Parlement européen

Programme du Front national : sortir de l’Europe

Marine Le Pen, présidente du Front national et tête de liste dans le Nord-ouest

D’après l’écrasante majorité des sondages, le Front national devrait arriver en tête, dimanche 25 mai, en France, devançant légèrement l’UMP, reléguant à la 3e place le PS. Sur les rails du succès depuis les élections municipales, le parti d’extrême droite français tire également avantage d’un scrutin proportionnel, plus égalitaire que le scrutin majoritaire. Marine et Jean-Marie Le Pen sont tous deux candidats et font campagne sur le rejet de l’Europe et le souverainisme.

Son score assuré, le FN en quête d'un groupe politique

Avec l’UMP, le FN est évidemment le grand vainqueur des élections municipales de mars dernier. Le Parti socialiste balayé, le parti de Marine Le Pen est parvenu à conquérir les mairies d’Hénin-Beaumont, de Béziers, de Fréjus ou encore de Villers-Cotterêts. A la faveur d’une dynamique favorable, du discrédit de la gauche et des divisions de la droite, le Front national aborde donc les élections européennes en position de force. Ses principaux dirigeants feront d’ailleurs eux-mêmes campagne. Marine Le Pen défendra son siège dans le Nord-ouest, son père Jean-Marie Le Pen fera de même dans le Sud-est. Actuel troisième eurodéputé frontiste, Bruno Gollnisch ne se trouve qu’en 3e position dans le Sud-est. Proche de devenir maire de Forbach, Florian Philippot sera tête de liste dans le grand Est, tandis que Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen, conduira la campagne dans le Sud-ouest.

« Nous [Geert Wilders et Marine Le Pen] luttons contre une immigration étouffante et contre l’islamisation, nous sommes fiers de notre culture et nous agissons contre l’Europe, qui édicte des règles dont personne ne veut » - Marine Le Pen

Surfant sur la déception de la population vis-à-vis du début de quinquennat de François Hollande, sur le « ras-le-bol fiscal » et sur les frustrations dues à la gestion de la crise économique par les institutions européennes, le Front national jouit d’une forte popularité en France. S’en tenant à un discours que d’aucuns qualifient de populiste et de souverainiste, le Parti n’a pas élaboré de programme à proprement parler et a limité sa participation aux débats entre candidats. Le refus de Marine Le Pen d’affronter Martin Schulz, le candidat socialiste pour la présidence de la Commission européenne a ainsi fait grand bruit. En revanche, le Parti a déjà entamé les discussions avec d’autres formations d’extrême droite en Europe en vue de constituer un groupe politique au sein du prochain Parlement. Une alliance avec le Néerlandais Geert Wilders, connu pour son discours islamophobe, ou encore avec la Ligue du Nord italienne, est probable.

L’Etat-nation contre l’Europe

Reprenant son argumentaire habituel concernant l’Europe, le Front national continue de dénoncer, au cours de la campagne 2014, les dysfonctionnements démocratiques européens, les droits des peuples bafoués et la nécessité de rapatrier autant de compétences que possible. Selon le FN, les élections européennes ne suffisent en rien à compenser le déficit démocratique dont souffre l’Europe dans la mesure où, « face à la Commission, le Parlement est doté de faibles pouvoirs ». De plus, les politiques européennes, telles qu’elles sont élaborées, vont à l’encontre des intérêts des citoyens français. Particulièrement visée, la politique monétaire est rendue responsable de la crise. « L’euro et l’ouverture des frontières à une concurrence déloyale ont détruit des millions d’emplois industriels », affirme le Front national. « La Banque centrale européenne n’a pas le droit de prêter aux Etats, mais elle prête, à un taux dérisoire, aux banques, qui reprêtent, beaucoup plus cher, aux Etats », peut-on également lire sur le site officiel du parti d’extrême droite.

« Je ne me sens pas Européen. Au sein de l’Union européenne, c’est européiste, certainement pas ! Mais qu’est-ce que ça veut dire, ‘Européen’ ? Je me sens Français. La France est ma patrie et mon avenir » - Florian Philippot

Dans ce contexte, le FN propose de redonner le contrôle des frontières aux Etats, de redonner la primauté au droit national sur le droit européen, de retrouver la maîtrise de sa monnaie et de sa politique monétaire et que la contribution de la France au budget européen soit nulle. In fine, la coopération européenne serait limitée à la mise en place de grands projets d’investissements communs, mais en dehors du contrôle de la Commission. En outre, une « association libre d’Etats européens partageant la même vision et les mêmes intérêts sur des sujets tels que l’immigration ou les règles devant régir les échanges extérieurs et la circulation des capitaux » est également envisagée.

Portrait de deux candidats : Florian Philippot et Marie-Christine Arnautu

En pleine opération « normalisation » et « crédibilité », le Front national, tel que dirigé par Marine Le Pen, a adouci son discours et cherche aujourd’hui à prouver sa capacité à exercer le pouvoir. Dans cette optique, les vestiges du leadership plus agressif de Jean-Marie Le Pen se font de moins en moins nombreux.



Florian Philippot
, haut-fonctionnaire, est tête de liste du Front national dans le grand Est

Dans le sillage de la présidente du FN figure Florian Philippot, meilleure illustration de l’orientation que le parti souhaite se donner. Diplômé d’HEC Paris et de l’ENA, il travaille dans un premier temps à l’Inspection générale de l’administration. Présentant le Général de Gaulle comme sa référence politique, il soutient la ligne souverainiste défendue par Charles Pasqua et Philippe de Villiers lors des élections européennes de 1999. En 2002, c’est aux côtés de Jean-Pierre Chevènement qu’il s’engage, avant de voter « non » au référendum de 2005 sur la constitution européenne. Son adhésion au Front national date de 2008 et est due au changement de direction et au remplacement de Jean-Marie Le Pen par sa fille. Rapidement il devient l’un de ses plus proches collaborateurs et participe activement à l’élaboration de son programme économique. Aujourd’hui âgé de 32 ans, Florian Philippot est critiqué par une partie du Front national pour freiner la radicalité du mouvement politique.



Marie-Christine Arnautu, cadre commerciale, est 2e de liste Front national dans le Sud-est

A l’inverse, une candidate comme Marie-Christine Arnautu, 2e de liste dans le Sud-est derrière son mentor et ami personnel Jean-Marie Le Pen, incarne l’ancienne ligne du parti. Membre du FN depuis 1987, Marie-Christine Arnautu a gravi les échelons au sein du Front national depuis un poste d’assistante parlementaire (du député Jean-Pierre Stirbois) jusqu’à la vice-présidence et la gestion des dossiers relatifs à la famille, au handicap et aux affaires sociales. Participant aux manifestations contre le mariage entre personnes du même sexe et contre la "théorie du genre", Marie-Christine Arnautu a pris part, notamment aux côtés de Bruno Gollnisch, à l’association Civitas. Un mouvement ayant fait l’objet de plaintes pour violences, notamment de la part de la journaliste Caroline Fourest.