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[Revue de presse] Covid-19 : malgré l'ajustement de sa stratégie vaccinale, la Commission européenne essuie des critiques

Bien que l’annonce d’une augmentation des livraisons prévues par Pfizer/BioNTech rassure les opinions publiques, la stratégie vaccinale de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen demeure critiquée. En cause notamment : sa gestion des tensions avec le Royaume-Uni. Elle viendra s’en expliquer devant le Parlement européen.

En menaçant de rétablir la frontière physique entre les deux Irlande pour bloquer les exportations de vaccins vers le Royaume-Uni, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a ravivé les tensions avec Londres
En menaçant de rétablir la frontière physique entre les deux Irlande pour bloquer les exportations de vaccins vers le Royaume-Uni, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a ravivé les tensions avec Londres - Crédits : Etienne Ansotte / Commission européenne

Après la pluie, le beau temps ?”, s’interrogent Les Echos. “Fustigée depuis dix jours pour les retards annoncés de livraisons de vaccins sur le Vieux Continent, la Commission européenne commence à toucher les premiers fruits de son forcing auprès des laboratoires” . Ainsi, dimanche 31 janvier au soir, AstraZeneca a annoncé livrer 9 millions de doses de plus qu’évoqué un peu plus d’une semaine auparavant, soit désormais 40 millions de doses pour le premier trimestre. “On reste loin des plus de 80 millions de doses qu’escomptait depuis décembre Bruxelles. Mais c’est signe qu’après les grandes déclarations et les menaces juridiques, les tractations sont entrées dans le vif” , analyse le média. Néanmoins, les différends entre le laboratoire suédo-britannique et l’exécutif européen concernant les retards de livraison du premier ont conduit le second à “prendre ses distances” et à se tourner désormais vers les “laboratoires BioNTech/Pfizer et Johnson & Johnson” pour fournir les doses nécessaires aux campagnes de vaccination des Etats membres, poursuit Ouest-France.

C’est d’ailleurs de BioNTech que sont arrivées les autres bonnes nouvelles de ce début de semaine pour la Commission européenne : celui-ci va “réaugmenter les livraisons dans l’UE à compter du 15 février et ainsi fournir d’ici à fin mars toutes les doses convenues au premier trimestre” , une annonce qui permet de rassurer Bruxelles “sur la capacité du laboratoire à tenir ce calendrier de livraison ambitieux, après les inquiétudes soulevées par ses retards fin janvier” [Les Echos]. Et le nombre de doses devrait encore augmenter au deuxième semestre puisqu’un “nouveau contrat [passé avec BioNTech/Pfizer] entrera en vigueur” , a fait savoir la directrice générale de la Santé au sein de la Commission Sandra Gallina [Ouest-France].

La méthode von der Leyen à l’épreuve

Des nouvelles qui arrivent à point nommé pour la Commission dont la présidente “reste sous le feu de vives critiques, en particulier de la presse allemande, pour son énorme bourde du week-end” , poursuivent Les Echos. Ursula von der Leyen a ainsi “demandé à son cabinet de préparer rapidement un texte soumettant les exportations de vaccins vers des pays tiers à une procédure d’autorisation nationale” afin de s’assurer que “les laboratoires, en particulier Pfizer-BioNTech et AstraZeneca, accusés de ne pas tenir leurs engagements, n’exportent pas, notamment vers le Royaume-Uni, des doses qui auraient dû être livrées aux Européens” , relate Libération.

Un sujet politiquement délicat, qui aurait dû mobiliser toute la Commission “pour éviter les chausse-trappes et désamorcer les polémiques” . Or, le mécanisme présenté à la presse vendredi après-midi “avait pour effet d’invoquer une clause d’urgence de l’accord de retrait, en pratique, de réintroduire une frontière entre les deux Irlande” , indique Elodie Lamer dans Le Soir. Une disposition ajoutée “car la Commission craignait que l’Irlande du Nord (hors UE), qui bénéficie de dispositions commerciales spéciales justement destinées à éviter le retour de cette frontière avec l’Irlande (UE), ne devienne une voie de contournement de ce mécanisme de transparence et d’autorisation des exportations de doses” , explique la journaliste.

Si l’exécutif européen a renoncé à inclure l’Irlande du Nord dans son mécanisme de contrôle le soir même, le mal a été fait. La mesure a été qualifiée “d’acte d’hostilité incroyable” par la Première ministre nord-irlandaise Arlene Foster [Le Soir]. De son côté, la commissaire irlandaise Mairead McGuinness a annoncé à la radio irlandaise RTÉ que si elle et ses collègues avaient bien signé le texte, plusieurs fonctionnaires européens “ont toutefois fait remarquer que les commissaires n’avaient eu qu’une demi-heure environ pour examiner plusieurs pages de texte technique dense et l’approuver vendredi dernier” , rapporte le New York Times. “Il est très peu probable que quelqu’un remarque l’invocation de la clause spéciale de Brexit à moins d’avoir été averti au préalable de sa présence” , relève le quotidien. Le Soir ajoute par ailleurs que “certaines sources anonymes accusent le cabinet von der Leyen (la présidente) d’avoir ajouté la disposition en aval” . Au Parlement européen, les présidents des groupes politiques “ne sont pas revenus qu’Ursula von der Leyen, qu’ils ont vus le vendredi matin, ne les ait pas prévenus de ses intentions sur la frontière irlandaise” , renchérissent Les Echos.

Je sais à quel point le sujet irlandais est sensible. Mais quand vous prenez des décisions dans l’urgence […], il y a toujours un risque de rater quelque chose” , s’est défendue la cheffe de l’exécutif européen dans une interview accordée à plusieurs médias européens dont Le Monde, tout en se disant “soulagée” d’avoir pu trouver une solution.

Partage de la responsabilité

La polémique ne s’est pas éteinte quand, lundi, le principal porte-parole de la Commission a laissé entendre que la responsabilité de cette erreur revenait au cabinet du commissaire en charge du Commerce Valdis Dombrovskis. Une “accusation inhabituelle qui a entraîné une réaction énergique” de ce dernier, lequel a en retour fait part de “son malaise face aux restrictions plus larges à l’exportation” , rapporte le Financial Times. Ces atermoiements internes ont même poussé l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à sortir de sa réserve et à critiquer ce mécanisme de contrôle des exportations de vaccins [Politico].

Dans cette histoire, “beaucoup y voient le résultat de l’inexpérience d’Ursula von der Leyen, qui n’a jamais été chef d’Etat, et de son fonctionnement, ‘trop vertical’ ” , notent Les Echos. Certains observateurs cités par le New York Times ont même qualifié la situation de “scandale politique” , estimant “que s’il s’avère que la Commission s’est montrée incompétente sur cette question de vie ou de mort, c’est matière à sa démission” . Une opinion partagée par le correspondant de Libération à Bruxelles Jean Quatremer, pour qui “dans une démocratie nationale, un gouvernement tomberait pour moins que ça” .

Suite à l’invitation du président du groupe Renew au Parlement européen Dacian Cioloș, Ursula von der Leyen viendra s’expliquer “devant chacun des trois principaux groupes (PPE, Renew, S&D)” [Les Echos], à commencer par les socialistes et démocrates dès ce mardi. En ce qui concerne les libéraux, ceux-ci refusent que leur rencontre soit à huis clos, précise Le Soir.

Les explications de Mme von der Leyen aux députés européens fuiteront sans doute du Parlement européen” , anticipe le Financial Times. “Mais sa réticence à répondre aux questions [publiquement] ajoute à l’impression qu’elle cherche à éviter la responsabilité d’un faux pas qui a été rapidement corrigé mais qui a entamé la crédibilité de Bruxelles” , analyse le média.

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