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Emmanuel Macron / Marine Le Pen : quelles sont leurs propositions pour la politique étrangère et la défense européennes ?

Présidentielle 2022. L’Europe constitue sans doute la principale ligne de fracture entre les programmes du président sortant et de la candidate du Rassemblement national. Comment envisagent-ils les relations extérieures de l’UE et la défense européenne ?

Concernant les relations internationales, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont des stratégies opposées. Si le président sortant défend un “multilatéralisme concret”, Marine Le Pen propose un “approfondissement du bilatéralisme” - Crédits : iStock

Souvent reléguée au second rang des campagnes présidentielles, la politique étrangère occupe une place particulière lors de la campagne de 2022. Le déclenchement de la guerre en Ukraine, le 24 février, a rendu d’autant plus visibles les débats et oppositions entre candidats sur le rôle militaire et les alliances internationales de la France. Au cœur de ce conflit russo-ukrainien, Moscou exige notamment que Kiev renonce à adhérer à l’Otan, dont le rôle est l’un des sujets de discorde entre les deux candidats à l’Elysée.

Pour Marine Le Pen, la politique de défense de la France doit être prioritairement française, le plus possible tournée vers le bilatéralisme dans des engagements internationaux qu’elle souhaite moins contraignants pour le pays. Ce qu’elle qualifie dans son programme de “politique des mains libres”. La candidate du Rassemblement national veut à ce titre quitter le commandement intégré de l’Otan, une décision qui impliquerait la redéfinition de la relation militaire avec les Etats-Unis.

De son côté, Emmanuel Macron estime par le biais de son programme qu’une défense efficace de la France passe par le développement d’une réelle autonomie stratégique européenne, en coordination avec l’Otan. Ce concept signifie que l’Europe doit mettre en œuvre les moyens nécessaires à sa sécurité. Il milite de longue date pour cette approche vis-à-vis de l’UE et de la défense, notablement présente dans son discours de la Sorbonne au début de son mandat présidentiel en 2017. La France a, par exemple, pesé dans l’adoption d’un Fonds européen de la défense. Adopté en 2021 et doté de 7,9 milliards d’euros, il est le premier fonds européen entièrement consacré à la défense et est destiné à financer la recherche et le développement de programmes communs dans ce domaine. 

Alliance avec la Russie sur certains sujets de fond

Marine Le Pen considère donc qu’il faut revoir les partenariats diplomatiques et militaires de la France. Avec les Etats-Unis, avec qui elle veut discuter “d’un nouvel accord stratégique”. Mais également avec l’Allemagne, avec laquelle elle souhaite “fin aux coopérations structurantes engagées depuis 2017″ dans le domaine de l’industrie de la défense.

Changement plus radical encore, son programme indique l’objectif d’une “alliance avec la Russie sur certains sujets de fond”, en premier lieu sur “la sécurité européenne qui ne peut exister sans elle”. Lors d’une conférence de presse mercredi 13 avril, la candidate du Rassemblement national a ajouté qu’elle défendrait un rapprochement entre l’Otan et la Russie une fois la guerre en Ukraine achevée et un traité de paix signé. 

Par ailleurs, sa volonté de créer une “Alliance européenne des nations qui a vocation à se substituer progressivement à l’Union européenne” la pousse à ne pas envisager la défense dans le cadre de l’UE. Une position qui apparaît également dans sa proposition de partenariat renforcé avec le Royaume-Uni, sorti de l’Union en 2020.

Tandis qu’Emmanuel Macron se montre particulièrement attaché au couple franco-allemand, Marine Le Pen souhaite retirer le soutien de la France à l’obtention d’un siège permanent de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’Onu. Une perspective en particulier défendue dans le traité d’Aix-la-Chapelle, signé par Paris et Berlin en 2019. 

Plus de coopération européenne

A l’opposé de sa rivale politique, le président sortant s’est toujours présenté comme particulièrement europhile, estimant que la France est plus puissante avec l’appui de l’UE. Il considère donc que l’accroissement de la coopération militaire avec les Etat membres est nécessaire. Il prône une augmentation des capacités militaires des Vingt-Sept, avec une meilleure coordination entre forces armées européennes.

En termes de budget alloué à la défense en France, son programme mentionne le maintien d’un objectif de dépenses annuelles correspondant à au moins 2 % du PIB. Cette cible est conforme à l’engagement pris en 2006 par les pays de l’Otan, que seuls huit pays de l’UE, sur les 21 également membres de l’Alliance atlantique, respectaient en 2020 (2,1 % pour la France).

Si Marine Le Pen fait savoir qu’elle insisterait sur “l’approfondissement du bilatéralisme”, Emmanuel Macron a défendu tout au long de ses cinq années en tant que chef d’Etat un “multilatéralisme concret”, meilleure manière selon lui de régler les problèmes internationaux ayant un impact sur la France. Que ce soit au sein de l’UE, de l’ONU, du G7 ou encore du G20, il a argumenté en faveur de cette position, notamment face à l’émergence de dirigeants nationalistes. A l’instar de Donald Trump aux Etats-Unis, de Jair Bolsonaro au Brésil ou encore, en Europe, du Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Des personnalités avec lesquelles la candidate du Rassemblement national a pour sa part affiché sa proximité idéologique.

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