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Les capitales européennes de la culture

Les villes de Kaunas en Lituanie, Esch-sur-Alzette au Luxembourg et Novi Sad en Serbie sont les trois capitales européennes de la culture pour cette édition 2022. De nombreuses manifestations culturelles sont prévues tout au long de cette période. Pour quel impact ? Retour sur les origines et les retombées de ce label né en 1985.

Les trois villes (ici Esch-sur-Alzette) succèdent à Galway, en Irlande, et Rijeka, en Croatie
Les trois villes (ici Esch-sur-Alzette) succèdent à Galway, en Irlande, et Rijeka, en Croatie - Crédits : Esch2022

Si c’était à refaire, je commencerais par la culture” . On sait maintenant que, si cette phrase a longtemps été attribuée à Jean Monnet, le “père de l’Europe” ne l’a en fait jamais prononcée. A l’origine des capitales européennes de la culture, on trouve pourtant la conviction, chez les responsables européens, que l’Europe s’est trop longtemps préoccupée de politique et d’économie, négligeant les échanges culturels entre ses habitants.

L’initiative, qui remonte à 1985, revient à l’actrice Melina Mercouri, alors ministre grecque de la Culture. Deux ans plus tard, également sous l’impulsion du Français Jack Lang, Athènes devient la première “ville européenne de la culture”. Une appellation transformée en 1999 pour revêtir son acception actuelle, plus honorifique.

Objectifs

Le but de ce label est, selon la Commission européenne, de “mettre en valeur la diversité de la richesse culturelle en Europe et les liens qui nous unissent en tant qu’Européens”.

Plus prosaïquement, il s’agit, pour les villes ainsi mises à l’honneur, de promouvoir leur patrimoine et leur dynamisme culturel à travers l’organisation de dizaines d’expositions, festivals et autres évènements, tout en bénéficiant d’une couverture médiatique non négligeable grâce à la labellisation européenne.

Choix des villes lauréates

L’ordre des pays dont les villes peuvent prétendre à ce titre est déterminé à l’avance. Des règles précises assurent une rotation entre les Etats membres.

Depuis 2009, deux villes au moins se partagent le label : l’une issue d’un “ancien” Etat membre, l’autre d’un “nouveau”. A ces deux lauréates peut s’ajouter une troisième, issue d’un pays tiers, par exemple un pays candidat à l’UE. C’est ainsi qu’Istanbul a porté le titre en 2010, conjointement à Pécs (Hongrie) et Essen (Allemagne). L’ancienne capitale ottomane souhaitait profiter de l’aubaine pour marquer son ancrage européen et sa modernité culturelle.

Une fois le “pays d’accueil” connu, reste à sélectionner les villes qui tiendront le haut de l’affiche une année durant. Quatre ans avant l’échéance, le pays désigné soumet aux institutions européennes une liste de villes présélectionnées. La Commission européenne réunit alors un jury chargé d’étudier chaque dossier et d’établir une recommandation.

Quatre villes françaises ont reçu ce titre : Paris en 1989, Avignon en 2000, Lille en 2004 et Marseille en 2013. En 2028, aux côtés d’une ville tchèque, une autre ville française sera de nouveau à l’honneur. De nombreuses communes ou collectivités territoriales sont en lice, comme Nice, Bourges, Saint-Denis ou Clermont-Ferrand. Le ministère de la Culture a fait connaître en décembre 2021 les modalités du choix de la prochaine lauréate. Un jury composé de 12 membres (dix désignés par le Parlement européen, le Conseil, la Commission européenne et le Comité des régions et jusqu’à deux désignés par le ministère) doit présélectionner plusieurs villes au premier semestre 2023. La décision finale est attendue pour la fin de cette même année.

Capitales européennes de la culture en 2022

Pour l’année 2022, Esch-sur-Alzette, la deuxième ville du Luxembourg, Kaunas, au centre de la Lituanie, et Novi Sad, surnommée l’ ”Athènes serbe”, ont été sélectionnées pour promouvoir la culture en Europe. Ces villes abritent de nombreux musées et édifices historiques, et accueillent chaque année des manifestations culturelles et autres festivals.

En savoir plus sur les événements 2022 :
- à Novi Sad
- à Esch-sur-Alzette
- à Kaunas

En pleine période de crise sanitaire, la Commission européenne avait proposé de prolonger l’année de capitale européenne de la culture à Galway (Irlande) et Rijeka (Croatie), les deux lauréates de 2020, jusqu’à la fin avril 2021. Les mesures de confinement et de distanciation sociale prises dans le cadre de la pandémie de Covid-19 ayant particulièrement touché le secteur culturel, les deux villes avaient ainsi été contraintes de reporter ou réorganiser un certain nombre d’événements en les adaptant aux mesures sanitaires en vigueur.

Pour tenir compte du calendrier des prochaines villes lauréates, la Commission européenne avait aussi proposé de reporter de 2021 à 2022 le titre de capitale européenne de la culture de Novi Sad (Serbie), et de 2021 à 2023 celui de Timișoara (Roumanie) et d’Elefsina (ou Eleusis, Grèce).

Les financements et les retombées

Cette initiative bénéficie de fonds européens via le volet Culture du programme “Europe creative”, doté d’un budget global de 2,5 milliards d’euros sur la période 2021-2027 (environ 33 % de ce programme sont alloués au volet Culture).

L’intérêt pour les villes désignées dépasse néanmoins l’octroi de subventions européennes, d’ailleurs jugées insuffisantes par la plupart des cités organisatrices. Il semble se trouver principalement dans les retombées économiques et d’image de marque.

En 2004, la Commission s’était en effet intéressée aux motivations qui avaient poussé les 29 villes lauréates au cours des dix années précédentes à déposer leur candidature. Le rapport concluait : “la plupart d’entre elles poursuivaient de nombreux objectifs renvoyant souvent au besoin de développer le profil international de la ville et de sa région, de mettre en place un programme d’activités culturelles et d’événements artistiques, d’attirer des visiteurs et de renforcer la fierté des villes et l’image qu’elles ont d’elles-mêmes” .

Les capitales européennes de la culture ont sans doute permis à de nombreux touristes européens de découvrir les richesses des plus belles villes du continent. En filigrane, le rapport livrait néanmoins des conclusions mitigées sur la participation de ce label au renforcement de l’intégration européenne. Peu de villes semblaient en effet attachées à la dimension européenne de l’évènement. “Les attentes de coopération entre villes partageant le titre n’ont pas été réalisées ou maintenues”, notait ainsi la Commission européenne.

Celle-ci réalise désormais chaque année un rapport d’évaluation sur l’organisation des évènements par les villes lauréates. La dimension européenne semble ainsi prendre une place plus importante et devenir un critère incontournable dans la sélection.

En savoir plus sur Melina Mercouri :

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