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Favorables, sceptiques ou hostiles : comment les populations européennes accueillent le futur vaccin contre le Covid-19 ?

Alors que le Royaume-Uni a lancé la première campagne de vaccination en Europe et que les Etats membres préparent à leur tour leurs plans d’action, la question de l’acceptation du vaccin par les Européens se fait de plus en plus pressante. Les populations européennes, et tout particulièrement française, sont en effet plus rétives que le reste du monde. Quelles disparités observe-t-on en Europe, comment expliquer cette relative frilosité du continent, et comment les gouvernements tentent-ils de l’enrayer ?

Alors que les gouvernements européens préparent leurs campagnes de vaccination contre le Covid-19, la question de leur acceptation par les populations constitue un enjeu essentiel de leur réussite - Crédits : Geber 86 / istockphoto
Alors que les gouvernements européens préparent leurs campagnes de vaccination contre le Covid-19, la question de leur acceptation par les populations constitue un enjeu essentiel de leur réussite - Crédits : Geber 86 / istockphoto
CE QUE VOUS ALLEZ APPRENDRE DANS L’ARTICLE

Selon deux études récentes réalisées à l’échelle mondiale, les Européens et plus encore les Français sont plus hostiles aux futures campagnes de vaccination contre le Covid-19 que la moyenne.

Cette frilosité s’explique par certaines erreurs scientifiques réalisées au cours de crises sanitaires passées, par des contradictions dans les discours gouvernementaux, mais aussi par la montée du populisme et le rejet des institutions.

Les gouvernements européens misent sur la transparence, la communication et l’implication des usagers pour lutter contre cette défiance.

Engagée il y a quelques mois seulement, la course au vaccin devrait porter ses premiers fruits dans les semaines à venir. Au cours du mois de novembre 2020, plusieurs laboratoires ont dévoilé les premiers résultats de leurs essais cliniques. Largement salués, ils laissent entrevoir la possibilité d’une commercialisation prochaine de ces candidats vaccins.

La Commission européenne a en effet déjà signé six contrats de pré-achat avec les laboratoires dont elle jugeait les recherches les plus convaincantes. Mieux, les demandes d’autorisation de mise sur le marché des candidats vaccins de BioNTech/Pfizer et de Moderna seront examinées par l’Agence européenne des médicaments (EMA) d’ici les 29 décembre et 12 janvier prochains. Guido Rasi, président de l’EMA, a également déclaré dans les colonnes du journal italien Il Sole 24 Ore qu’il tablait sur la mise en route des premières campagnes de vaccination “au début de l’année 2021″ .

Si la science semble avoir tenu son pari en identifiant des candidats vaccins en quelques mois quand les recherches prennent généralement entre 10 et 12 ans, d’autres défis doivent désormais être relevés pour que ces campagnes de vaccination s’avèrent efficaces. Des obstacles logistiques (livraison et conservation des stocks de doses), organisationnels (ciblage des populations prioritaires) - bien identifiés par la Commission européenne dans sa stratégie européenne pour la vaccination - mais aussi psychosociaux. En effet, plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement dont le président français Emmanuel Macron ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne rendraient pas la vaccination obligatoire, rapporte L’Express.

Pour toucher le plus grand nombre et parvenir à l’immunité collective qui stopperait la circulation du virus, ces campagnes nécessitent donc l’assentiment d’une très grande partie de la population. Une problématique de plus en plus saillante en Europe, et particulièrement en France, qui compte parmi les pays de la planète les plus frileux sur le sujet. En 2019, L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’était déjà alarmée de cette défiance croissante envers les campagnes de vaccination, citant ce phénomène comme “l’une des 10 plus grandes menaces sanitaires actuelles” .

A l’occasion d’une étude publiée en octobre 2020, la revue scientifique Nature Medicine a rappelé que “les différences de taux d’acceptation du potentiel vaccin pourraient retarder le contrôle mondial de la pandémie et avoir des conséquences économiques et sociales d’ampleur” . Ce constat soulève la question du taux d’acceptation du vaccin au sein de la population européenne. Dans quelle mesure les Européens sont-ils donc prêts à se faire vacciner contre le Covid-19 ?

Les populations européennes plus rétives que la moyenne mondiale

Plusieurs études sont déjà parues sur le sujet. Les plus récentes, d’ampleur mondiale, nous permettent de situer le taux d’acceptation des vaccins par les populations européennes par rapport au reste du monde. Ainsi, selon l’étude menée par l’institut Ipsos MORI en septembre 2020 auprès de 20 000 personnes à travers 27 pays de la planète (dont les plus peuplés, comme la Chine, l’Inde ou le Brésil), 74% des enquêtés se disaient prêts à se faire vacciner contre le Covid-19 si le vaccin était disponible. Cette moyenne cache d’importantes disparités nationales sur le sujet. Si la Chine est de loin le pays dont les habitants plébiscitent le plus les futures campagnes de vaccination (95% des répondants se disent prêts à y participer), à l’autre bout du spectre, la Russie affiche un taux quasiment deux fois plus faible (54%). A l’exception du Royaume-Uni, qui affiche un taux élevé (85%), les pays européens se situent en deçà de la moyenne mondiale. Légèrement, en ce qui concerne l’Espagne (72%) ou les Pays-Bas (71%), voire beaucoup plus largement en France (59%), en Pologne et en Hongrie (56% pour les deux pays).

Cette tendance semble être confirmée par une deuxième étude publiée en octobre 2020 par la revue scientifique Nature Medicine. A l’affirmation “si on me prouve qu’un vaccin contre le Covid-19 est efficace, sûr et qu’il est disponible, je le prendrai” , les 13 500 personnes interrogées dans 19 pays (là aussi parmi les plus peuplés puisqu’ils représentent 55% de la population mondiale) répondent par la positive à 71,5%. Avec des variations du même ordre que dans l’étude d’Ipsos MORI, et une conclusion générale sans appel : “en l’état, dans la majorité des pays enquêtés, le degré d’acceptation du vaccin contre le Covid-19 est trop faible pour réunir les conditions nécessaires à une immunité collective” .

A plus forte raison en Europe, où les taux sont également en-deçà de la moyenne mondiale de manière générale. La Pologne et la France affichent le même taux que dans la première étude (respectivement 56 et 59% d’acceptation du vaccin). La Suède (65%), l’Allemagne (68%) et l’Italie (71%) affichent des ratios plus élevés, mais toujours légèrement inférieurs à la moyenne mondiale.

Parmi les motifs invoqués par les personnes ne souhaitant pas se faire vacciner, Ipsos MORI identifie quatre raisons principales : d’abord la crainte des effets secondaires, ensuite les doutes quant à l’efficacité réelle, puis le sentiment de ne pas être assez exposé au Covid-19 pour devoir s’en protéger, et enfin une opposition frontale au vaccin, qui peut s’avérer particulièrement élevée dans certains pays européens. Ainsi 30% des Italiens et 24% des Français qui se disent hostiles aux futures campagnes de vaccination ont affirmé être contre les vaccins en général (contre 17% en moyenne).

Dans son analyse des résultats, Nature Medicine propose pour sa part une piste d’explication aux résultats constatés en Europe, avançant que les pays où la population est la plus ouverte à la vaccination sont soit des pays émergents (Inde, Brésil, Afrique du sud), soit des pays où la confiance envers le gouvernement est très élevée (Corée du Sud, Singapour, Chine). Est-ce à dire que les pays plus développés, où les campagnes de vaccination sont historiquement plus ancrées, développent une forme de lassitude ou de rejet vis-à-vis de ces dernières ?

On peut être tenté de le croire, si l’on en juge l’étude sur la perception de la sûreté des vaccins réalisée par Gallup en 2019, qui plaçait déjà les populations européennes parmi les plus sceptiques au monde. La France arrivait en tête avec 33% des sondés doutant de la sûreté des vaccins, la Suisse, la Belgique, l’Autriche ou l’Islande figurant également dans le peloton de tête.

Une confiance dans la vaccination faible mais qui se redresse légèrement

Bien que les taux européens soient inférieurs à la moyenne mondiale, une étude parue dans la revue The Lancet tempère ce constat en affirmant que, sur la période 2015-2020, “plusieurs signes montrent que la confiance dans le vaccin remonte dans la plupart des pays européens, même en France où elle est restée particulièrement basse depuis 2015.” Le texte précise néanmoins que cette tendance est ralentie “depuis fin 2018 par la structuration de mouvements nationaux anti-vaccins très organisés.”

Erreurs scientifiques, défiance envers les institutions : les raisons du scepticisme et de l’hostilité

Alors, hostilité au vaccin contre le Covid-19 ou contre le vaccin tout court ? Plusieurs études et articles sur le sujet semblent indiquer que la population européenne développe une hostilité plus prononcée que la moyenne à l’idée même de vaccination, et ce pour différentes raisons.

Dans le cas de la Suède, La Croix souligne l’importance de la gestion de la crise sanitaire du H1N1 en 2009 dans la relative frilosité de la population. Celle-ci s’expliquerait par les erreurs scientifiques commises à l’époque. Alors que 60% de la population avait participé à la campagne de vaccination pourtant non obligatoire, un record mondial, le produit inoculé a provoqué des effets secondaires tels que la narcolepsie, poussant 702 personnes à déposer des recours et le Fonds d’indemnisation pharmaceutique suédois à débourser plus de 10 millions d’euros d’indemnités. Le responsable de la campagne de vaccination de l’époque, Anders Tegnell, est aujourd’hui l’épidémiologiste en chef de l’agence de santé publique. Sous le feu des critiques pour avoir défendu l’option de l’immunité collective, sa présence ne pousse pas la frange la plus critique des Suédois à la confiance.

La gestion de la crise sanitaire du virus H1N1 joue également un rôle dans la perception française du vaccin contre le Covid-19. C’est en tout cas ce que souligne une étude de la fondation Jean Jaurès publiée le 17 novembre. “On peut […] dater la chute du consentement au vaccin au moment de l’épidémie de grippe H1N1. Les nombreuses polémiques lancées alors sur l’opportunité de la vaccination et la révélation de possibles conflits d’intérêts ont enrayé durablement la confiance des Français dans les vaccins” , affirmait Antoine Bristielle, professeur agrégé de sciences sociales et auteur de l’étude, sur le site du Monde.

Au-delà de la seule gestion de la crise du H1N1, la France est marquée par une histoire de scandales sanitaires fournie, engageant la responsabilité du gouvernement (affaire du sang contaminé en 1991) et des laboratoires privés (Mediator, 2010 et Dépakine, 2016). Plus récemment, les discours contradictoires tenus par le gouvernement sur la nécessité du port du masque ont également contribué à l’érosion de la confiance des citoyens en la parole de leurs dirigeants politiques, comme l’affirmait Paul Cébille, chargé d’études à l’Ifop, au Figaro : “L’affaire des masques, jugés ‘inutiles’ au début de l’épidémie puis rendus obligatoires jusque dans les rues, a pu cristalliser l’opinion publique autour d’un soupçon de mensonge.

Autre facteur explicatif de la défiance à l’œuvre en France, toujours selon la Fondation Jean Jaurès : la montée du populisme, “entendu comme une opposition entre un peuple jugé par essence comme vertueux et des élites jugées corrompues” , conduisant à un rejet du discours officiel et des institutions qui le produisent. S’appuyant notamment sur l’ouvrage La matière noire de la démocratie de Luc Rouban, la fondation Jean Jaurès affirme que “le populisme scientifique, le populisme politique ‘classique’ et la défiance envers les principales institutions politiques et médiatiques du pays sont différents versants d’un même phénomène : les individus rejetant les institutions politiques classiques auraient également une forte probabilité d’être également défiants envers les institutions scientifiques, en particulier chez les individus qui manifestent une sympathie pour les partis populistes de droite.”

Chez nos voisins, les raisons de la défiance varient au gré des contextes politiques. Le Monde relève ainsi que la population hongroise, qui affiche historiquement des taux de vaccination élevés, est aujourd’hui peu encline à participer à la future campagne. La raison ? Le choix résolument politique fait par Viktor Orbàn de recourir au vaccin russe et de se désolidariser des achats groupés européens. “Interrogés sur le vaccin russe spécifiquement, seuls 7 % des Hongrois se déclarent prêts à se le faire inoculer” , précise le journal.

Quelles stratégies les gouvernements européens adoptent-ils pour préparer au mieux leurs campagnes de vaccination ?

Conscients de cette réalité, les gouvernements européens tentent de maximiser la portée de leurs futures campagnes de vaccination. Pour ce faire, tous ont adopté la même stratégie : laisser le choix aux populations, la contrainte pouvant s’avérer contre-productive. En rendant la vaccination contre la rougeole obligatoire en mars dernier, l’Allemagne avait en effet créé la polémique. Sur le continent, le mot d’ordre est donc unanime : regagner ou consolider la confiance des citoyens. Nature Medicine souligne l’importance de trois facteurs pour la restaurer : une communication claire et transparente sur le fonctionnement scientifique du vaccin, mais aussi sur son coût, ainsi que l’existence d’agences de régulation indépendantes pour en valider la légitimité.

Même analyse du côté du gouvernement espagnol qui répète que “le vaccin contre le Covid-19 sera aussi sûr que les autres” , rapporte Le Monde. En France, le premier axe de la stratégie de vaccination présentée par la Haute Autorité de Santé est également intitulé “favoriser l’adhésion du public et de tous ses acteurs” . L’instance affirme également la “nécessité d’impliquer les usagers dans la détermination de la stratégie vaccinale” , à la fois au niveau local, mais aussi au niveau national, via le Conseil pour l’engagement des usagers.

Le 8 décembre, le Royaume-Uni a lancé sa campagne de vaccination, en commençant par le personnel des maisons de retraite et leurs pensionnaires. A l’occasion de ce “V-Day” , les premiers patients ont reçus le vaccin de Pfizer/BioNTech.

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