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Culture : quels défis pour les musées en Europe ?

Crises sanitaires et économiques, transition numérique, problématiques environnementales… Aujourd'hui, les musées sont confrontés à de nombreux défis et doivent sans cesse se réinventer pour continuer à faire vivre la culture qu'ils contribuent à mettre en valeur.

Avec la transition numérique, les musées se réinventent pour proposer à leurs visiteurs de nouvelles façons de découvrir leurs œuvres, comme ici avec l’aide d’un casque à réalité virtuelle au Palazzo Grimani à Venise - Crédits : Jean-Pierre Dalbéra / Flickr CC BY 2.0

La crise du Covid-19, un accélérateur de mutations pour les musées

En 2020, l’année correspondant au début de la crise du Covid-19, et encore en 2021, les musées européens ont traversé des temps particulièrement difficiles en raison des restrictions sanitaires prises par les gouvernements. De Stockholm à Madrid, les musées ont ainsi été confrontés à des défis paraissant insurmontables : perte brutale et drastique de revenus, manque d’expérience dans le travail à distance, baisse significative du nombre de touristes et par conséquent du nombre de visiteurs…

C’est pour partager les bonnes pratiques, les exemples de réussites et d’adaptation à ce nouveau contexte, que les directeurs de musées et d’administrations en charge de la politique muséale se sont réunis à Paris (3 et 4 mai 2022) sous l’égide de la présidence française de l’Union européenne (PFUE). Les professionnels du secteur ont discuté des défis qui attendent les musées en Europe lors des prochaines années.

Entre confinements, fermeture des lieux culturels, et gestion des jauges autorisées, les musées n’ont eu d’autre choix que de s’adapter afin de poursuivre leurs activités et de partager au public leurs œuvres artistiques. Dès lors, en collaboration avec leur gouvernement respectif, les musées des Etats membres ont reçu de nouvelles directives des ministères européens de la Culture. En faisant également appel à des experts, la promotion d’activités en ligne s’est mise en place au fur et à mesure. De nouvelles formations pour les professionnels de la culture ont été proposées, l’échange de bonnes pratiques entre les musées et la communication sur les réseaux sociaux se sont développées.

Rapidement, les musées ont ainsi proposé à leurs traditionnels visiteurs des activités en ligne pour continuer leur rôle dans la transmission de l’art. Des visites virtuelles, la découverte des œuvres en numérisation 3D, des podcasts proposés par les guides… Cette nécessaire adaptation a prouvé leur capacité de résilience. Et ce “plan d’urgence” continuera à être mis à profit lorsque la pandémie aura reculé. Les savoir-faire appris et maîtrisés pendant la crise par les professionnels des musées seront réutilisables à loisir.

Fort heureusement”, comme l’a rappelé Paulina Florjanowicz, directrice du département du patrimoine culturel au ministère de la Culture de Pologne, “les visiteurs sont retournés en masse dès la réouverture des musées”. Néanmoins, l’offre en ligne est restée à disposition, elle fait aujourd’hui partie intégrante du programme des musées et reste en cours de développement.

Parmi les leçons tirées de cette pandémie, “la communication apparaît comme une priorité absolue dans la gestion des crises”, analyse Mme Florjanowicz. Comme l’ensemble des professionnels des musées européens, elle estime qu’il est nécessaire “de faire preuve de réactivité à des circonstances changeantes et qu’il faut se montrer flexible afin de tirer profit des évolutions de la société”.

La révolution numérique, un défi de taille pour les musées

Cette crise du Covid-19 a accéléré une autre mutation en cours depuis plusieurs années dans nos sociétés : celle de la transition numérique. Pour Loup Wolff (enquête 2020 sur les pratiques culturelles des Français), chef du département des études, de la prospective et des statistiques au ministère de la Culture en France, même si l’on observe “l’installation de pratiques numériques, en particulier chez les plus jeunes”, “les pratiques patrimoniales résistent bien” et “rien ne semble remplacer la visite des lieux”. Et selon lui, le numérique peut représenter “une opportunité supplémentaire de découverte ou d’approfondissement” pour les publics intéressés par l’art.

Pour Anuška Deranka Crnokić, directrice des Archives, des Bibliothèques et des Musées en Croatie, les atouts du numérique ont pleinement été exploités durant la pandémie. “La crise sanitaire a encouragé la transformation numérique et l’usage des nouvelles technologies dans le secteur culturel”. A titre d’exemple, un “voyage virtuel” a été développé au musée de l’Homme de Néandertal de Krapina grâce auquel des élèves pouvaient “visiter” le musée à distance depuis leur bureau de classe.

Même si l’explosion du numérique et du temps passé sur les écrans, notamment par les jeunes, a fait craindre au milieu de la culture qu’il subirait une perte de vitesse, on constate au contraire que “la fréquentation des salles de cinéma, des lieux de spectacle, des musées, des lieux d’exposition et des monuments connaît depuis plusieurs décennies une croissance importante”. En effet, selon l’étude “Cinquante ans de pratiques culturelles en France” publiée en 2020 par le ministère de la Culture : 41 % des Français de 15 ans et plus déclaraient avoir visité un musée, une exposition ou un monument au cours de l’année en 1973 contre 44 % en 2018. Ces chiffres traduisent une hausse significative, malgré la révolution numérique en cours, compte tenu de l’augmentation de la population française sur la période retenue.

Enfin, comme l’a noté Sophie Lévy, directrice-conservatrice du Musée d’Art de Nantes, lors de l’événement consacré aux musées en Europe dans le cadre de la PFUE, la révolution du numérique s’avère être une pratique moins liée au statut social qu’à la question de génération. En quelques années, “la notion de ce qui est culturel s’est démocratisée” ; il existe donc une certaine confusion d’éléments qui seraient autrefois considérés comme des loisirs et qui sont désormais perçus comme de la culture à part entière. Dans ce contexte, selon Mme Lévy, les musées doivent s’adresser en priorité aux plus jeunes dans ce nouvel univers au sein duquel la définition de la culture a profondément changé.

La directrice du Musée d’Arts de Nantes souhaite également “passer de l’idéologie à une connaissance plus concrète des publics”. Elle plaide pour que les musées utilisent davantage la data afin de comprendre sur la durée le comportement des visiteurs et se rapprocher de leurs attentes… Il y aurait également une exigence de parvenir à un rapport plus qualitatif d’écoute des jeunes en pratiquant par exemple l’exercice du dialogue citoyen pour demander aux jeunes de 15-25 ans quel serait leur musée de rêve.

Aussi, pour le Belge Chris Dercon, président de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais, il est urgent de penser de nouvelles formes d’exposition de l’art grâce au numérique. “La technologie peut jouer un rôle important” et “nous ne sommes encore qu’au début”. Les nouvelles technologiques peuvent, selon lui, incliner les publics à se rendre dans les musées. Il estime également qu’il serait judicieux de développer le métavers (“metaverse” en anglais), une réalité augmentée qui donne lieu à des mondes virtuels connectés à internet, pour générer une nouvelle forme de tourisme dans les musées.

Le rôle des musées dans la transition écologique

Aujourd’hui, tout comme l’ensemble des secteurs de la société, la culture ne peut continuer à développer ses activités sans prendre en considération la problématique du changement climatique. C’est pourquoi les musées d’Europe cherchent à aller vers des structures plus durables et à favoriser à l’avenir des projets respectueux de l’environnement. A cet égard, le “New Architecture and Design Museum” à Helsinki est emblématique. Présenté par Carina Jaatinen, directrice du musée finlandais d’architecture, le projet a pour objectif de créer une infrastructure compatible avec les évolutions numériques et virtuelles, mais surtout qui soit durable et écologiquement responsable.

Un autre exemple est celui du Musée de la Culture de Vučedol en Croatie, présenté par Deranka Crnokić. Lorsqu’il a été établi en 2013 dans un environnement naturel et historique (classé au premier rang des parcs archéologiques d’Europe), il fallait fonder un projet architectural adapté pour construire un bâtiment respectueux de ce milieu. Se situant à quelques kilomètres du Danube, entre deux vignobles et un champ de maïs, le musée construit sur place se devait d’être un modèle de respect de l’environnement.

Ainsi, les musées se mettent progressivement au vert en Europe. C’est le cas par exemple du Louvre à Paris qui, entre 2015 et 2017, a établi un bilan carbone de ses activités et a lancé dans la foulée une rénovation de ses dispositifs de chauffage et de refroidissement ou encore a effectué le remplacement de ses sources lumineuses par des LED, moins consommatrices en énergie. De même, pour le transport des œuvres dans le cadre d’expositions temporaires, les musées ont tout intérêt à demander par exemple des déplacements groupés avec d’autres établissements culturels, afin de réduire leur empreinte carbone.

De nombreux exemples cités dans cet article sont tirés de la réunion des directeurs de musées et d’administrations en charge de la politique muséale organisée les 3 et 4 mai 2022 pour la présidence française de l’UE (PFUE), les professionnels de ce secteur ayant profité de cet événement pour discuter des défis qui attendent les musées en Europe lors des prochaines années.

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