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Législatives en Italie : une équation à quatre variables

Actualité 13.02.2013

Coup de tonnerre dans la campagne législative en Italie. Le pape Benoît XVI a annoncé le 11 février sa démission du poste suprême de l'Eglise catholique. L'annonce a pris tout le monde de court. Lors d'un consistoire devant les cardinaux, le souverain pontife s'est dit "convaincu que ses forces, vu son âge avancé, ne lui permettaient plus d'exercer correctement le ministère".

Alors qu'un nouveau pape devrait être élu à l'issue d'un conclave à la fin du mois de mars, l'annonce de la démission de Benoît XVI fait l'effet d'une bombe dans l'ensemble du pays, à moins de deux semaines des prochaines élections législatives, qui permettront d'élire indirectement le nouvel occupant du Palais Chigi. Pour Mario Monti, qui bénéficie d'un soutien dévoué de l'Eglise depuis le début de son mandat, la démission du pape est une aubaine. Cette annonce pourrait ainsi renforcer sa campagne, à l'origine mal partie. Car si "Super Mario" a réussi à remettre l'Italie sur de bons rails, et stabiliser un pays frappé par une grave crise économique, M. Monti ne reste pas moins associé à la "troïka" européenne et aux mesures d'austérité subies par les Italiens depuis de nombreux mois. Depuis le début de cette campagne, le Premier ministre n'obtient pas plus de 16% dans les sondages.

A l'heure actuelle, "Super Mario" est devancé par Pier Luigi Bersani, candidat du Parti démocrate, et favori de l'élection, ainsi que le PdL de Silvio Berlusconi, qui n'en finit pas de disparaître et revenir sur la scène politique italienne. Il est également devancé par Beppe Grillo, fondateur du MoVimento 5 Stelle, grande surprise de ce scrutin. A moins de 15 jours de l'élection, une revue d'effectif s'impose.

Un revenant qui promet monts et merveilles


Silvio BerlusconiA chacun de ses passages télévisés, le Cavaliere n'en finit plus de faire sourire les commentateurs, et grincer des dents ses adversaires. Promettant tour à tour la suppression de la taxe foncière, ou la création de quatre millions d'emplois, Silvio Berlusconi mène à l'heure actuelle la campagne médiatique parfaite. Profitant de son omnipotence sur le système audiovisuel italien (il possède notamment le réseau de télévision Mediaset), le leader de la droite apparaît depuis un mois sur tous les plateaux télévisés, créé la polémique, profite d'une aura médiatique et du "buzz" à l'approche de sa venue dans une émission. L'homme est devenu un objet télévisuel à part entière. On attend le dérapage fascisant, l'insulte aux journalistes, l'accent démagogique : il arrive tôt ou tard au détour de la cinquantaine d'interviews menées par le Cavaliere depuis un mois. Résultat, Silvio Berlusconi grignote peu à peu l'écart qui le sépare de Pier Luigi Bersani, le leader du Partito Democratico, absent quant à lui des médias. Au soir du 24 février, le PdL pourrait même remporter le Sénat, à la faveur d'un système de scrutin complexe et alambiqué. Son concurrent pourrait cependant reprendre la main, s'il se décide à lancer enfin sa campagne médiatique.

Un favori trop discret ?


Pier Luigi BersaniIl n'est pas surprenant d'affirmer que Pier Luigi Bersani mène une campagne dans l'ombre des deux "superstars" de cette élection, à savoir Silvio Berlusconi et Mario Monti. Le leader de la gauche italienne, et plus particulièrement du Parti démocrate, bénéficie à l'heure actuelle d'une cote de popularité importante, et reste le favori dans les sondages. Avec près de 35% d'intentions de vote, M. Bersani devance toujours le PdL de M. Berlusconi, crédité quant à lui de 30,5% d'intentions de vote. Le leader du PD conduit sereinement sa campagne, à l'abri des plateaux de télévision et des feux des projecteurs. Il se permet d'ailleurs de critiquer ses deux principaux adversaires, qui selon lui ne construisent leur campagne qu'autour de leur personnalité. Le slogan officiel du candidat Monti est en effet "Avec Monti pour l'Italie".

Lundi 8 février, Pier Luigi Bersani a reçu le soutien de nombreux dirigeants européens, parmi eux François Hollande, le Premier ministre belge Elio di Rupo et Martin Schulz, président du Parlement européen. Mais ces soutiens semblent avoir moins de valeur, comparés à celui de la Chambre haute italienne, qui pourrait tomber dans les mains de la coalition de centre-droit menée par Silvio Berlusconi.

Derrière les favoris, deux outsiders au style bien différent


Et si Beppe Grillo était finalement la grande surprise de ce scrutin ? Seul candidat à ne pas être issu des élites politiques ou économiques du pays, l'humoriste et polémiste est apparu à grands fracas sur la scène politique italienne. Créant en 2010 le MoVimento 5 Stelle, avec un V majuscule pour "Vafancullo", Grillo est devenu le chef de file d'une Italie désabusée par ses élites, trahie par le pouvoir et subissant de plein fouet les mesures d'austérité et le chômage lancinant. Comparé à Coluche par les journalistes français, l'homme se distingue de son "prédécesseur" par son obstination et son populisme exacerbé. Comptant sur ses talents indéniables de tribun, Grillo attise les foules par des discours harangueurs et violents à l'égard de Silvio Berlusconi et Mario Monti, met en œuvre une stratégie électorale totalement transparente et participative, et s'engage pleinement dans le combat contre le clientélisme et la corruption. Preuve, s'il en faut, de son engagement : sa volonté d'envoyer de nombreux députés dans les deux chambres législatives. Les derniers sondages lui prédisent 74 sièges, soit deux de plus que la coalition Monti, qui peine toujours à décoller dans cette campagne.

Mario MontiL'actuel Premier ministre, qui souffre d'une image ternie par la crise et les politiques d'austérité, pourrait voir le destin tourner en sa faveur. L'annonce de la démission du pape touche en effet l'électorat chrétien-démocrate conservateur, dont une partie importante s'est détournée de Silvio Berlusconi depuis l'ouverture de l'affaire du "Rubygate", pour se rapprocher de la coalition centriste de Mario Monti. Bénéficiant de l'appui officiel de l'Osservatore Romano, l'organe officiel du Vatican, le "Professore" s'est d'ailleurs empressé de réagir à l'annonce, en soulignant les liens étroits unissant le Saint Père et le gouvernement technocrate menée par Monti ces derniers mois.

Mais même si la coalition de "Super Mario" ne dépasse pas les 20% d'élus à la Chambre et au Sénat, ce dernier pourrait bel et bien bénéficier indirectement du système de scrutin en vigueur dans la Chambre haute. Pier Luigi Bersani devrait en effet devoir former une alliance avec le centre, et notamment la coalition menée par M. Monti, pour obtenir une majorité au Sénat et pouvoir gouverner de manière à peu près stable. De quoi rassurer les dirigeants européens, qui craignent le retour au premier plan du désormais eurosceptique et populiste Silvio Berlusconi.

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