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[Revue de presse] Vaccin d'AstraZeneca : l'Union européenne tente de contre-attaquer

Alors que les laboratoires prennent du retard dans leurs livraisons de vaccin contre le Covid-19, l'Europe est pointée du doigt par certains gouvernements. Face aux groupes pharmaceutiques, Bruxelles hausse le ton, sachant qu'elle y joue sa crédibilité.

Les campagnes de vaccination sont à la traîne en Europe, contrairement au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis
Les campagnes de vaccination sont à la traîne en Europe, contrairement au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis - Crédits : Lisa Ferdinando / Flickr U.S. Secretary of Defense CC BY 2.0

Au sein de l’UE, les campagnes de vaccination des Vingt-Sept semblent faire du sur-place. “Le bloc a été largement critiqué pour la lenteur du démarrage de sa campagne de vaccination. Jusqu’à présent, il a administré 2 doses pour 100 personnes, contre près de 11 en Grande-Bretagne et 7 aux Etats-Unis” , écrit The Economist. “Dans certains pays, la crainte d’une pénurie a entraîné une suspension du programme de vaccination. Ainsi en Espagne, la région de Madrid a annoncé mercredi l’arrêt des nouvelles vaccinations pour au moins deux semaines [et] les Allemands commencent également à s’impatienter de voir arriver les vaccins dans les 440 centres qui sont prêts à fonctionner depuis… mi-décembre” , poursuit Libération. Dans le même temps, “les autorités à Paris ont cessé d’administrer les premières doses du vaccin contre le Covid-19, tandis que Lisbonne a déclaré que le déploiement de la vaccination serait plus lent en raison des pénuries” , complète le Financial Times.

Ces atermoiements sont principalement dus aux retards dans la production des vaccins, annoncés successivement par les laboratoires Pfizer-BioNTech, AstraZeneca, puis Moderna [LCI]. “L’UE a déjà commandé 300 millions de doses à AstraZeneca, dont 100 millions ont été promises pour mars. Mais il semble que moins de la moitié d’entre elles seront livrées dans les délais” , fait savoir The Economist. Pourtant, dans le même temps, “aucun retard n’a été notifié auprès des autres clients [du laboratoire anglo-suédois], dont le Royaume-Uni” [Les Echos]. Une situation qui alimente, à Bruxelles et dans les autres capitales européennes, le soupçon selon lequel “AstraZeneca fournirait au Royaume-Uni la totalité de la quantité convenue et ne réduirait sa production que pour l’UE” , une accusation démentie par la compagnie pharmaceutique, qui “fait état de difficultés de production ‘dans une usine de l’UE’, apparemment […] en Belgique” , rapporte la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

La Commission abat ses atouts

Hier, “les autorités belges ont déclaré que la Commission européenne leur avait demandé d’inspecter le flux de production de l’installation responsable du déficit d’AstraZeneca” , annonce le Financial Times. Bruxelles et les Vingt-Sept “ont également demandé si les vaccins produits dans l’UE avaient déjà été expédiés au Royaume-Uni” , poursuit le quotidien financier. Les résultats “du contrôle par les douanes françaises et belges” devraient arriver ce vendredi, et permettre de savoir si l’entreprise “a sorti des doses des usines belges pour les envoyer au Royaume-Uni” , estime Dominique Seux au micro de France Inter.

Pour Politico, seul un examen du contrat passé entre la firme et Bruxelles “permettra de déterminer si AstraZeneca s’est engagé à effectuer un nombre concret de livraisons par mois ou par trimestre, si certaines usines mentionnées sont celles à partir desquelles la commande de l’UE serait exécutée et si la priorité convenue par l’UE pourrait être accordée à d’autres clients” . Des extraits du contrat - qui vient d’être publié par la Commission européenne sur son site - montreraient que “contrairement à ce que prétend la société, deux usines au Royaume-Uni sont également prévues pour la production de vaccins pour l’UE” , selon la radio allemande Deutschlandfunk [Frankfurter Allgemeine Zeitung]. Une information confirmée après lecture de celui-ci par le journaliste Dave Keating sur son compte Twitter. La version publiée par l’exécutif européen dissimule cependant les dates estimées de livraison.

A 15h15 cet après-midi, la Commission présentera également son mécanisme de transparence donnant “l’obligation pour tout laboratoire situé dans l’UE d’informer le pays où il se trouve sur les exportations de vaccins anti-Covid-19 qu’il compte réaliser, le nombre de doses et la destination” , informe La Libre. “Les autorités douanières concernées auront alors la responsabilité d’évaluer, sur base de certains critères (qui seront déterminés ce vendredi), si ces exportations ne contreviennent pas aux contrats d’achat de l’UE. Si c’est le cas, les autorités nationales consulteraient la Commission avant de décider éventuellement d’interdire ces exportations” , explique le quotidien. Pour Les Echos, si l’UE ne va donc pas “stricto sensu interdire les exportations, […] elle veut s’offrir la possibilité d’en bloquer si elle estime qu’elles se font au détriment des propres livraisons qui lui ont été promises” .

Défendre l’intérêt de l’UE

“Le pataquès en cours avec AstraZeneca aura au moins servi de leçon à une UE qui ne veut plus être prise en flagrant délit de naïveté” , poursuit le quotidien économique. “Vue comme trop peu active au début de la crise sanitaire, alors que les questions de santé ne font pas partie de ses prérogatives, l’UE joue une partie de sa crédibilité sur les vaccins. Elle doit montrer que jouer groupé, c’est jouer gagnant” , écrit 20 Minutes. En effet, face aux difficultés rencontrées dans l’approvisionnement des vaccins, certains gouvernements, comme celui de Pedro Sánchez en Espagne, “commencent à exprimer leur mécontentement et tiennent la Commission pour responsable des retards dans le déploiement des vaccins” , rapporte Politico.

Pour reprendre la main sur la situation, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen rencontrera dimanche après-midi les PDG des laboratoires avec lesquels l’UE a signé des accords de préachat de vaccins. “L’objectif est d’examiner comment combiner les efforts des secteurs public et privé pour prendre de l’avance dans la stratégie vaccinale de l’UE et être prêt à faire face aux nouveaux variants du coronavirus ainsi qu’à toute prochaine ‘menace de type pandémique’ ” , selon un fonctionnaire européen cité par Politico.

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