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Manuel Valls : "Mon fédéralisme est devenu plus économique que politique"

Actualité 07.10.2011

Dimanche 9 octobre aura lieu le premier tour de la primaire socialiste qui permettra d'élire le candidat officiel du Parti socialiste à l'élection présidentielle française qui aura lieu en mai 2012.A cette occasion, Touteleurope.eu, en partenariat avec Terra Nova, a posé aux candidats à la candidature trois questions sur l'Europe. Découvrez les réponses de Manuel Valls, maire d'Évry et député de la 1re circonscription de l'Essonne.

Touteleurope.eu : Quelle est, s’il est possible de n’en retenir qu’une, la mesure phare que vous proposez en tant que candidat socialiste à l’élection présidentielle française pour sortir l’Europe de la crise ?



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Manuel Valls : Si une mesure phare existait, elle s’imposerait d’évidence et serait portée depuis longtemps par les uns et les autres. Le problème actuel de l’Union européenne est, précisément, qu’elle ne réunit plus les conditions pour dégager une solution objective et partagée. Elargie à 27 Etats membres, l’UE rassemble aujourd’hui des pays qui n’ont guère d’intérêts immédiats en commun. Ajoutées aux oppositions politiques, les différences nationales rendent ainsi le navire ingouvernable.

La seule issue est de faire naître une gauche paneuropéenne dans les principaux pays de l’UE. Le PS et le SPD se sont engagés dans cette voie ; il faudra redoubler et étendre cet effort à l’avenir. A défaut, les gauches nationales resteront incapables d'utiliser les leviers offerts par l'UE lorsqu'elles redeviendront majoritaires sur le continent. Seule une gauche homogène pourra mettre en œuvre des mesures essentielles comme la création d’eurobonds et l’extension du budget de l’UE.


Touteleurope.eu : Êtes-vous en faveur d’un renforcement de l’intégration européenne ?

Manuel Valls : Je l’ai toujours été mais de manières différentes. Dans ma jeunesse, j’ai défendu avec ardeur l’idée d’un fédéralisme politique. Le Traité de Rome était le prélude d’un opéra grandiose ; les "Etats-Unis d’Europe" seraient l’œuvre majeure du 21ème siècle. Au sein de la IUSY, nous pensions tous que les peuples se rallieraient à cette vision dans un élan enthousiaste et fraternel. Confrontée à ses échecs au pouvoir, la gauche française des années 80 a voulu y croire encore plus que d’autres ; elle a réinvesti toute son utopie dans le projet européen.

Aujourd’hui, j’ai perdu cette naïveté très "quarante-huitarde". Mais je reste convaincu que notre salut passe par le renforcement de l’intégration européenne. Seulement, j’y mets moins de lyrisme et plus de réalisme. J’insiste davantage sur l’urgence d’une gouvernance de la zone euro que sur la naissance d’une citoyenneté européenne. Mon fédéralisme est devenu plus économique que politique. Il s’intéresse d’abord aux moyens d’harmoniser les budgets avant de réfléchir à la manière d’apprendre l’Esperanto.


Touteleurope.eu : Comment rapprocher l’Europe du citoyen et renforcer le sentiment européen chez les Français ?

Manuel Valls : Nous devons procéder à un retour aux sources de la CEE. Ses fondateurs avaient très bien compris qu’il fallait, avant tout, lier les peuples européens par des intérêts économiques communs. Chanter tous en chœur l’Hymne à la Joie est la perspective ultime ; mais elle reste encore lointaine et elle repose d’abord sur le charbon et l’acier.

Ne craignons donc pas d’être prosaïques. Nous devons expliquer à nos compatriotes pourquoi l’UE sert leurs intérêts personnels et quotidiens. A cet égard, une bataille décisive est aujourd’hui engagée, devant l’opinion, sur les bienfaits ou les méfaits de l’euro. Si nous la perdons, les conséquences seront catastrophiques. Pour la gagner, les responsables politiques devront faire preuve de pédagogie et d’honnêteté. S’attribuer tous les bénéfices de l’UE et rejeter sur elle tous leurs déboires est désormais suicidaire.

 

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Crédits photo : © Jean-Philippe Baltel - Flickr du Parti socialiste