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Bernard Boucault : "L'Europe est à tous les étages de l'ENA !"

Actualité 08.11.2010

A l'occasion de la conférence de clôture du Cycle des hautes études européennes (CHEE) le 2 novembre dernier, Touteleurope.eu a interviewé M. Bernard Boucault, directeur de l'Ecole nationale d'administration sur la part d'Europe dans les formations de l'ENA et sur le cursus du CHEE parrainé cette année par M. Felipe Gonzalez. Pour M. Boucault, cette grande école française par excellence est une institution ouverte sur l'Europe et le monde. 

Touteleurope.eu : Quelle est la part de l'Europe à l'ENA ?

Bernard Boucault : L'Europe a une part très importante. Elle irrigue toutes les formations qui sont données à l'Ecole. Au cours de la formation initiale des élèves de l'ENA, les futurs hauts fonctionnaires français, un tiers de la scolarité est consacré exclusivement à l'Europe. Cela comprend un stage à responsabilités dans les institutions européennes, et un certain nombre d'exercices, études de cas, simulations, ce qui permet aux élèves de bien comprendre les procédures de décision européennes, ainsi que les politiques et stratégies de l'Europe. Même sur les deux autres tiers, l'Europe est toujours très présente. Notre présence à Strasbourg a certainement facilité l'évolution très rapide de l'école vers la dimension européenne de ses enseignements.

Bernard Boucault est directeur de l'ENA (Ecole nationale d'administration) depuis septembre 2007.
Cette vocation européenne de l'école irrigue aussi toute la formation continue. Nous organisons de nombreuses formations pour des cadres français, qu'ils soient dans le public ou dans le privé, mais aussi d'autres pays européens, ce que nous pouvons faire car nous avons acquis un certain savoir-faire sur la préparation des présidences européennes par exemple, et sur la gouvernance européenne en général. L'Europe est à tous les étages de l'ENA !


TLE : Le cycle des hautes études européennes existe depuis 2005. Sa création a-t-elle été motivée par l'échec de la Constitution européenne ?

B.B. : Un rapport rédigé par Jean-Pierre Jouyet adressé au gouvernement relevait la nécessité d'avoir une meilleure préparation des cadres du pays sur l'Europe, qu'ils appartiennent à l'administration, à l'entreprise, ou qu'ils soient des responsables syndicalistes ou associatifs ou issus des milieux de la presse. Il y avait un besoin de formation, non pas pour devenir des hyper-spécialistes de l'Europe, mais pour en connaître ses grands enjeux, son fonctionnement, ses stratégies ou ses projets, un peu sur le modèle de ce que fait l'Institut des Hautes études de la Défense nationale, qui existe depuis très longtemps et qui a fait la preuve de son efficacité. Aujourd'hui, l'enjeu européen est très important comme l'a été, et l'est toujours, l'enjeu de la défense et de la sécurité.

Le Cycle des hautes études européennes poursuit trois objectifs :

Diversifier le réseau des personnalités d'influence qui sont familières des questions européennes ;

Donner des clés de compréhension des positions nationales sur ces questions ;

Constituer une filière d'excellence sur les questions européennes pour des personnalités à fort potentiel de carrière.

Retrouver la présentation du CHEE ici.
On a créé le premier cycle en 2007. Nous en sommes à la quatrième édition. Il a eu un grand succès, et fait l'objet d'une très bonne évaluation de tous les participants. Nous sommes inscrits maintenant dans la durée. Nous avons bénéficié du patronage des personnalités éminentes qui ont fait l'Europe : Simone Veil, Jacques Delors, Valery Giscard D'Estaing, Felipe Gonzalez pour le présent cycle, et l'année prochaine Mário Soares. Cela donne une dimension assez exceptionnelle aux formations menées pendant ce cycle.


TLE : Quel est le profil des participants à ce cycle ?

B.B. : Ce sont des responsables de l'administration d'entreprise, qui ont 35, 40 ans ou plus, et qui sont déjà en situation de responsabilités. Ils sont dans leur vie professionnelle des acteurs de l'Europe, et peuvent contribuer à la renforcer, à réaliser ses projets. Nous avons 15 à 20% de non-français au sein de ce cycle. C'est un chiffre que nous souhaitons augmenter sensiblement, par un travail d'information que nous faisons à travers nos ambassades et différents milieux professionnels.


TLE : La création de ce cycle relève-t-elle d'une stratégie d'influence de la part de la France, qui cherche à placer des français dans les institutions européennes, d'étendre l'influence française parmi les décideurs européens ?

B.B. : L'objectif est de faire en sorte que la construction européenne soit le fait de tous les citoyens, et en particuliers de ceux qui exercent des responsabilités. C'est important qu'ils aient une approche commune des enjeux européens, et qu'ils puissent mettre en œuvre la construction européenne dans l'exercice de leurs responsabilités, quel que soit leur milieu professionnel.


En savoir plus :

Felipe Gonzalez met en garde contre une réouverture des traités - Touteleurope.eu

Présentation du Cycle des hautes études européennes - Ena.fr


Crédit image : copyright ENA