Logo Toute l'Europe

Europe story [Podcast]

[Podcast] A quoi sert Europol, l'agence de police européenne ?

Europe Story se consacre à l’histoire de la police européenne et d’Europol, l’agence européenne de répression de la criminalité qui mène aujourd’hui des enquêtes d’envergure dans le monde entier. Une histoire qui s’inscrit dans une autre, plus large : celle de la construction européenne. Barthélémy Gaillard (Toute l’Europe) et Antoine Lheureux (Bulle Média) vous en racontent les évolutions.

Aujourd’hui, nous parlons d’une police un peu particulière, Europol. Comme son nom l’indique, c’est une agence de police qui dépend de l’Union européenne. Mais à quoi sert-elle ?

Et bien Europol, c’est une organisation policière qui regroupe les 27 Etats membres de l’Union européenne. Elle coopère aussi avec d’autres pays comme la Norvège, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui a souhaité continuer à travailler avec Europol malgré le Brexit. L’idée principale, c’est qu’ensemble, il est plus facile de lutter contre la criminalité organisée dont les réseaux s’étendent bien au-delà des frontières nationales. Europol lutte principalement contre le trafic de drogue, la traite d’êtres humains, le terrorisme, la pédophilie ou encore le faux-monnayage.

Mais alors, comment Europol fonctionne-t-elle pour organiser ces enquêtes transfrontalières ?

Précisons d’entrée Antoine qu’Europol n’est pas une sorte de FBI européen. Les 1300 policiers employés par l’agence ne travaillent pas seuls sur leurs propres enquêtes et n’interpellent pas directement des suspects. Leur rôle, c’est de réunir les informations et coordonner les investigations menées par les polices des Etats concernés. Pour cela, Europol compte une centaine d’officiers de liaison détachés par les polices nationales et chargés de communiquer avec les services des Etats membres.

Est-ce qu’on peut considérer Europol comme une “grosse machine” ?

Dans une certaine mesure, oui. Elle dispose en effet de bâtiments ultra-sécurisés basés à La Haye aux Pays-Bas. Un siège protégé où même l’air et l’eau sont filtrés pour prévenir toute attaque bactériologique. Grâce à ses 138 millions d’euros de budget sur 2019, l’agence mène actuellement plus de 5000 enquêtes dans le monde entier. C’est un montant modeste par rapport aux 11 milliards d’euros de budget de la police nationale française par exemple. Mais qui lui permet quand même de réaliser des opérations d’envergure.

Est-ce qu’on pourrait prendre un exemple maintenant, pour qu’on comprenne bien le rôle et l’intérêt d’Europol ?

Un bon exemple Antoine, c’est l’opération “Gazelle” , qui a été menée contre un réseau de contrebande de viande de cheval nocive. L’histoire débute en Irlande en 2013. Dublin recense alors plusieurs cas de vente illégale de cette viande qui touchent l’industrie agro-alimentaire, la grande distribution et la restauration rapide. L’enquête permet d’identifier un suspect, un citoyen hollandais. En 2016, sous l’égide d’Europol, la police espagnole retrouve sa trace près d’Alicante, en Espagne, d’où il gère son réseau de revendeurs disséminés dans toute l’Europe.

Le suspect est donc arrêté en Espagne ?

Non, pas encore. L’homme voyage souvent et les policiers en profitent pour étudier son réseau pendant de long mois. Il est arrêté seulement un an après, en Belgique en juillet 2017. Cette affaire prouve bien l’intérêt de la coopération européenne. Parce qu’à partir de son arrestation, toute la filière tombe : 65 personnes sont interpellées en Espagne, mais aussi en France, au Portugal, en Italie, en Roumanie, en Suisse et en Grande-Bretagne.

Une véritable enquête transfrontalière européenne donc ?

Oui et encore une fois c’est là tout l’intérêt d’Europol : elle permet à ses membres de s’échanger des informations, mais aussi de profiter des compétences de chacun. Ecoutez ce qu’en disait Sébastien Moras, chef de la représentation française à Europol, en novembre 2018 :

Pour autant, est-ce qu’on peut parler d’une police véritablement européenne ? Ou simplement de coopération policière entre des Etats ?

On peut parler d’une police européenne dans le sens où, juridiquement, Europol agit au nom de l’Union européenne. Sa directrice actuelle, Catherine de Bolle, a été nommée par le Conseil européen, autrement dit par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. Le budget est aussi voté par ce Conseil et par le Parlement Européen, bref, Europol est géré directement au niveau de l’Union.

Et est-ce que les polices nationales ont accepté facilement cette intervention européenne ?

Et bien non, ça a pris du temps. Le milieu de la police est disons un peu étanche, il y règne une certaine culture du secret. Il suffit d’ailleurs de voir comment est née la coopération européenne en la matière dans les années 70 pour s’en rendre compte.

Racontez-nous…

Ca a commencé par un programme baptisé TREVI, construit au coup par coup, affaire après affaire. En 1979 par exemple, après l’assassinat de l’ambassadeur britannique aux Pays-Bas, les polices néerlandaise et britannique mettent en place des réunions antiterrorisme tous les 6 mois entre leurs services.

Tout cela se fait en secret, loin du débat public ?

Ca ne fait pas la Une des journaux effectivement. Mais ça attire les autres Etats membres, qui se joignent à la coopération pour échanger sur les affaires de terrorisme auxquelles ils font face ensemble. La confiance se développe, au point qu’un policier britannique en charge de TREVI dit alors de ses collègues européens je cite : “Ils sont devenus de vrais amis, ils viennent à Scotland Yard dès qu’ils passent à Londres, nous nous faisons toute confiance et nous transmettons les informations sans nous poser de questions.”

Mais cette époque, des réunions de l’ombre en quelque sorte ne dure qu’un temps.

Oui, en 1989, l’existence de TREVI est rendue publique. Le traité de Maastricht, en 1992, puis la convention Europol, en 1995, donnent naissance à une vraie police européenne, plus transparente, plus organisée et plus encadrée. Tout cela est désormais défini par un traité, le traité de Lisbonne, signé en 2007

Quelles ont été les conséquences concrètes de ce changement ?

Tout d’abord un gain de transparence et de légitimité puisque le programme TREVI a parfois été critiqué ou présenté comme une menace pour les libertés publiques. Avec Europol, la donne a donc changé en termes de contrôle. Depuis 2001, la direction doit notamment produire un rapport d’activité annuel. Par exemple, le dernier rapport mentionne la création d’un partenariat avec la police israélienne, le genre de partenariat qui aurait échappé aux radars auparavant. Enfin, depuis 2016, les activités d’Europol sont contrôlées par un groupe conjoint de députés des assemblées nationales et du Parlement européen.

Quelles sont les grandes orientations d’Europol sur ces dernières années ?

En fait Europol s’adapte aux évolutions de la criminalité. Dernièrement, elle s’est spécialisée dans la lutte contre la traite d’êtres humains, un trafic en plein développement. Elle a aussi mis en place un centre européen du contre-terrorisme en janvier 2016. Rob Rainwright, le directeur d’Europol de l’époque, explique son utilité.

Sur ce volet terrorisme, justement, quels autres outils l’Union européenne a-t-elle mis en place ?

Avec le traité de Lisbonne, l’antiterrorisme devient une compétence partagée entre Bruxelles et les Etats membres. L’Europe se dote d’un coordinateur de la lutte contre le terrorisme et c’est le Belge Gilles de Kerchove qui assure cette fonction depuis 2007. Mais il faut attendre les attentats de Paris de 2015 pour qu’une étape supplémentaire soit franchie dans la coopération.

Qu’est-ce que ça change alors ?

En fait, à partir de là, la concurrence entre les services de renseignement laisse place à plus de coopération. Europol a remporté quelques succès probants, comme cette opération lancée fin 2019 qui a permis de supprimer 26 000 contenus de propagande de Daech présents sur Internet. On peut aussi signaler la mise en place d’un fichier de données des passagers aériens européen, le renforcement des contrôles aux frontières de l’espace Schengen, une directive sur les armes à feu ou encore le projet d’extension des compétences du parquet européen au terrorisme.

Beaucoup d’outils et de normes qui ne masquent pas certaines imperfections dans la coopération ?

Oui, il y a toujours à faire pour améliorer la coopération. L’Union européenne tente par exemple d’harmoniser les législations, comme elle l’a fait sur le blanchiment d’argent en janvier 2020. Elle projette aussi de créer un centre de lutte contre la pédopornographie. Mais au-delà de ces projets, elle doit surtout gérer les suites du Brexit et trouver une nouvelle forme de coopération policière avec le Royaume-Uni.

Merci Barthélémy. On retient donc qu’instituée en 1995, Europol est une police européenne relativement puissante mais qu’elle n’opère jamais seule. Elle intervient en soutien des services des Etats membres et mène des enquêtes au long cours allant de la lutte contre le terrorisme au démantèlement de réseaux de trafiquants de drogue ou de médicament.

Retrouvez ce podcast sur 20 Minutes et toutes nos plateformes d’écoute.

Votre avis compte : avez-vous trouvé ce que vous cherchiez dans cet article ?

Participez au débat et laissez un commentaire

Commentaires sur [Podcast] A quoi sert Europol, l'agence de police européenne ?

Lire la charte de modération

Commenter l’article

Votre commentaire est vide

Votre nom est invalide