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Puigdemont candidat à la présidence catalane : la difficile équation

En dépit des difficultés politiques et juridiques de Carles Puigdemont, le président du Parlement catalan Roger Torrent l’a désigné ce lundi 22 janvier candidat à la présidence de la Catalogne. Visé par une enquête en Espagne et exilé à Bruxelles, l’ancien président catalan affirme en effet pouvoir être investi et gouverner à distance.

Carles Puigdemont
Carles Puigdemont, candidat à la présidence de la Catalogne. Crédits : Sandra Lazaro

L’indépendantiste Roger Torrent” , président du Parlement catalan, “a proposé lundi la candidature de Carles Puigdemont, l’ancien président de la Catalogne destitué par Madrid, pour diriger la région aux velléités autonomistes” [RTBF]. Une session d’investiture, dont la date n’a pas encore été fixée, devrait se tenir “au plus tard le 31 janvier” [France 3], et sera “suivie d’un vote” des élus du Parlement régional [L’Express].

Si M. Puigdemont est pour l’instant “soutenu par les deux formations du camp séparatiste” , la situation reste délicate. Le candidat est en effet visé par “une enquête pour ‘rébellion’, ‘sédition’ et ‘malversations de fonds’ ” [RTBF]. Exilé en Belgique depuis le 30 octobre et parti pour le Danemark ce lundi 22 janvier afin de “participer à un colloque sur la Catalogne” [Le Monde], il “serait immédiatement placé en détention” en cas de retour sur le sol espagnol [France 3].

Jeu du chat et de la souris” avec le parquet espagnol

Depuis son départ d’Espagne, M. Puigdemont se livre au “jeu du chat et de la souris” avec l’Espagne [Le Figaro]. France 24 décrit une “stratégie de communication” qui consisterait à “surfer sur les limites de la justice espagnole” . Le politologue Mathieu Petithomme, spécialiste de l’Espagne, estime qu’ “en occupant l’espace médiatique, [M. Puigdemont] internationalise le conflit” . Une arrestation serait ainsi “un élément de plus pour étoffer l’argumentaire sur la victimisation des indépendantistes catalans, avec l’Espagne dans le rôle de l’oppresseur” . En se rendant au Danemark, il “occupe le terrain médiatique” et “cherche aussi à mettre en scène l’officialisation de sa candidature à la présidence de la Catalogne” .

Après avoir “renoncé à demander l’arrestation de M. Puigdemont en Belgique, notamment pour éviter des divergences d’interprétation entre juges belges et espagnols sur la gravité des délits” , “le parquet espagnol a requis [lundi 22 janvier] son arrestation au Danemark” [France 3]. Le juge chargé de l’enquête a néanmoins “refusé de lancer un mandat” [France 3]. Il estime en effet qu’en cas d’arrestation et “une fois derrière les barreaux” , “M. Puigdemont pourrait faire valoir l’impossibilité légale qui l’empêche de se rendre au Parlement” et ainsi “réclamer avec succès de voter par procuration, voire de se soumettre à distance à l’investiture” [Le Figaro].

Gouverner à distance

Devant l’impossibilité de retourner en Espagne sans être arrêté, “M. Puigdemont affirme qu’il peut gouverner la région depuis sa tanière belge” . Il ferait ainsi fonctionner via Skype la Catalogne (7,5 millions d’habitants)”, ironise Libération.

Or, avant même de gouverner, Carles Puigdemont devrait pour cela “être investi à distance, ce que les services juridiques du Parlement ont déjà jugé contraire à la Constitution” [RTBF]. Dans son interview accordée à France24, Mathieu Petithomme souligne que “le règlement intérieur du Parlement catalan stipule que le président doit être présent lors de son investiture” . Il ajoute néanmoins que “les statuts peuvent être modifiés par la “mesa del Parlement” [le bureau du parlement, NDLR], composé majoritairement d’indépendantistes” . Le quotidien Libération ajoute que ce ne serait pas la première fois que les séparatistes outrepasseraient les lois du Parlement : M. Puigdemont pourrait ainsi “intervenir par téléconférence depuis la Belgique, ou faire lire son discours par un autre élu”.

Néanmoins, même dans le cas d’un vote à distance, “le gouvernement central et l’opposition feront tout pour bloquer sa prise de fonctions en saisissant la justice” [RTBF]. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a ainsi déclaré que “prétendre être le président du gouvernement catalan en étant à Bruxelles est illégal” . Il a également prévenu que “si Carles Puigdemont était investi, l’article 155 (de la Constitution espagnole), ayant permis de placer la Catalogne sous tutelle, continuera à s’appliquer” [France 3]. Il ne rendrait donc pas “à la région l’autonomie qui lui a été retirée après la tentative de sécession du 27 octobre” [La Croix]. “La solution entraînerait [donc]un recours immédiat de la justice” , qui mettrait “Roger Torrent dans ‘un pétrin judiciaire’ ” , et entraînerait de nouvelles élections [Courrier International].

En attendant de fixer une date d’investiture, “M. Torrent a sollicité (…) une réunion avec M. Rajoy pour, a-t-il affirmé, rechercher une solution à ‘la situation anormale que vit le parlement’ ” . En cas de blocage d’un vote à distance par Madrid, “rien n’empêcherait ensuite M. Torrent de présenter une solution alternative” [France 3].

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