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[Le Récap’ des européennes] A deux mois des élections, le match français peut enfin commencer

Actualité 21.03.2019 Vincent Lequeux

Dans la campagne cette semaine : en France, Nathalie Loiseau mènera la liste de La République en Marche et Raphaël Glucksmann celle de l’union Parti socialiste/Place publique, tandis que les Républicains ont dévoilé leur programme. Pour l’Europe, petit tour du côté des Verts allemands, du centre (ADLE), de la droite (PPE) et des efforts de l’UE pour garantir la transparence du scrutin. Sans oublier le Brexit bien sûr.

[Le Récap’ des européennes] A deux mois des élections, le match français peut enfin commencer

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Après Nathalie Loiseau, les candidats de la liste LaREM bientôt connus

Nathalie LoiseauA deux mois des européennes, l’ensemble des principaux partis en lice devrait bientôt avoir fait connaître ses listes de candidats. Après l’annonce "surprise" de Nathalie Loiseau (voir photo) lors de l’Emission politique la semaine dernière, qui avait fini par se déclarer candidate pour mener la liste LaREM, le reste de la liste devrait être dévoilé lundi soir. Et Le Figaro a quelques certitudes : l’actuelle ministre chargée des Affaires européennes sera suivie du directeur de la campagne des européennes Stéphane Séjourné, tandis que le conseiller politique d’Édouard Philippe Gilles Boyer et l’eurodéputé EELV sortant Pascal Durand seront en positions éligibles.

La ministre démissionnerait dès lundi soir pour mener une campagne éclair. Avec pour principal ennemie Marine Le Pen, conformément à la stratégie du président opposant frontalement populistes et progressistes. "Marine Le Pen, je voudrais vous dire bravo parce que vous avez réussi à me faire changer d'avis : je suis prête à être candidate", avait-elle ainsi déclaré à la fin de l’Emission politique sur France 2 le 14 mars. Les deux responsables ont d’ailleurs continuer à ferrailler à distance les jours suivants…

Nathalie Loiseau pourrait être remplacée par le conseiller Europe d’Emmanuel Macron, Clément Beaune. Avec des sondages prévoyant de 20 à 25% des intentions de vote pour la majorité présidentielle, celle-ci espère envoyer de 19 à 25 élus au Parlement européen le 26 mai.

Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

 

L’alliance entre le PS et Place publique fait réagir

Raphaël Glucksmann - Crédits : Harald KrichelSamedi dernier, pour la première fois de son histoire, le Parti socialiste dirigé par Olivier Faure a désigné une tête de liste non encarté aux élections européennes. C’est ainsi l’essayiste et journaliste Raphaël Glucksmann, cofondateur du mouvement Place publique, qui mènera la campagne pour une liste d’union. Les autres candidats, qui ne sont pas encore connus, seront pour moitié issus du PS, pour moitié de Place publique, de la société civile et d’autres courants politiques comme Nouvelle donne, les radicaux de gauche et les écologistes de l’UDE et de Cap21.

Cette alliance, qui pourrait aider le PS à dépasser les 5% de voix nécessaires pour obtenir des sièges, ne fait pas que des heureux. Ainsi Thomas Porcher, autre fondateur de Place publique, a-t-il aussitôt claqué la porte, n’ayant "pas envie de servir de caution de gauche au PS". Et côté socialiste, si les maires de Lille et de Paris, Martine Aubry et Anne Hidalgo, ont félicité Olivier Faure pour cette ouverture à la société civile, ce n’est pas le cas d’autres caciques. L’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a notamment décidé de quitter le bureau national, craignant comme d’autres qu’un tel pari ne mène à l’effacement ou à la disparition du parti. Certains cadres s’inquiètent aussi du contenu du projet européen et du financement de la campagne.

Place publique et le PS, qui plaident chacun pour le rassemblement de la gauche hors France insoumise, se sont heurtés aux refus d’Europe écologie-Les Verts menée par Yannick Jadot, et de Génération.s fondé par l'ex-socialiste Benoît Hamon. Quelques jours plus tard, ce dernier a lancé sa campagne en attaquant directement cette alliance. Tandis que l'économiste Aurore Lalucq, qui devait figurer dans sa liste, a finalement rallié Place publique.

 

Un programme axé immigration et sécurité pour Les Républicains

Laurent Wauquiez - Crédits : Alesclar"Pour la France : transformer l’Europe", tel est le nom du projet présenté le 18 mars par le parti de Laurent Wauquiez. Entraînés pour les européennes par le philosophe François-Xavier Bellamy, Les Républicains ont choisi de mettre l’accent sur l’immigration, la sécurité, le protectionnisme et la démocratie directe.

Le parti, qui voit progresser les intentions de vote en sa faveur (entre 10 et 15% dans les derniers sondages), cherche à se positionner entre le centre macroniste et l’extrême droite lepéniste. Il propose ainsi, entre autres, de réduire le poids de la Commission en lui retirant son monopole d’initiative législative pour le confier au Conseil et au Parlement européen, et en soumettant automatiquement au Parlement européen les pétitions signées par un million de citoyens européens. Côté sécurité, le programme prône la création d’un "tribunal pénal international, un Nuremberg des djihadistes, pour prononcer des peines d'exception". Sur le marché intérieur, il s’agit de "transformer radicalement la politique européenne de concurrence" aujourd’hui vue comme "un frein à la constitution de champions européens".

Côté immigration enfin, le projet vise à "pérenniser le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures" tant que les frontières extérieures ne sont pas efficaces, traiter les demandes d’asile "en dehors de nos frontières", "ramener systématiquement les bateaux de migrants sur les côtes africaines" ou encore conditionner à 3 ans de cotisations préalables l’accès aux prestations sociales pour les étrangers hors UE.

Enfin, les questions civilisationnelles et sociétales ne manquent pas à l’appel : le parti propose d’inscrire les "racines judéo-chrétiennes de l’Europe, ainsi que l’héritage gréco-romain et celui des Lumières" dans les traités européens et dans "une nouvelle charte européenne des valeurs et des devoirs" à laquelle devrait adhérer tout étranger souhaitant le renouvellement de son titre de séjour. Et de lancer "une initiative juridique européenne pour protéger la dignité humaine", en interdisant notamment la gestation pour autrui (GPA).

 

Et chez les autres partis ?

La liste de l'UDI pour les européennes se précise également : l’ancienne ministre sarkozyste Nora Berra occupera la 2e place. La campagne du parti de centre droit, aujourd’hui crédité d’1,5 à 2,5 % des intentions de vote, peine cependant à démarrer. Son président et tête de liste Jean-Christophe Lagarde sera présent lors du débat sur France 2/France Inter le 4 avril, la chaîne télévisée ayant finalement accepté de l’inviter tout comme le chef de file du Parti communiste Ian Brossat. Ce que Benoît Hamon (Génération.s) et Florian Philippot (Les Patriotes), quant à eux exclus du débat, digèrent mal, d'autant qu'ils disposent de troupes au Parlement européen. Outre MM. Brossat et Lagarde, la soirée animée par Thomas Sotto réunira Manon Aubry (LFI), Jordan Bardella (RN), François-Xavier Bellamy (LR), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Raphaël Glucksmann (liste commune Place publique-PS), Yannick Jadot (EELV) et probablement Nathalie Loiseau (LREM).

L’occasion d’aborder, du moins si les journalistes et candidats se prêtent au jeu, les questions européennes dans leur diversité et avec le temps nécessaire. Ce qui, selon une étude de l'Ina et de la Fondation Jean Jaurès, reste rare sur le petit écran : les institutions et la politique européennes ont ainsi représenté moins de 3% des sujets diffusés par les journaux télévisés en 2018. Avec trois thématiques essentielles : le Brexit, la politique migratoire et la relation avec les Etats-Unis. Les sujets de politique européenne sont perçus comme "arides", "anti-télévisuels" ou trop complexes, jugent les responsables de rédactions interrogés...

Enfin, deux autres formations se lancent dans la campagne pour les européennes en France : la liste Urgence écologie, lancée par l’ex-ministre de l’Environnement Delphine Batho et menée par le philosophe Dominique Bourg, ainsi que le Parti animaliste rejoint par l’humoriste Laurent Baffie.

 

Ailleurs en Europe

Chez nos voisins, la campagne bat aussi son plein. En Allemagne par exemple, les partis traditionnels s’effritent dans les sondages, au profit de l’extrême-droite (AfD) mais surtout des Verts. Succès des idées écologistes ? Recentrement de leur programme ? Les "Grünen" enregistrent pour le moment 16 % d'intentions de vote pour le scrutin du 26 mai, soit le double du score obtenu lors des dernières législatives.

Au niveau européen, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE) a prévu de dévoiler les noms de sa "Team Europe" le soir du 21 mars. Ayant décidé de s’écarter du système des "Spitzenkandidaten", le parti centriste européen proposera un pool de candidats aux hauts postes européens qui seraient distribués lors de la prochaine législature européenne. Le quotidien belge Le Soir donne déjà quelques noms, comme ceux de la Danoise Margrethe Vestager, du Belge Guy Verhofstadt, de l’Espagnol Luis Garicano de l’Allemande Nicola Beer, de l’Italienne Emma Bonino et de la Slovène Violeta Bulc. La République en Marche, qui prévoit pourtant de rejoindre le groupe ADLE après les élections, n’y est pas représentée.

A droite, le Parti populaire européen (PPE) vient de suspendre la participation du parti hongrois Fidesz mené par Viktor Orban. Une décision approuvée par 190 voix pour et 3 contre, "avec effet immédiat et jusqu'à nouvel ordre", a tweeté le président du PPE Joseph Daul après le vote, et qui interdit au Fidesz de participer aux réunions du parti européen ou de voter sur ses décisions. La mesure fait suite à des mois de relations tendues entre M. Orbán et le PPE, qui ont atteint un nouveau pic lorsque le premier a pris pour cible Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et membre du PPE. A deux mois des élections européennes, la mesure est tout sauf symbolique. Elle laisse toutefois une marge de manœuvre au parti pour accueillir de nouveau les membres hongrois après le scrutin, alors que certains membres avaient demandé une exclusion définitive… Un comité de trois sages sera mis en place pour analyser la situation en Hongrie et faire des recommandations sur une éventuelle expulsion.

[Revue de presse] La droite européenne suspend le parti du Hongrois Viktor Orban

Enfin les élections européennes sont aussi, indirectement, au cœur du sommet européen des 21 et 22 mars. Notamment parce que la "lutte contre la désinformation et la nécessité de protéger l'intégrité démocratique des élections" y feront l’objet d’un état des lieux. Fin janvier, la Commission européenne demandait plus d’efforts aux réseaux sociaux pour lutter contre la désinformation en ligne. Cette semaine, elle a appelé les partis européens à garantir la transparence de la publicité à caractère politique, à se préparer à faire face à des cyberattaques et à respecter les règles de l'UE en matière de protection des données durant la campagne. Et l’UE a adopté de nouvelles règles pour encadrer l’utilisation des données à caractère personnel par les partis politiques européens, en prévoyant des sanctions financières pour les contrevenants. Objectif : se protéger contre un "Cambridge Analytica" à l’européenne, du nom de la société qui avait aspiré les données personnelles d’utilisateurs de Facebook à des fins électorales lors de la campagne du Brexit. A noter par ailleurs : le lancement de Fact Check EU, qui réunit 19 médias européens pour vérifier les fausses infos liées aux élections européennes.

Mais si les dirigeants européens réunis à Bruxelles doivent parler des élections, c’est surtout en raison du Brexit. La Première ministre Theresa May a demandé mercredi un report de la sortie de l’UE au 30 juin, une option qui fait peser "un grave risque juridique et politique" sur l'UE, a prévenu le président de la Commission Jean-Claude Juncker. Car les élections européennes auront eu lieu entretemps. Avec ou sans le Royaume-Uni ? Si le pays sortait bien le 30 juin, ce serait a priori sans… mais il faudrait pour cela être certain, dès avant le scrutin de mai, que ce sera bien le cas.

C'est pourquoi les Vingt-Sept accepteraient vraisemblablement, le soir du 21 mars, un report plus court que celui demandé par Theresa May : la sortie aurait finalement lieu le 22 mai, veille des élections européennes, et ce à condition que l'accord de retrait soit bien adopté par le Parlement britannique avant le 29 mars. Bref, la complexité et le nombre des scénarios ne diminuent pas, aucun n’étant à ce jour jugé pleinement satisfaisant...

   

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