté par le Fonds Monétaire International, la BCE et les institutions européennes. 

D'un côté, la restructuration complète du système bancaire chypriote

Les banques de Chypre jouent un rôle ambivalent dans le déclenchement de la crise chypriote. D'une part, elles sont fondamentales à l'économie de l'île et constituent un des attraits principaux du pays pour les investisseurs étrangers. Mais en même temps, les avantages fiscaux qu'elle propose se sont trouvées au cœur des récentes discussions de l'Eurogroupe quant à un sauvetage du secteur bancaire. En effet, accusée d'être un paradis fiscal pour Russes et Britanniques fortunés, l'île de Chypre a bien failli ne pas recevoir d'aide européenne, certains de ses partenaires du continent estimant qu'un engagement dans la lutte contre le blanchiment d'argent constituait une condition sine qua non à tout déblocage des négociations.

Les tensions autour du sauvetage de Chypre ont fait la Une des journaux européens ces derniers jours. Pour revivre cette semaine marquée par de nombreux rebondissements, consultez les revues de presse de Touteleurope.eu.

L'Allemagne, "chef de file" de cette opposition, semble avoir obtenu gain de cause dans ce dossier. Car le plan d'aide négocié au forceps dans la soirée de dimanche comporte de nombreuses contreparties pour le gouvernement de Nicos Anastasiades, et non des moindres. La deuxième banque du pays, Laiki, est liquidée et divisée en deux entités totalement séparées. D'un côté, une "good bank", dont les actifs rejoignent la Bank of Cyprus. De l'autre, une "bad bank", englobant les dépôts supérieurs à 100 000 euros, qui paieront une lourde contribution au refinancement du secteur bancaire chypriote. Ce dernier, très exposé aux titres de dette grecque, dont les taux d'intérêt ont rapidement fondus comme neige au soleil, paye le prix fort de la crise de la zone euro.

A l'inverse, un acteur "extérieur" au diptyque UE-Chypre n'a pas dû apprécier les termes de l'accord négocié dimanche. La Russie, dont certains de ses citoyens fortunés possèdent des économies sur l'île de Chypre, a vigoureusement critiqué le plan proposé par l'Eurogroupe. Dans celui-ci, une taxe de 15% pourrait être ponctionnée sur les dépôts de plus de 100 000 euros, dont un certain nombre appartiennent à de riches épargnants russes. Pour éviter une fuite brutale des capitaux russes, et donc un nouvel effondrement du système bancaire de l'île, les autorités chypriotes devraient rapidement restreindre les mouvements de capitaux. Pas sûr que cela suffise à calmer les ardeurs de Dmitri Medvedev, qui voit dans le plan d'aide une fragilisation des positions financières off-shore de son pays.

De l'autre, le versement par tranches d'une enveloppe de dix milliards d'euros

En échange des sacrifices imposés aux deux principales banques du pays, ainsi qu'à ses riches administrés, Chypre recevra progressivement les dix milliards d'euros que le gouvernement a demandé plusieurs mois auparavant. 10 milliards, sur les 17 dont le pays a besoin pour retrouver une situation financière stable. Le manque  à gagner devrait être obtenu par la hausse de l'impôt sur les sociétés (qui passe de 10 à 12,5%) et par la taxation des dépôts supérieurs à 100 000 euros.

A l'issue de la réunion, la présidente du FMI, Christine Lagarde, s'est dite satisfaite du compromis obtenu, estimant que l'accord était "le meilleur que nous pouvions obtenir pour parvenir  à une solution solide et soutenable", permettant de "traiter les défis économiques auxquels est confronté le pays". Il faudra attendre les prochains jours, voire les prochaines semaines, avec la réaction des marchés financiers et des épargnants étrangers, pour tirer le bilan d'un accord ambitieux, aux bienfaits contestables (ou en tout cas pas encore mesurables). 


En savoir plus

Eurogroup Statement on Cyprus – Eurogroupe (en)