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Allemagne : les difficultés budgétaires fragilisent Olaf Scholz

D’habitude louée pour son sérieux budgétaire, la première économie européenne connaît une crise politique après un arrêt de la Cour constitutionnelle annulant une enveloppe consacrée au climat. Une situation remarquée dans la presse européenne.

Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz gouverne l’Allemagne dans une coalition avec les Verts et les libéraux du FDP
Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz gouverne l’Allemagne au sein d’une coalition avec les Verts et les libéraux du FDP - Crédits : Conseil européen

Etonnante crise que celle que traverse l’Allemagne depuis le 15 novembre”, relève Le Monde. “Parce qu’elle n’a pas respecté les règles sévères dont elle s’est elle-même dotée, la première économie de la zone euro se retrouve en situation de blocage budgétaire”, poursuit le journal.

Le 15 novembre, le Tribunal constitutionnel fédéral a en effet “interdit la réaffectation des aides liées au Covid-19 à des fonds pour la protection du climat”, fait savoir le Süddeutsche Zeitung. “Cet arrêt de la plus haute juridiction allemande sème la panique dans l’économie allemande car il creuse du jour au lendemain un trou de 60 milliards d’euros” dans les finances du pays [France Culture].

Désormais, dans chaque ministère, les équipes épluchent les budgets, poste par poste, en quête d’économies”, alors que les dépenses pour 2023 ont été gelées, “au moins provisoirement”, complète la station de radio. Ce “non-respect d’une ‘règle d’or’ inscrite dans la Constitution empêche l’adoption du budget 2024 et nourrit une crise politique majeure”, résume L’Humanité.

Menace sur la transition climatique ?

Libération revient plus longuement sur le fonctionnement de cette règle d’or budgétaire allemande. “Le mécanisme du ‘frein à l’endettement’ ne donne au gouvernement qu’une marge de manœuvre étroite pour contracter de nouveaux crédits (limités au maximum à 0,35 % du PIB par an)”. “Une dérogation est seulement possible en cas de ‘situation d’urgence’, comme ce fut le cas entre 2020 et 2022 sur fond de crise sanitaire puis de guerre en Ukraine”, poursuit le journal.

Or, les Allemands ont besoin d’argent pour financer la transition écologique. “De beaucoup d’argent” [Libération]. Le fonds pour le climat remis en question par la cour de Karlsruhe “est devenu l’outil d’investissement privilégié du gouvernement, depuis la rénovation du réseau ferroviaire en passant par le remplacement des chaudières à gaz, jusqu’à une subvention de 10 milliards d’euros pour une usine de puces à Magdeburg, en Saxe-Anhalt (Est)”, liste Le Monde.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung prend l’exemple des infrastructures d’électricité. Les gestionnaires du réseau “craignent que l’extension des lignes nécessaires à la transition énergétique ne soit pas réalisée, parce que l’Etat manque d’argent”, et sont désormais obligés de réfléchir à “des efforts d’économie importants”.

Explications devant le Bundestag

Cette situation de crise a contraint le chancelier à s’expliquer devant les députés” [France Culture]. “Alors qu’il est au plus bas dans les sondages, le chancelier Olaf Scholz est monté au front mardi [28 novembre] pour tenter de rassurer les ménages et les entreprises allemandes”, relatent Les Echos. “L’Etat continuera d’assumer ses engagements”, a martelé le chef de gouvernement devant le Bundestag. “L’arrêt de la Cour constitutionnelle fédérale ne change rien à votre vie quotidienne - que vous receviez des allocations familiales, une retraite ou une aide au logement”, a-t-il poursuivi, cité par le journal économique.

Un discours qui n’a pas conquis la presse outre-Rhin. “Pas un mot d’autocritique, pas de plan concret pour 2024 : avec sa déclaration gouvernementale sur la crise budgétaire, le chancelier déçoit”, juge Die Zeit. Tandis que la Frankfurter Allgemeine Zeitung estime que “les partis de la coalition ne sont plus unis que par la peur d’une chute totale lors de nouvelles élections”.

Le paradoxe allemand

Ailleurs sur le continent, les difficultés allemandes ne sont pas passées inaperçues. “Face aux problèmes budgétaires de l’Allemagne, la ‘joie mauvaise’ du sud de l’Europe”, titre ainsi Courrier international. “Pour les pays qui ont passé des années à subir l’inquisition fiscale européenne inspirée par l’Allemagne, il n’y a pas de plus beau spectacle que de voir [Berlin] exposée sur le grand autel de la parcimonie teutonne”, s’amuse Politico, qui cite la Grèce, le Portugal ou encore l’Italie.

Dans un éditorial au vitriol, Le Monde appelle “Berlin à sortir de l’hypocrisie”. “Les multiples défis en cours – le réarmement et les guerres, la transformation de l’économie dans un contexte de dégradation du climat et de perte de compétitivité face aux Etats-Unis et à la Chine – peuvent-ils être relevés et financés dans un cadre strict adopté […] dans un contexte de paix et de prospérité ?”, fait mine de s’interroger le journal du soir. Et l’éditorialiste de pointer le paradoxe “de cette Allemagne si bigote sur le plan budgétaire, prise en flagrant délit de fraude, au moment même où les membres de la zone euro négocient la réforme du Pacte de stabilité”, qui avait inscrit dans le marbre les fameux plafonds européens de dette (60 % du PIB) et de déficit publics (3 % du PIB).

Berlin est ouvert aux réformes, mais reste sceptique quant à l’idée d’accorder aux autres pays de la zone euro une trop grande marge de manœuvre en matière de dépenses”, fait savoir Politico. “Le dernier cafouillage budgétaire n’aidera certainement pas les Allemands à faire valoir leur point de vue” sur la scène européenne, constate le média.

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