Derniers articles publiés

[Le Récap' des européennes] Avec François-Xavier Bellamy, LR officialise une campagne droitière

Actualité 01.02.2019 Jules Lastennet

Au cœur de la campagne cette semaine : le philosophe François-Xavier Bellamy a été nommé le 29 janvier à la tête de la liste des Républicains. Pressenti depuis plusieurs semaines, ce choix est critiqué par l'aile centriste du parti. Et aussi : l'impossible alliance des gauches, l'entrée en campagne des libéraux européens et l'engagement de la Commission européenne contre la désinformation.

François-Xavier Bellamy

François-Xavier Bellamy - Crédit : François-Xavier Bellamy (Facebook)

Pour vous abonner à notre Récap' des européennes et le recevoir directement dans votre boîte mail tous les vendredis matins, cliquez ici !

LR lance sa campagne et s'éloigne encore du centre

Il était le favori de Laurent Wauquiez : c'est bien le philosophe et élu de Versailles François-Xavier Bellamy qui a été désigné, mardi 29 janvier, pour conduire la liste LR aux élections européennes. Candidat malheureux aux dernières législatives, M. Bellamy est connu pour ses positions résolument conservatrices et proches de celles de la Manif pour tous. "L’ADN de Bellamy est celui d’une droite qui revendique de ne pas venir de nulle part. C’est aussi ce qu’a porté François Fillon pendant la campagne", a ainsi précisé Laurent Wauquiez.

Assumant totalement une orientation droitière, le président des Républicains a néanmoins tenu à envoyer un signal au reste de ses troupes en poussant deux personnalités plus consensuelles en deuxième et troisième position sur la liste. Derrière François-Xavier Bellamy ont ainsi été désignés Agnès Evren, vice-présidente de la région Ile-de-France et proche de Valérie Pécresse, et l'eurodéputé sortant Arnaud Danjean, ancien soutien d'Alain Juppé.

Un "triumvirat" qui a quelque peu rassuré les poids lourds du parti, sans pour autant faire taire les critiques. "Bellamy n’était pas mon choix, je l’ai dit depuis plusieurs semaines, nous ne partageons pas les mêmes conceptions, une vision de la société", a par exemple déclaré le président du Sénat Gérard Larcher sur France 2 au lendemain de la nomination du philosophe. Une position partagée par le maire de Nice Christian Estrosi selon qui, "passer de Simone Veil à François-Xavier Bellamy, c'est compliqué".

Dans ce contexte, les probables inscriptions en position éligible de Rachida Dati, Nadine Morano et Brice Hortefeux, dont le bilan au Parlement européen est très pâle, pourraient tirer encore la liste LR vers la droite. Pas un problème pour Eric Ciotti, vice-président de LR, pour qui ce "retour de la droite" est le moyen de déjouer les pronostics qui annoncent un score de 13% maximum à son parti. "Nous serons bien au-delà", a-t-il assuré.

Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

L'alliance des gauches toujours impossible, le PS esseulé

Mouvement lancé par l'essayiste Raphaël Glucksmann, l'écologiste Claire Nouvian et l'économiste Thomas Porcher, Place publique a fait salle comble, mardi 29 janvier à l'Elysée Montmartre, à l'occasion d'un meeting appelant à l'alliance des gauches (à l'exception de la France insoumise). Outre les fondateurs de Place publique, des personnalités comme Anne Hidalgo, Noël Mamère ou le socialiste belge Paul Magnette se sont succédé pour mettre la "pression" sur le PS, Génération.s, EELV et le Parti communiste, et "éviter la bérézina" que représenterait la multiplication des listes.

Au niveau européen, pareil appel à l'union des gauches a été formulé par Alexis Tsipras à Athènes le 28 janvier. Selon le Premier ministre grec, la gauche radicale, les écologistes et les socialistes devraient s'inspirer des modèles portugais et espagnol, qu'il décrit comme des "oasis dans un désert politique", pour battre campagne et proposer une alternative au "néolibéralisme et ses politiques qui alimentent l'extrême droite et le populisme anti-européen".

Or pour l'heure cette alliance des gauches paraît impossible, du moins à l'échelle française. Conduits par Yannick Jadot, les Verts tiennent à faire campagne en solo. Tandis que le Parti socialiste reste toxique pour les autres formations. Un inventaire à charge du quinquennat de François Hollande, éreintant la loi travail ainsi que la déchéance de nationalité, a été présenté le 28 janvier par Olivier Faure, premier secrétaire du PS. Mais si la démarche a été bien accueillie par les autres partis de gauche, elle n'est pour l'heure pas de nature à débloquer une alliance. Pour Benoît Hamon par exemple, il manque encore une "clarification" sur la question européenne. "Olivier Faure compte-t-il rester allié en Europe avec des formations qui veulent poursuivre les politiques de rigueur, d’austérité budgétaire et qui plaident pour la dérégulation ?", s'interroge le leader de Génération.s.

En attendant une très hypothétique alliance, chaque formation avance donc en solitaire. A l'instar des communistes qui ont annoncé cette semaine leurs têtes de liste. Cette dernière sera conduite par Ian Brossat, conseiller de Paris, avec l'ex-syndicaliste Marie-Hélène Bourlard et deux eurodéputés sortants, Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu, aux positions suivantes.

Raphaël Glucksmann, cofondateur de Place publique - Crédits : Harald Krichel

Trois probables alliés de LaREM entrent en campagne

Presque simultanément, trois partis libéraux européens, probables futurs alliés de La République en marche au Parlement européen, ont donné une accélération à leur campagne ces derniers jours.

En Allemagne d'abord, le Parti libéral (FDP) a désigné, le 27 janvier, Nicola Beer, secrétaire générale du parti et élue de Hesse, comme tête de liste. Le FDP décrit le scrutin européen de mai comme "crucial" pour l'avenir du projet européen et promeut une Europe qui serait un "havre de paix, de liberté et de droit" et qui "parlerait d'une seule voix dans le monde", mais qui en même temps respecterait à plein le principe de subsidiarité. "Nous voulons à la fois plus et moins d'Europe", a ainsi résumé Mme Beer, proposant notamment d'établir une cinquième liberté de circulation, celle de l'éducation.

Aux Pays-Bas, Stef Blok, ministre des Affaires étrangères, a présenté au Parlement néerlandais, le 25 janvier, la stratégie du Parti libéral actuellement au pouvoir s'agissant de l'Europe, plaçant la défense des valeurs fondamentales, la lutte contre le changement climatique, le libre-échange et le sérieux budgétaire au cœur de son programme.

En Belgique, le président du groupe libéral au Parlement européen et ancien Premier ministre Guy Verhofstadt a été désigné pour, à nouveau, conduire la campagne des libéraux flamands. Pour cette figure incontournable de la politique européenne, "c'est maintenant ou jamais pour réformer l'Europe et bloquer la montée du nationalisme".

A l'issue du scrutin, ces trois partis devraient être associés à La République en marche ou encore à Ciudadanos. D'après les sondages, ils formeraient à l'heure actuelle la troisième force du Parlement européen, derrière le PPE (droite) et les socialistes et démocrates. Leurs positions sont toutefois souvent très éloignées, comme sur l'avenir de la zone euro où les propositions d'Emmanuel Macron ont rencontré l'hostilité des libéraux néerlandais.

Fake news : la Commission européenne met la pression sur les géants du net

Afin d'éviter que ne se reproduisent les campagnes de désinformation en ligne, qui ont émaillé la présidentielle américaine ou encore le référendum britannique d'appartenance à l'UE en 2016, la Commission européenne s'emploie à mettre la pression sur les géants du numérique. Un code de bonne pratique a été lancé en octobre dernier et l'exécutif européen invite désormais les signataires à "intensifier leurs efforts" dans la perspective du scrutin de mai.

"Des progrès ont été accomplis, notamment en ce qui concerne la suppression de faux comptes et la limitation des sites de désinformation", a déclaré la Commission dans un communiqué publié le 29 janvier. "Toutefois, des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir la transparence totale des publicités politiques dès le début de la campagne (…), mais aussi pour permettre un accès adéquat aux données des plateformes de recherche et pour garantir une bonne coopération entre les plateformes et les États membres via les points de contact dans le cadre du système d’alerte rapide", fait valoir Bruxelles.

La Commission européenne s'engage contre les fake news

Deux jours avant la mise en garde de la Commission, Facebook avait dévoilé, par l'intermédiaire de Nick Clegg, directeur mondial des affaires publiques et ancien vice-Premier ministre britannique, de "nouveaux outils" pour lutter contre la désinformation, que Google appliquera également. Comme l'explique Le Monde, "les annonceurs politiques devront désormais s’enregistrer auprès de Facebook et Google, leurs publicités seront assorties d’une mention indiquant qui les a financées, et une archive publique permettra à tous les internautes de consulter toutes les publicités diffusées dans le pays". Mais ces mesures n'entreront en vigueur qu'à partir de mars, soit deux mois avant le scrutin européen, un délai que la Commission européenne souhaiterait raccourcir.

 

Dossier spécial Elections européennes : tout comprendre