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[Revue de presse] Vaccins : la Commission veut faire la lumière sur le contrat de livraison d'AstraZeneca

Le torchon brûle entre la Commission européenne et le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca. Pour Bruxelles, qui accuse le groupe pharmaceutique de ne pas respecter ses engagements de livraison des vaccins contre le Covid-19, il en va aussi de sa crédibilité sur la scène internationale.

La commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides ne décolère pas face aux déclarations du laboratoire pharmaceutique AstraZeneca
La commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides ne décolère pas face aux déclarations du laboratoire pharmaceutique AstraZeneca - Crédits : Aurore Martignoni / Commission européenne

Le duel à distance entre Bruxelles et le groupe pharmaceutique à coups de déclarations tonitruantes ne semble pas s’arrêter” , relate Courrier international. “Vendredi dernier, l’entreprise […] avait surpris tout le monde en annonçant que la livraison des doses de vaccin à destination des pays de l’UE à l’horizon fin mars, serait réduite d’environ 60 %” , poursuit l’hebdomadaire. “La Commission, qui rappelle que l’UE a investi 336 millions d’euros pour aider la firme à développer et produire le vaccin, ne prend pas la nouvelle avec détachement” , écrit Olivier le Bussy dans La Libre. “AstraZeneca était censée avoir des stocks suffisants prêts à être livrés à l’UE immédiatement après que l’Agence européenne des médicalements aura donné son feu vert au vaccin produit par la société. Ce retard hypothèque la réalisation de l’objectif européen de 70 % de la population adulte de l’UE vaccinée d’ici à la fin de l’été” , explique le journaliste.

La tension est encore montée d’un cran lorsque le PDG du groupe, Pascal Soriot, a indiqué à plusieurs journaux européens que le retard de livraison “était dû à des problèmes de production dans des sites de la firme en Belgique (à Seneffe) et aux Pays-Bas” [La Libre]. “Cet entretien, destiné à justifier les retards dans les livraisons […], a mis en ébullition la Commission” [Le Figaro]. L’entrevue de mercredi soir entre M. Soriot et la commissaire à la Santé Stella Kyriakides n’a pas permis d’apaiser l’exécutif européen, qui demande désormais au laboratoire “de publier le précontrat signé avec les Vingt-Sept pour la fourniture de doses […] [afin de] faire la lumière sur son contenu” [Les Echos]. La Commission semble ainsi “très confiante” et ne juge “ni correcte ni acceptable” l’interprétation selon laquelle “la société n’était pas tenue de […] livrer une certaine quantité de vaccins […], mais s’engageait seulement à faire ‘de son mieux’ - si les circonstances le permettaient - pour y parvenir” [Politico].

Accusations mutuelles

Lors de la signature du contrat en août 2020, AstraZeneca avait été sélectionné “sur sa capacité à produire et non sur la réalité d’un vaccin encore hypothétique à l’époque” , a insisté mercredi Stella Kyriakides lors d’une conférence de presse [Le Monde]. “Le risque a été pris sur le vaccin, pas sur les capacités de production. Donc AstraZeneca doit produire les doses convenues” , estime-t-elle. De son côté, le PDG du laboratoire a expliqué à plusieurs médias européens que l’engagement pris avec Bruxelles n’était pas contraignant. “Il faut que ça soit clair : il n’y a aucune obligation envers l’Union européenne. Dans notre contrat, il y a écrit clairement ‘best effort’, c’est-à-dire que nous ferons de notre mieux, mais il n’y a pas une obligation contractuelle [à livrer un certain nombre de doses], car nous savions que ça aurait été compliqué” , cite Courrier international.

Pourquoi ces retards ne frappent que l’UE et pas le Royaume-Uni ?” , s’interroge l’hebdomadaire. Pour Pascal Soriot, “l’accord britannique a été conclu en juin [2020], trois mois avant l’accord européen [et] Londres a stipulé que l’approvisionnement provenant de la chaîne d’approvisionnement britannique irait d’abord au Royaume-Uni” [Le Monde]. Londres “attend en effet deux millions de doses par semaine, et Boris Johnson a redit hier être ‘très confiant’ pour que cela se poursuive” , renchérissent Les Echos.

Mais pour la Commission, “il n’y a pas de hiérarchie de ces usines dans le contrat, aucune différenciation […]. Les usines britanniques [d’AstraZeneca] font partie du contrat de précommandes [et] doivent fournir les doses attendues” , ce que le groupe refuse de faire. “Est-ce qu’il y a vraiment un problème de production ? Est-ce que Boris Johnson interdit l’exportation à partir des usines britanniques ? Est-ce que c’est un sujet juridique ?” , s’interroge ainsi un diplomate européen, qui assure que la Commission dispose “de leviers plus ou moins coopératifs” pour parvenir à ses fins [Le Monde].

Danger politique pour Bruxelles

Dans ce bras de fer avec la compagnie pharmaceutique, Bruxelles joue gros. “Si le gouvernement britannique a effectivement signé une clause de livraison prioritaire, le problème va rapidement devenir politique entre Londres et les 27 capitales européennes” , explique Emmanuel Berretta dans Le Point. “Boris Johnson, qui mène la vaccination de son pays à toute allure, ne va pas accepter aisément de partager avec l’Union européenne qu’il vient de quitter, précisément pour jouir de droits exceptionnels. […] ‘BoJo’ ne va pas se priver d’un avantage acquis sur un coup de poker gagnant” , anticipe le journaliste. L’enjeu est “politique” : cette situation permet au Premier ministre britannique de “dire que même en dehors de l’UE le Royaume-Uni est toujours dans la course, [n’a] rien perdu de sa capacité d’action et [peut] activer des leviers pour protéger sa population mieux que ne le ferait Bruxelles” , ajoute Amandine Crespy, politologue à l’Université Libre de Bruxelles sur France 24.

Pour l’heure, “ce qui se passe sous nos yeux est une publicité vivante pour le Brexit, et c’est extrêmement embarrassant. Londres a négocié plus tôt que les Vingt-Sept, a sorti un plus gros chéquier et a commencé à vacciner plus tôt” , confirme Dominique Seux sur France Inter. Dans un article d’opinion, le quotidien britannique The Guardian se demande si l’on peut vraiment “blâmer AstraZeneca pour la balbutiante campagne de vaccination européenne qui est loin derrière la Grande-Bretagne, les États-Unis et d’autres pays ?” . Ou s’il s’agit pour l’Union de trouver un “bouc émissaire” vis-à-vis de “ce qui commence à ressembler […] à un raté” , juge Dominique Seux.

Par conséquent, “la teneur précise du contrat de précommande signé sera un point clé pour d’éventuelles poursuites judiciaires, qu’évoque déjà l’Italie […]. Si AstraZeneca se révélait inattaquable pour les retards de livraison, l’affaire prendrait une tournure embarrassante pour la Commission européenne, de plus en plus accusée de n’avoir pas su garantir les stocks nécessaires pendant que les Américains et les Anglais vaccinent, eux, à tour de bras” , analysent Les Echos.

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