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Succession d'Angela Merkel : qu'attendre des élections allemandes ?

Le 26 septembre 2021 se tiennent les élections fédérales en Allemagne. Alors qu’Angela Merkel, chancelière depuis 2005, ne briguera pas de nouveau mandat, le parti social-démocrate est en tête des intentions de vote. Candidats, partis, sondages, fonctionnement du scrutin… tout comprendre sur les enjeux de cette bataille politique.

Le siège du Bundestag à Berlin
Le Reichstag, qui abrite la chambre basse du Parlement allemand (Bundestag), à Berlin. 

Les Allemands élisent les députés du Bundestag – la chambre basse du Parlement – tous les quatre ans. Ces élections déterminent non seulement la composition du pouvoir législatif mais aussi celle du gouvernement fédéral. 

Angela Merkel ayant annoncé qu’elle ne briguerait pas de cinquième mandat après 16 années au pouvoir, le scrutin du 26 septembre permettra d’élire son ou sa successeur.e au poste de chancelier.

En 2017, les dernières élections fédérales ont été marquées par une chute des deux partis traditionnels, les conservateurs de la CDU, alliés aux Bavarois de la CSU (-8,6 % par rapport à 2013), et les sociaux-démocrates du SPD (-5,2 %). L’extrême droite (AfD, en troisième place) a fait son entrée au Bundestag, tandis que les libéraux-démocrates (FDP) ont regagné quelques sièges.

Les négociations de coalition, d’abord portées sur une alliance entre conservateurs, écologistes et libéraux, ont finalement débouché sur le renouvellement de la coalition sortante entre conservateurs et sociaux-démocrates. 

Comment les députés allemands sont-ils élus ?

L’élection des députés du Bundestag se fait au suffrage universel direct, selon un système électoral relativement sophistiqué alliant un scrutin proportionnel de liste à un scrutin uninominal majoritaire à un tour. 

Chaque électeur dispose de deux voix. Avec la première, il choisit parmi les candidats de sa circonscription : le candidat majoritaire dans cette circonscription remporte nécessairement un siège. Avec la seconde, il vote pour l’une des listes candidates au niveau régional (Land) : le score de chaque liste détermine le nombre de ses sièges au Bundestag. 

Les députés issus des “premières voix” sont comptabilisés dans le total des sièges déterminés par les “secondes voix” : il arrive ainsi régulièrement qu’un parti obtienne plus de députés issus des premières voix que son score national ne le permettrait en principe. C’est pourquoi si la loi électorale prévoit 598 sièges, le Bundestag peut dans les faits compter jusqu’à 750 députés (709 actuellement). 

Enfin, les partis ayant obtenu moins de 5 % des voix n’obtiennent aucun siège… sauf s’ils ont remporté au moins 3 circonscriptions avec les premières voix. 

La chambre haute du Parlement allemand, le Bundesrat, n’est pas directement élue. Composée de représentants des gouvernements des 16 Länder, elle évolue au fil des élections régionales, disséminées au cours du calendrier électoral. Chaque Land y dispose de trois à six voix et exerce tour à tour la présidence de la chambre pendant un an.

Quels sont les principaux enjeux de ces élections ?

Au-delà des positions traditionnelles des partis allemands sur la fiscalité ou l’immigration, l’élection est l’occasion pour eux de se démarquer sur les grands enjeux d’actualité. La crise du Covid-19 a notamment vu naître des mouvements de protestation anti-confinement, relayés par l’extrême droite ou les libéraux. Partiellement éclipsées par la pandémie, les questions climatiques figurent de nouveau en première position des préoccupations du public, selon les sondages de l’institut Forschungsgruppe Wahlen.

Les inondations de juillet en Allemagne, les impératifs européens et nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou encore la sortie du pays de l’énergie nucléaire annoncée en 2011 imposent aux partis de formuler des propositions sur le thème de l’écologie, pour répondre en particulier à l’impact de la transition énergétique sur l’industrie automobile allemande ainsi qu’à la dépendance du pays au charbon et au gaz.

Sur le plan économique, l’impératif d’équilibre budgétaire – inscrit dans la Constitution, mais suspendu pendant la crise du Covid-19 – ne fait plus l’unanimité. Tandis que les libéraux et la majorité des conservateurs y demeurent attachés, le SPD et les Verts y voient un obstacle aux investissements publics. 

Enfin, en termes de relations extérieures, les rapports du pays à la Chine ou à la Russie, la participation allemande à l’OTAN ou à la défense européenne, ou bien la relation transatlantique et l’attitude à adopter par rapport à la situation en Afghanistan sont autant de pommes de la discorde pour les partis d’outre-Rhin.

L’enjeu numéro un pour les chrétiens-démocrates de la CDU est leur positionnement vis-à-vis du bilan de l’ère Merkel. Si la gestion des crises par la chancelière a souvent été saluée par les ténors conservateurs (crise de la zone euro) et parfois critiquée (crise migratoire), le parti tente de faire bloc autour de son nouveau leader, Armin Laschet, pour éviter les défections sur sa droite (vers l’AfD) et sur sa gauche (vers les Verts notamment).

Quels sont les partis en lice ?

Le SPD (Parti social-démocrate allemand)
SPD - Crédits : Wikimedia Commons

L’historique deuxième parti d’Allemagne a souffert de son alliance gouvernementale avec les chrétiens-démocrates depuis 2013, et réalisé le pire score de son histoire en 2017. Son candidat à la chancellerie est l’actuel ministre des Finances d’Angela Merkel, le vice-chancelier Olaf Scholz. Son programme axé sur l’économie et l’écologie inclut notamment un mix électrique 100 % renouvelable à l’horizon 2040, des investissements dans la santé, le logement, le numérique et la mobilité verte. Il prévoit également une hausse du salaire minimum et défend une harmonisation fiscale et sociale au niveau européen.

La CDU (Union chrétienne-démocrate)/CSU (Union chrétienne-sociale en Bavière)
CDU/CSU - Crédits : Wikimedia Commons

Allié au niveau fédéral avec la CSU, le parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel, divisé entre tenants de la ligne centriste de la chancelière et partisans d’une ligne plus radicale proche de l’AfD, a désigné en avril 2021 le centriste Armin Laschet comme candidat à la chancellerie. L’actuel ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie prône un allègement fiscal pour les entreprises, une limitation de l’immigration et un renforcement de la sécurité intérieure du pays. Il défend les politiques environnementales en place, et le marché des quotas d’émissions de CO2. En faveur de l’intégration européenne, il se montre toutefois sceptique quant à une plus grande intégration budgétaire.

Alliance 90/Les Verts

Les écologistes allemands n’ont été au gouvernement fédéral qu’entre 1998 et 2005, en coalition avec les sociaux-démocrates. Ils dirigent toutefois le Land de Bade-Wurtemberg depuis 2011. En avril dernier, ils ont désigné la modérée Annalena Baerbock comme candidate à la chancellerie. Son programme comprend la mise en place d’un impôt sur les hautes fortunes et l’abandon de l’orthodoxie budgétaire pour financer des investissements dans des infrastructures vertes et numériques. Elle souhaite accélérer la transition vers les énergies renouvelables et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le FDP (Parti libéral-démocrate allemand)
FDP - Crédits : Wikimedia Commons

Les libéraux-démocrates allemands, attachés au marché libre et aux libertés individuelles, se sont montrés critiques du gouvernement au cours des dernières années, en particulier sur la gestion de la crise migratoire de 2015 et de celle du Covid-19. Son président et candidat à la chancellerie, Christian Lindner, défend – entre autres – une limitation des allocations chômage, un retour à l’orthodoxie budgétaire européenne, des droits étendus pour les couples de même sexe et une protection accrue des données personnelles.

L’AfD (Alternative pour l’Allemagne)
AfD - Crédits : Wikimedia Commons

Le parti d’extrême droite est entré au Bundestag en 2017. Il est la deuxième force politique dans plusieurs Länder d’ex-RDA (République d’Allemagne de l’Est), où il réalise des scores supérieurs à 20 %. Ses têtes de liste pour septembre, Alice Weidel et Tino Chrupalla, sont en faveur de la sortie de l’UE et d’un rapprochement avec la Russie, défendent le service militaire obligatoire, s’opposent à l’islam et l’immigration, et sont ouvertement climatosceptiques. La formation politique s’est aussi illustrée pendant la crise du Covid-19 par son rejet des mesures sanitaires, évoquant une situation de “dictature sanitaire”.

Die Linke (La Gauche)
Die Linke - Crédits : Wikimedia Commons

Héritier du parti unique de la RDA, le parti de gauche radicale est à la tête du Land de Thuringe. Ses têtes de liste, Janine Wissler et Dietmar Bartsch, souhaitent que l’Allemagne quitte l’OTAN et forme une alliance avec la Russie. Ils visent la neutralité climatique du pays en 2035, la sortie du charbon en 2030, et souhaitent passer à la semaine de travail de quatre jours tout en augmentant les taxes sur les hauts revenus, les retraites et le salaire minimum.

FW (Electeurs libres)

Issu des associations d’électeurs qui ont essaimé dans le pays lors de la deuxième moitié du XXe siècle, ce parti fondé en 2009 est dirigé par Hubert Aiwanger. Il participe au gouvernement de Bavière auprès de la CSU, et siège avec les centristes et les libéraux au Parlement européen (2 députés européens élus en 2019). Idéologiquement inclassable et plutôt conservateur, il revendique un durcissement de la politique migratoire et se montre souvent très critique vis-à-vis de l’Union européenne. 

Que disent les sondages ?

Longtemps dominés par les conservateurs, les sondages (chiffres agrégés par Politico polls of polls) montrent aujourd’hui une bataille acharnée entre les trois principales forces politiques :

  • Membre de la coalition gouvernementale, le SPD est aujourd’hui en première place des intentions de vote, à 26 % des voix. Tombé à 15 % en 2019, il a effectué une remontée remarquable lors des dernières semaines précédent les élections, dépassant pour la première fois la CDU fin août. Si son manque de charisme peut lui être reproché, le candidat Olaf Scholz semble avoir parcouru la campagne sans commettre d’impair, contrairement à ses deux principaux rivaux.
  • L’Union CDU/CSU, qui devançait de loin les autres partis dans les sondages aux débuts de la crise du Covid-19, atteignait encore 30 % des intentions de vote en début d’année. Mais les contradictions et maladresses de son leader Armin Laschet, en particulier les images le montrant en train de s’esclaffer lors d’une visite aux victimes des inondations de juillet, semblent avoir entraîné sa chute à 21 % des intentions de vote.
  • Les Verts atteignaient en mai dernier les 25 % d’intentions de vote. Leur deuxième place aux élections européennes de 2019 et l’effondrement des sociaux-démocrates depuis 2017 a quelque temps fait d’eux la seconde force politique du pays. Toutefois, l’enthousiasme suscité par la nomination d’Annalena Baerbock comme candidate en avril s’est essoufflé quelques mois plus tard, Mme Baerbock ayant été accusée de gonfler son CV puis de plagiat. Le parti est retombé en troisième position dans les sondages, se situant aujourd’hui à 16 % des intentions de vote.
  • Les libéraux du FDP connaissent enfin une forte progression depuis un an, passant de 6 à 12 %. Ils s’établissent aujourd’hui à la quatrième place, devant l’AfD (11 %), Die Linke (7 %) et les Electeurs libres (3 %).

Quelles sont les coalitions possibles ?

Si la CDU/CSU et le SPD sont représentés sans interruption au Bundestag depuis 1949, aucun n’a obtenu la majorité absolue pour gouverner seul depuis 1957. 

D’après sondages, les élections de septembre 2021 ne devraient qu’amplifier l’éclatement du paysage politique allemand, aucun parti ne dépassant les 30 % d’intentions de vote. Pour la première fois, une coalition à trois fait partie des options les plus probables, parmi de nombreux scénarios :

  • Coalition feu tricolore (SPD, FDP et Verts) : cette coalition renverrait les conservateurs dans l’opposition, après seize ans au pouvoir. Les positions du FDP sur l’économie, éloignées de celles du SPD et des Verts qui réclament notamment des hausses d’impôts et une pérennisation du mécanisme de dette commune européenne, pourraient cependant compliquer les négociations. D’autant que le parti libéral-démocrate a prévenu qu’il ne serait membre du gouvernement que s’il obtenait le ministère des Finances. 
  • Grande coalition (CDU/CSU et SPD) : l’option de la Grande coalition (GroKo en allemand) apparaît improbable : l’alliance, déjà au pouvoir entre 2005 et 2009 puis depuis 2013 est aujourd’hui impopulaire. Avec l’appui d’un troisième parti, les coalitions kenyane (CDU/CSU, SPD et Verts) ou allemande (CDU/CSU, SPD et FDP) n’auraient probablement pas de mal à obtenir une majorité, mais souffriraient du même problème d’impopularité.
  • Coalition noire-verte (CDU/CSU et Verts) : cette coalition entre les conservateurs (noir) et les écologistes (vert), jamais réalisée au niveau fédéral, est en place dans les Länder de Bade-Wurtemberg et de Hesse. Considérée comme une hypothèse crédible depuis la percée des écologistes, elle pourrait toutefois nécessiter l’appui des libéraux-démocrates du FDP pour atteindre la majorité (coalition jamaïcaine, d’après les couleurs du drapeau jamaïcain : noir, jaune et vert).
  • Une coalition de gauche (SPD, Verts et Die Linke), déjà en place dans plusieurs Länder, atteindrait la majorité absolue. Si elle n’est pas exclue par les candidats social-démocrate et écologiste, elle pourrait néanmoins être handicapée par d’importantes divergences programmatiques avec le parti de gauche radicale, qui souhaite par exemple remettre en cause la relation transatlantique. 

Dans toutes ces configurations, le chancelier est traditionnellement le candidat du parti majoritaire au sein de la coalition.

Si l’option d’une coalition à trois partis se concrétisait, les négociations suivant les élections du 26 septembre pourraient être particulièrement longues. Car les formations politiques devront d’abord se mettre d’accord sur la répartition des portefeuilles ministériels, puis établir un programme commun. Une équation politique que la présence de plus deux partis dans le futur gouvernement peut ainsi compliquer. En 2017, ces pourparlers avaient duré près de six mois. Pendant les discussions en vue de former un nouvel exécutif, c’est l’actuelle chancelière Angela Merkel qui gèrera les affaires courantes.

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