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Présidentielle 2022 : quelles sont les propositions des candidats sur l’Europe ?

Les 12 candidats au scrutin présidentiel des 10 et 24 avril vont devoir convaincre les Français sur de nombreux sujets. Que proposent-ils concernant l’Union européenne ?

L'élection présidentielle française se déroulera les 10 et 24 avril 2022 - Crédits : masterSergeant / iStock
L’élection présidentielle française se déroulera les 10 et 24 avril 2022 - Crédits : masterSergeant / iStock

Pour cette prochaine élection présidentielle, la question européenne revêt une dimension particulière. Notamment en raison de l’invasion russe de l’Ukraine depuis le 24 février et de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, initiée le 1er janvier et qui s’achèvera le 30 juin. Ainsi, des sujets tels que l’autonomie stratégique du continent, la défense européenne, les migrations ou encore l’élargissement de l’UE entrent en compte dans les programmes des candidats. De l’extrême gauche à l’extrême droite, Toute l’Europe vous propose un tour d’horizon non exhaustif des programmes européens, plus ou moins détaillés, de chaque prétendant à l’Elysée.

Philippe Poutou, Nouveau parti anticapitaliste (NPA)

Comme l’expose le programme du candidat d’extrême gauche, la politique étrangère de Philippe Poutou vise la “solidarité internationale”. Pas de frontière, accueil sans réserve des migrants et des réfugiés, arrêt de toutes les interventions militaires françaises…Le candidat refuse l’idée d’une “armée européenne” et prône une sortie de l’Otan. En cas d’élection, il souhaite une “rupture avec les traités européens” afin de défendre “la solidarité et la coopération entre les peuples, à l’opposé de la politique xénophobe de l’Europe et de Schengen”.

Nathalie Arthaud, Lutte ouvrière (LO)

La candidate “communiste révolutionnaire, internationaliste” est favorable “à tout ce qui va dans le sens de la disparition des frontières”. Elle milite donc pour que “les travailleurs”, en se “débarrassant du capitalisme”, mettent en place une “Europe véritablement unie et fraternelle : les Etats-Unis socialistes d’Europe”. Une union sans frontière dans laquelle elle dit “bienvenue aux femmes et aux hommes forcés d’émigrer” et qui garantit “la liberté de pouvoir se déplacer afin de trouver un emploi et un salaire pour vivre”.

Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI)

Dans son programme, le candidat insoumis prévoit une relation en deux temps avec l’Union européenne : d’une part, il propose de rompre avec les traités actuels et en négocier de nouveaux (Plan A) et, d’autre part, il entend appliquer “dans tous les cas [son] programme au niveau national en assumant la confrontation avec les institutions européennes” (Plan B). Ainsi, face aux traités de libre-échange il compte utiliser le veto de la France “pour refuser tout nouvel accord de libre-échange” avec, en parallèle, la mise en place d’un “protectionnisme écologique”. Face “au carcan budgétaire”, il prône la fin de la règle des 3 %. Jean-Luc Mélenchon entend également sortir du commandement intégré de l’Otan et suspendre la participation de la France à l’Europe de la Défense. Il souhaite par ailleurs “mettre fin aux règlements de Dublin” afin de mieux répartir l’accueil des réfugiés en Europe.

Autres mesures : Instaurer un taux d’impôts minimum sur les sociétés, fixer un cadre pour les salaires minimums européens, “mieux associer les députés nationaux aux prises de décision européenne”.

Fabien Roussel, Parti communiste français (PCF)

“Agir pour transformer l’Europe de fond en comble, redonner à la France une voix indépendante en faveur de la sécurité humaine et de la paix”.  Voici ce que vise le programme européen du candidat communiste. Dans ce but, Fabien Roussel souhaite la fin définitive de la règle des déficits publics inférieurs à 3 % du PIB, imposée au niveau européen par le Pacte de stabilité et de croissance. Il défend également une Banque centrale européenne soumise à un contrôle “démocratique des Etats et des peuples”. Autre mesure phare, “la mise en œuvre d’un pacte pour le climat et l’urgence sociale” en accord avec les recommandations du GIEC (mobiliser 6 % du PIB des pays européens pour combattre le changement climatique). Il milite également pour une Europe “à géométrie choisie” où des Etats pourront coopérer sur des grands projets à 27 ou non.

Yannick Jadot, Europe Ecologie-Les Verts (EELV)

Pour l’écologiste, “si la France est notre maison, l’Europe est notre village”. L’actuel député européen a pour objectif l’accélération des prises de décisions de l’UE en tâchant d’en “éviter le blocage par une minorité d’Etats membres”. Afin de réformer les traités, il souhaite la mise en place d’une “Convention constituante pour l’Union européenne” à moyen terme, ainsi qu’un renforcement du contrôle démocratique des agences type Europol ou Frontex. Yannick Jadot prône une Europe tournée vers l’écologie, et donc de dédier une plus grande part du budget européen au climat mais aussi la création “d’un instrument européen d’investissement écologique et de solidarité”, la signature d’un traité environnemental européen ou l’amplification du pacte vert.Yannick Jadot tient également à mettre fin au Pacte de stabilité et de croissance ou encore à soutenir une directive sur les salaires minimums.

Anne Hidalgo, Parti socialiste (PS)

La candidate socialiste consacre une dizaine de mesures à l’UE dont elle défend la “force” face “aux désordres du monde”. Si elle pense que l’Union est l’instrument de la souveraineté française, elle souhaite “adapter les règles budgétaires […] aux défis du XXIe siècle” qui ne doivent plus “conduire à l’austérité”, notamment en mettant fin au pacte de stabilité et de croissance. En matière sociale, elle prône la mise en place d’un agenda social européen promouvant un salaire minimum au sein de l’Union et l’égalité salariale femme-homme. En ce qui concerne l’écologie, Anne Hidalgo compte financer la transition écologique grâce à une TVA verte tout en soutenant la mise en œuvre d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Europe (texte récemment validé par le Conseil de l’UE). A propos de la politique commerciale, la candidate PS est en faveur d’une taxe d’imposition minimal des multinationales de 15 %. Elle est également en faveur d’une réforme du système de Dublin au sujet des questions migratoires de l’UE. Enfin, Anne Hidalgo souhaite replacer la langue française au centre “de la stratégie d’influence” nationale.

Emmanuel Macron, La République en marche (LREM)

Le président sortant met en avant une politique pro-européenne, qui s’appuie notamment sur le discours de La Sorbonne en 2017. Sa vision pour l’Europe s’exprime également à travers les priorités portées par la France, qui assure la présidence du Conseil de l’Union européenne (janvier-juin 2022). Il réaffirme cette vision dans son programme 2022 dans lequel il défend une “Europe souveraine capable de peser sur le cours du monde”. Il propose d’accroître “l’autonomie énergétique” de l’Union en “accélérant la décarbonation et le déploiement des énergies propres” pour réduire la dépendance au gaz et au charbon. Il défend ainsi l’idée d’une taxe carbone aux frontières (texte récemment validé par le Conseil de l’UE). L’autonomie technologique doit, elle, être assurée par le déploiement d’une “constellation de satellites”, et “l’autonomie stratégique” par un “renforcement des capacités armées européennes”. Pour protéger le secteur agricole européen, il veut adapter la stratégie de la Commission nommée “de la ferme à la table”, censée rendre le secteur agricole européen plus “vert”, en instaurant des clauses miroir. Autre objectif : “aller au bout de la réforme de Schengen”, qui est déjà en discussion à Bruxelles. Enfin, Emmanuel Macron souhaite bâtir un “métavers européen” qui, parmi d’autres mesures, sera destiné à assurer “l’indépendance culturelle et informationnelle”.

Valérie Pécresse, Les Républicains (LR)

Si la candidate Les Républicains ne dédie pas explicitement un pan de son programme à l’Europe, elle égraine néanmoins dans son projet plusieurs mesures consacrées à l’UE. Elle défend notamment l’idée d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe (texte récemment validé par le Conseil de l’UE) ainsi qu’un renforcement de la politique agricole commune. Elle porte également la création d’une “grande alliance européenne pour la recherche et l’innovation en santé”. Sur le plan migratoire, elle souhaite accélérer le recrutement de 10 000 gardes-frontières de l’Agence Frontex, intégrer la préférence européenne dans la commande publique ou encore repenser la règle des 3 % de déficit public. Valérie Pécresse se positionne sur un refus de tout élargissement de l’Union durant son mandat. Enfin, ambition plus originale concernant l’espace : investir avec les partenaires européens dans un lanceur spatial réutilisable, sur le modèle de SpaceX aux Etats-Unis

Jean Lassalle, Résistons

Le député, qui se présente pour la deuxième fois au scrutin présidentiel après 2017, met en avant la souveraineté de la France en Europe. Il préconise ainsi d’imposer un débat et un vote au Parlement de “toute législation européenne au lieu de laisser l’exécutif approuver par ordonnance pour les transposer en droit français”. Il met également en avant la possibilité de coopération bilatérale avec nos voisins européens et propose une révision de la “participation financière de la France au budget européen”, d’interrompre les négociations d’accords de libre-échange et de retirer à la Commission le pouvoir de représentation de la France lors de ces négociations.

Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France (DLF)

Parmi ses “100 mesures pour la France”, Nicolas Dupont-Aignan prévoit un remplacement de l’Union européenne par “un nouveau traité instituant une communauté des Nations libres et des projets à la carte”. En parallèle, il souhaite la suppression de la directive sur les “travailleurs détachés” et de toutes les “dispositions les plus contraires à l’indépendance de la France”, comme l’espace Schengen. Enfin, s’il désire mettre fin aux accords de libre-échange “de type TAFTA et CETA”, il ouvre la possibilité aux pays de l’UE de se réunir en petits groupes autour de “grands projets d’avenir”.

Marine Le Pen, Rassemblement national (RN)

Historiquement eurosceptique, la candidate d’extrême droite détaille son programme européen au sein de ses “livrets thématiques”. Ne souhaitant plus que la France quitte l’UE, elle cherche toutefois à faire primer le droit français sur la législation européenne. Ainsi, pour sa politique agricole, elle s’oppose à la stratégie européenne “de la ferme à la table” comprise dans le pacte vert. Les aides européennes de ce dispositif “seront complétées par des dispositifs nationaux”. Et elle pousse pour une exclusion de l’agriculture des traités de libre-échange signés par l’UE. Elle soutient également la mise en place de “clauses miroirs” pour conformer les importations de produits agricoles “aux normes européennes et françaises”. A propos de la défense, Marine Le Pen promeut l’indépendance de la France en quittant le commandement intégré de l’Otan et en cherchant “à reconfigurer la relation stratégique de fond que la France entretient avec les États-Unis” mais aussi à nouer “une alliance avec la Russie sur certains sujets de fond”. En matière migratoire, elle vise le retour du contrôle permanent des frontières nationales. 

Eric Zemmour, Reconquête !

Eric Zemmour envisage surtout de “défendre les intérêts des Français en Europe”. Ainsi, il souhaite réviser la Constitution (article 55) pour faire primer “toute nouvelle loi nationale sur le droit européen existant”. En plus de vouloir rétablir un contrôle très strict des frontières et de la politique migratoire au niveau national il envisage de mettre le veto français “à toute négociation de traité de libre-échange”. L’objectif d’Eric Zemmour est de construire une “Europe des nations”, notamment en refusant tout nouvel élargissement de l’Union et en bloquant “tout nouveau transfert de compétence réclamé par la Commission européenne”. Enfin, son programme défend une mesure plus symbolique : interdire “d’arborer le drapeau européen sans le drapeau français à ses côtés sous les édifices publics”.

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