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[Revue de presse] Le conservateur allemand Manfred Weber élu chef de file de la droite européenne

Revue de presse 09.11.2018

Le conservateur allemand Manfred Weber a été choisi pour conduire la campagne du Parti populaire européen (PPE), réuni jeudi 8 novembre en congrès à Helsinki (Finlande). Si la formation de droite conserve sa suprématie au Parlement européen après les élections de mai, ce Bavarois de 46 ans pourrait devenir le prochain président de la Commission européenne.

Manfred Weber, à l'occasion du congrès du Parti populaire européen (PPE) à Helsinki, jeudi 8 novembre

Manfred Weber, à l'occasion du congrès du Parti populaire européen (PPE) à Helsinki, jeudi 8 novembre - Crédits : EPP Group / Twitter

Le conservateur Manfred Weber, membre de la CSU bavaroise - parti frère de la CDU d'Angela Merkel - "a obtenu 492 des 619 voix des délégués du Parti populaire européen appelés à voter" pour désigner leur chef de file en vue des élections européennes, relate Le Monde. Le journal évoque une victoire "haut la main : il a été élu par 80 % des votants". Réunie en congrès à Helsinki, la "formation très droitière" a donc largement préféré le Bavarois de 46 ans, qui est déjà le chef de groupe du PPE au Parlement européen, au libéral et plus centriste Alexander Stubb.

Manque de charisme

Ce Finlandais de 50 ans était le second candidat à briguer la direction du parti pour mener la campagne des européennes. "Plusieurs fois ministre, et même ancien député européen" [Libération], Alexander Stubb est doté d'un "CV en or massif" [Le Monde]. Malgré cela, Manfred Weber, qui était soutenu par Angela Merkel, "n’a laissé aucune chance à son challengeur", selon Libération.

"Militant de la CSU dès l'adolescence, disciple volontiers flagorneur d'Angela Merkel", Manfred Weber est réputé être un très fin connaisseur des institutions européennes, qu'il fréquente depuis qu'il a été élu député au Parlement européen il y a seize ans, observent Les Échos. "Avant de faire de la politique sa profession, cet ingénieur, ancien enfant de chœur, et toujours catholique pratiquant, participa à la création de deux entreprises", poursuit le quotidien économique.

Pour autant, "il n'a aucune expérience gouvernementale", lui reproche un eurodéputé cité par Le Figaro : "il n'a vraiment rien pour lui", ajoute même ce dernier. En effet, "certains critiquent le manque de charisme et d'éloquence de cet homme d'allure fragile, avec sa stature peu imposante et son crâne légèrement dégarni", portraitise Le Point. "Homme d’appareil, Weber s’est comporté comme tel en demeurant à l’écart des caméras" durant la campagne, ajoute Libération.

Prochain président de la Commission européenne ?

Malgré ces critiques virulentes, le victorieux Manfred Weber pourrait succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne selon le principe du Spitzenkandidat ("candidat tête de liste", en français) qui s'est déjà imposé de façon informelle en 2014. Ce mode de désignation du président de la Commission veut que le chef de file du parti européen le mieux représenté dans l'hémicycle à l'issue des élections est prioritaire pour briguer la tête de l'exécutif européen, rappelle La Croix.

"A en croire les sondages, ce disciple […] d'Angela Merkel, a une chance significative d'obtenir ce poste", constate tout de même Mediapart puisque le PPE est pour l'instant en tête des sondages pour les élections européennes de mai 2019.

Mais si ce dernier est "moins mal en point que son ancien partenaire de coalition à Strasbourg, le Parti socialiste européen", la formation de droite pourrait toutefois "perdre jusqu’à une cinquantaine de sièges dans l’hémicycle", souligne Le Monde. Un constat corroboré par des sondages agrégés proposés par Contexte ou Politico, et qui attribuent respectivement 167 ou 180 sièges au PPE, sur 705. En effet, la CDU, "pilier du PPE", "recule dans tous les scrutins régionaux en Allemagne", "les droites classiques sont aussi en fort recul" en Italie et en Espagne, tandis qu'en France, "Les Républicains craignent de ne plus pouvoir prétendre qu’à une douzaine d’eurodéputés en mai" [Le Monde].

En définitive, "rien ne dit que Manfred Weber s’installera dans le fauteuil tant convoité", souligne La Croix. D'autant plus que "même si le PPE arrive premier […] le 'Spitzenkandidat' est contesté par certains dirigeants", poursuit le quotidien. Car si ce système est logiquement soutenu par le Parlement, plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement préféreraient de leur côté pouvoir proposer leurs propres candidats, explique Politico.

C'est le cas d'Emmanuel Macron. Ainsi, les "espoirs" du Bavarois  de "succéder à Jean-Claude Juncker" pourraient "être contrariés par la volonté du président français de constituer une force centriste capable de déjouer la manœuvre", observe Mediapart. Le directeur de campagne pour les européennes de LaREM, Stéphane Séjourné, a même "estimé qu'il était possible pour son camp d'arracher une majorité au Parlement européen, lors d'un entretien avec Reuters la semaine dernière", rappelle le média en ligne.

"L’heureux ou heureuse élue sera plus probablement la personne la plus capable de construire une coalition de partis pro-européens", conclut Le Monde. Ce qui n'est peut-être pas dans les cordes de M. Weber, "identifié à droite du PPE". Mais plutôt de Michel Barnier ? Le négociateur pour le Brexit se tiendrait "en embuscade", selon Le Figaro. "Plusieurs de ses proches se sont employés à le présenter comme un joker" à l'instar de l'eurodéputé Michel Dantin cité par le quotidien : "quel Français peut avoir la Commission, à part Barnier ? Les Allemands ne sont pas les derniers à nous parler de lui".

Et puis "le profil de Weber n’est pas celui d’un président de Commission", ajoute Libération. Jean-Claude Juncker et ses prédécesseurs à la tête de l'exécutif européen parlaient "au moins couramment français et anglais en plus de leur langue maternelle", souligne France Culture. Or l'Allemand "a un niveau scolaire de français et parle à peine couramment anglais", insiste la Deutsche Welle, citée par la radio publique française. Manfred Weber, un "fragile champion" [La Croix], "trop allemand" depuis "son petit bourg de Wildenberg, près de Munich" où il réside encore [Les Échos] ? Les jeux ne sont pas faits.

Le problème Orban

Si la route vers la tête de la Commission n'est pas dégagée, Manfred Weber devra quoi qu'il en soit mener la campagne européenne de son camp. Son rôle : faire en sorte que sa formation "ne perde pas trop de plumes face aux partis populistes", selon Le Monde. Là encore, les difficultés s'accumulent.

Lors de son dernier discours avant les votes, Manfred Weber s'est attelé à rappeler son identité chrétienne démocrate : "nous sommes des chrétiens démocrates", a-t-il répété "au moins une vingtaine de fois" [Le Monde]. "Je crois aux valeurs de mon parti, de mon mouvement", a-t-il d'ailleurs expliqué à Euronews. Le potentiel futur président de la Commission européenne souhaite ainsi réaffirmer les valeurs européennes avec "une pratique démocratique qui est fondamentale pour reconnecter Bruxelles aux citoyens de l’Union européenne".

Pourtant il a reçu l'embarrassant soutien du Premier ministre hongrois Viktor Orban, dont les atteintes répétées à l'État de droit ont fait l'objet d'un vote au Parlement européen en faveur de l'activation de l'article 7, rappelle Le Figaro. Le Fidesz, parti de Viktor Orban, est toujours membre du PPE.

Difficile dans ces conditions d'afficher l'unité du Parti populaire européen. "Si vous êtes contre l'État de droit et contre le pouvoir judiciaire, si vous n'aimez pas la presse libre, si vous tolérez l'antisémitisme, vous n'êtes pas un démocrate-chrétien" a à cet égard déclaré Donald Tusk lors de son discours à Helsinki. Manfred Weber a de son côté martelé qu'"aucun traitement de faveur [ne sera accordé] quand ça touche aux principes, qu’on soit membre ou non du PPE". "Nous devons trouver un mécanisme qui garantit aux Européens que nos principes de base soient respectés par tous", a-t-il ajouté au micro d'Euronews.