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“Artists Development Programme” : quand la Banque européenne d’investissement soutient de jeunes artistes prometteurs

Depuis 12 ans, le bras financier de l’Union européenne mène un programme pour permettre à de jeunes artistes originaires des Etats membres et des pays candidats à l’adhésion de gagner en notoriété. En résidence à la Cité des Arts à Paris, ils bénéficient du mentorat de pairs internationalement reconnus.

Certaines œuvres produites dans le cadre de l'Artists Development Programme par quatre des artistes de l'édition 2023. De gauche à droite et de haut en bas : "Smell like spirit" de Jonathan Pêpe (France), "The Agrocist" de Zhenia Stepanenko (Ukraine), "Fluid Contact" de Marta Djourina (Bulgarie) et "Recherches autour du feu" de Lisa Hoffmann (Allemagne) - Crédits : Banque européenne d'investissement
Certaines œuvres produites dans le cadre de l’Artists Development Programme par quatre des artistes de l’édition 2023. De gauche à droite et de haut en bas : “Smell like spirit” de Jonathan Pêpe (France), “The Agrocist” de Zhenia Stepanenko (Ukraine), “Fluid Contact” de Marta Djourina (Bulgarie) et “Recherches autour du feu” de Lisa Hoffmann (Allemagne) - Crédits : Banque européenne d’investissement

La Banque européenne d’investissement (BEI) ne se résume pas qu’à des opérations financières destinées à mettre en œuvre les politiques de l’UE. Dans le cadre de son Institut BEI, structure ayant vocation à promouvoir des initiatives artistiques et culturelles, sociales ou encore dans la recherche universitaire, elle conduit l’Artists Development Programme (ADP, Programme de développement artistique). Celui-ci vise à soutenir de jeunes artistes prometteurs, âgés de moins de 35 ans, issus des Vingt-Sept et des pays candidats à l’UE.

Nous avons créé le programme il y a 12 ans en partant du constat qu’il y a un fossé entre le moment où les artistes sortent des écoles d’art et celui où ils sont éventuellement représentés par des galeries ou le monde institutionnel”, explique Delphine Munro, à la tête du département Arts et Culture à l’Institut BEI et initiatrice de l’ADP. Ce dernier est ainsi pensé comme un “accélérateur de talents”.

Dans le monde artistique, le programme est maintenant bien connu. Et sa popularité ne cesse de croître. De 243 candidatures pour l’édition 2022, leur nombre a plus que doublé pour atteindre 535 personnes cette année. Mais la compétition est rude : en 2023, seules cinq places étaient disponibles au sein de l’ADP.

Une plateforme source de multiples opportunités

Le succès du programme s’explique notamment par le parcours d’artistes qui y sont passés et qui ont accédé à une importante notoriété par la suite. Tel que le duo Cooking Sections, composé de Daniel Fernández Pascual et d’Alon Schwabe, en couple dans la vie et dans la création artistique. Après avoir suivi en 2014 l’ADP, leur première résidence, ils ont bénéficié d’une exposition personnelle à la Tate à Londres. Puis Cooking Sections a été nominé en 2021 pour le Turner Prize, prestigieux prix britannique d’art contemporain. “Nous avons vraiment joué notre rôle d’identificateur de talents, en leur donnant une plateforme de visibilité”, se félicite Delphine Munro.

Depuis 2022, les participants à l’ADP sont logés de septembre à novembre au sein de la Cité des Arts à Paris. Un lieu exceptionnel, qui rassemble 320 artistes du monde entier et leur offre de surcroît de nombreuses possibilités de rencontres avec leurs pairs.

Au cours des trois mois de l’ADP, les participants réfléchissent chacun à une (des) œuvre(s) et passent ensuite à sa production. Pendant cette phase, pour se procurer les matériaux nécessaires à leurs créations, ils bénéficient aussi d’une assistance financière. Mais surtout du mentorat d’un artiste internationalement reconnu. La mentore de l’édition 2023 n’est autre que la Franco-Italienne Tatiana Trouvé, lauréate du prix Marcel-Duchamp et dont les œuvres se trouvent dans les plus grands musées à travers le monde, tel que le centre Pompidou à Paris.

Fin novembre, les artistes de l’ADP 2023 ont exposé leurs travaux réalisés au cours du programme, sous forme d’installations dans leurs studios/ateliers de la Cité des Arts. L’occasion de montrer leurs créations à de nombreuses personnalités du monde des arts et d’agrandir leur réseau. Au printemps, leurs installations seront aussi présentées à Luxembourg, siège de la BEI. Ce qui leur offre une nouvelle occasion de se faire davantage connaître.

Les cinq artistes de l'édition 2023 de l'ADP. De gauche à droite : Larissa Araz (Turquie), Jonathan Pêpe (France), Zhenia Stepanenko (Ukraine), Lisa Hoffmann (Allemagne) et Marta Djourina (Bulgarie).
Les cinq artistes de l’édition 2023 de l’ADP. De gauche à droite : Larissa Araz (Turquie), Jonathan Pêpe (France), Zhenia Stepanenko (Ukraine), Lisa Hoffmann (Allemagne) et Marta Djourina (Bulgarie).

Des œuvres en prise avec les enjeux contemporains

Les participants sélectionnés pour l’ADP sont en règle générale des “research based artists”, fait savoir Delphine Munro. Ce qui signifie que leurs œuvres s’appuient sur un travail de recherche en prise avec les problématiques sociétales de notre époque, comme l’environnement ou encore l’omniprésence de la technologie.

Les enjeux contemporains se lisent en effet en filigrane dans les travaux des artistes de l’édition 2023. Originaire de Bulgarie, Marta Djourina exploite depuis plusieurs années la lumière dans son œuvre avec une méthode analogue à celle du photogramme. En plaçant des surfaces photosensibles dans des environnements qui l’interpellent et en les exposant ensuite à la lumière naturelle, elle aboutit à des artefacts singuliers, tout en couleurs. Avec des résultats très différents d’un lieu à l’autre, témoignant ainsi de la multitude d’altération possible des individus sur leur milieu naturel.

A Paris, c’est la perspective des Jeux olympiques à venir qui l’a intéressée. Et notamment la volonté des pouvoirs publics de permettre la tenue de l’épreuve de nage en eau libre dans la Seine, en la dépolluant, qui a retenu son attention. Non loin de la Cité des Arts, d’où elle voyait le fleuve depuis la fenêtre de son studio, elle est allée y placer ses films. Ce à quoi Marta Djourina a abouti peut ainsi être interprété en tant qu’archive artistique de la Seine, à l’état dans lequel les activités humaines l’avaient laissée avant les Jeux olympiques.

Qu’insuffle-t-on dans les objets techniques ?”, résume Jonathan Pêpe, artiste français passé par la prestigieuse école du Fresnoy, à propos de sa réflexion. Le souffle et la technique, voilà deux thèmes qui semblent l’obséder et qui ont guidé sa recherche et sa production au sein de l’ADP. Tout en noir et blanc, dans une volonté de “brouillage temporel”, son installation finale se compose de formes non caractérisables mais qui paraissent tout à la fois organiques et mécaniques. Avec un propos omniprésent sur le souffle. Comme avec cet objet évoquant une étrange cage thoracique, créée avec le concours de l’Atelier Gamil, spécialiste du travail du verre… soufflé.

Lisa Hoffmann s’est quant à elle penchée sur le feu. Un élément que nous avons longtemps “oublié” mais qui a toujours été “omniprésent”, souligne l’artiste allemande. Et dont l’existence nous est rappelée avec force dans une ère qualifiée par certains de “pyrocène”, où les mégafeux qui se multiplient dégagent tant de gaz à effet de serre qu’ils accélèrent le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement.

Avec ses installations, Lisa Hoffmann indique créer des “univers”, des “sortes de scénographie, des histoires incomplètes, qui laissent des indices”. C’est ce qu’elle a fait pour le feu au sein de l’ADP, avec des représentations qui indiquent son omniprésence spatiale et temporelle. Tel qu’avec ce film d’une intervention de pompiers à Paris, dont on ne voit que le reflet des lumières de ce que l’on devine être leurs camions sur la végétation urbaine, aboutissant à des images répliquant la puissance et la crainte qu’un feu qu’on ne voit même pas peut inspirer. Ou encore avec un travail du fenouil géant, ce végétal avec lequel Prométhée a volé le feu céleste pour le donner aux humains.

En somme, l’Artists Development Programme porte bien son nom : les participants y développent leur réseau et leur notoriété d’artistes mais aussi, et peut-être avant tout, leurs énergies créatrices.

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