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Premier tour de l’élection présidentielle 2022 : ce qu’en pense la presse européenne

Emmanuel Macron (27,6 %) et Marine Le Pen (23,4 %) se sont qualifiés dimanche 10 avril pour le second tour de l’élection présidentielle. La presse européenne se penche ce matin sur les enseignements à en tirer et se projette sur le duel du 24 avril.

A la une de nombreux journaux européens, le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle - Crédits : Montage Toute l’Europe

La France va entrer dans une nouvelle période de la campagne, alors que “le président sortant centriste, Emmanuel Macron, affronte la candidate d’extrême droite Marine Le Pen pour la présidence, se positionnant comme un ‘progressiste’ pro-européen contre ce qu’il nomme un programme nationaliste, anti-musulman, et ‘complaisant’ envers Vladimir Poutine”, commente le journal britannique The Guardian.

Pour le média tchèque Seznam Zprávy, “le possible triomphe de Marine Le Pen effraie les marchés” mais aussi l’Union européenne, tandis que ce scrutin représente “une chance historique pour l’extrême droite”. Aussi, selon le journal allemand Der Tagesspiegel, “l’arrivée de la politicienne d’extrême droite dans le fauteuil présidentiel serait pour l’UE une catastrophe semblable à celle du Brexit”.

Le journal espagnol El Mundo rapporte que les deux finalistes portent “des visions opposées du pays et de l’Europe” et “ne sont séparés que de quatre points”, même si Emmanuel Macron “bénéficie d’un certain avantage du fait que la plupart des candidats éliminés ont demandé avec insistance de le soutenir le 24 avril dans le but de faire barrage” au Rassemblement national. Selon le site d’information hongrois Telex, “les prédictions en faveur de Macron suggèrent qu’une forte performance de Le Pen au premier tour pourrait déclencher la mobilisation habituelle contre l’extrême droite pour le second tour ; [mais] des commentateurs plus sombres suggèrent que […] Le Pen est sortie de la cage de l’extrême droite et qu’elle est désormais beaucoup moins mal aimée”.

Répétition du duel de 2017

Macron et Le Pen vont se disputer la présidence en France et répéter le duel de 2017″, titre le quotidien portugais Correio da Manhã. Citant la candidate du Rassemblement national qui apparaît proche de l’actuel président de la République dans les sondages du second tour, le journal écrit que les Français sont confrontés à “un choix entre deux visions différentes de l’avenir”. Même si en 2017 “Marine Le Pen avait finalement été battue par Macron à plate couture”, cette fois-ci “les sondages prévoient […] une issue nettement plus serrée”, note le journal allemand Die Welt.

En effet, “malgré son avance, [Emmanuel Macron] met en garde contre toute certitude de victoire prématurée”, déclarant : “ne nous y trompons pas, rien n’est joué”, lit-on sur le site de Kurier. Selon le média autrichien, Marine Le Pen sort “renforcée de cette élection”. Car “d’une part, les électeurs de gauche se sont détournés du président, qui les a déçus” et “d’autre part, la candidature de l’extrémiste de droite Eric Zemmour a conforté la stratégie de ‘dédiabolisation’ de Le Pen”. Le journal grec I Kathimeriní note également que le candidat Eric Zemmour “l’a […] aidée en la faisant apparaître plus ‘centriste’ aux yeux de nombreux électeurs”.

Se donner “une image plus rassurante sans renoncer au souverainisme”, voilà la stratégie utilisée par la cheffe du Rassemblement national pour espérer atteindre la victoire au second tour, titre le quotidien italien La Repubblica. Marine Le Pen est ainsi “aidée par une image beaucoup plus douce. Au lieu d’être une leader d’extrême droite qui parle surtout de la lutte contre la criminalité, de l’immigration et de l’UE, elle est maintenant présentée comme celle qui se soucie vraiment des Français ordinaires, du prix élevé de l’essence et du pouvoir d’achat”, observe le quotidien suédois Aftonbladet.

Pour autant, selon David Carretta du journal italien Il Foglio, c’est “le destin de l’Union européenne” qui se joue avec ce nouveau deuxième tour Macron-Le Pen.

Effondrement des partis traditionnels

Un constat terrible pour les partis historiques que sont Les Républicains (LR) et le Parti socialiste (PS) réside dans leur score extrêmement bas. “L’élection s’est transformée en un désastre historique pour la gauche et la droite françaises, qui ont dirigé la France pendant des décennies, jusqu’en 2017″, analyse Süddeutsche Zeitung en Allemagne. “Imaginez si le SPD et la CDU avaient disparu. C’est exactement ce qui s’est passé en France”, abonde un autre grand quotidien allemand, le Frankfurter Allgemeine, qui commente le lourd échec des deux formations politiques : “lors du premier tour de l’élection présidentielle dimanche, les anciens partis au pouvoir de gauche et de droite n’ont joué aucun rôle”.

Du côté espagnol, El País relève “le fiasco d’Anne Hidalgo” qui n’atteint même pas les 2 % et qui est ainsi dépassée par “de petits candidats, tels que le communiste Fabien Roussel ou le ruraliste Jean Lassalle”. En 2017, “le PS était au bord du gouffre. Cinq ans plus tard, il touche le fond”, poursuit le journal. Pour la ministre socialiste espagnole des Sciences et de l’Innovation Diana Morant, citée par La Vanguardia, la chute du Parti socialiste est liée “au système électoral français”. Selon la ministre, le scrutin a deux tours explique ce résultat : “face à la menace de l’extrême droite, les gens se mobilisent en faveur de la force qui est la plus à même de lui tenir tête”, analyse-t-elle.

Même observation pour LR. D’après The Guardian, “le plus gros choc de la soirée a été le score ridicule de Valérie Pécresse, la candidate de la droite traditionnelle”, qui n’a même pas atteint 5 % des voix : “un véritable revers qui devrait conduire à l’implosion de son parti au profit de la ligne dure des Républicains”. Dans ce contexte, “la France pourrait se retrouver dans une position unique en Europe, un pays sans parti de droite classique”, prophétise le média britannique.

Percée de Jean-Luc Mélenchon et forte abstention

Le score de la France insoumise qui arrive à la troisième place est aussi l’un des faits marquants de ce premier tour. “La ‘tortue sagace’ n’a pas réussi à s’imposer, même si ce n’est que de très peu. Jean-Luc Mélenchon avait promis de rattraper tous les lièvres qui l’avaient dépassé, comme dans la fable de La Fontaine”, écrit Il Corriere della Sera, reprenant les termes du “leader de la gauche radicale” qui se voyait accéder au second tour dans un trou de souris.

Le journal néerlandais De Telegraaf estime qu’à la fin de sa campagne, Jean-Luc Mélenchon “a effectué un sprint final fort. Mais comme son parti a complètement ignoré des questions telles que l’immigration, le duel final était à nouveau exclu”. Il a en tout cas “obtenu un excellent résultat”, qui s’avèrera “crucial pour déterminer le vainqueur du scrutin”, remarque le quotidien Il Corriere della Sera.

Enfin, “outre les scores des candidats à l’élection présidentielle, les résultats préliminaires du premier tour indiquent une défaite dont l’ensemble de la classe politique française peut assumer la responsabilité”, considère De Volkskrant. Plus d’un quart “des Français habilités à voter sont restés chez eux dimanche”, relate le quotidien néerlandais.

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