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Après le naufrage de plusieurs centaines de migrants en Méditerranée, des interrogations en Grèce et en Europe

La catastrophe humanitaire survenue au large de la Grèce mercredi 14 juin a provoqué l’émoi et la colère à travers le continent. Alors que le bilan provisoire de 79 morts est amené à s’alourdir, la presse européenne s’interroge sur les circonstances d’un tel drame.

Le navire a coulé près de la fosse Calypso au large des côtes grècques, un des points les plus profonds de la mer Méditerranée
Le navire a coulé près de la fosse Calypso au large des côtes grecques, un des points les plus profonds de la mer Méditerranée - Crédits : PLAINVIEW / iStock

Tombeau de tant de rêves d’une vie meilleure, la Méditerranée, dont les eaux tièdes accueilleront bientôt des millions de touristes insouciants, a vécu ce mercredi 14 juin une nouvelle tragédie grecque, européenne et humaine”, entame Libération. Un navire “parti du port libyen de Tobrouk cinq jours auparavant” et qui faisait route vers l’Italie a fait naufrage au large du Péloponnèse en Grèce, retrace le quotidien hellénique I Kathimeriní. Bilan provisoire : 79 morts.

La presse européenne explique que ce chiffre est probablement très sous-estimé. Dans son journal télévisé de 20h, France 2 s’interroge : “combien étaient-ils à bord de ce bateau de pêche vétuste ?” Seules 104 personnes ont pu être secourues par les autorités grecques. “Certains rescapés parlent de 750 personnes au total” [France 2]. Parmi eux, “près de 100 enfants voyageaient au fond de la cale du navire avec les femmes”, précise Le Monde. “Jeudi 15 juin, pour le deuxième jour consécutif, deux patrouilleurs, un hélicoptère et six autres navires de la région continuent leurs recherches à l’ouest des côtes [grecques]”, note le quotidien français.

Cimetière

Pour rejoindre le Vieux Continent, ces “damnés de la mer” [Libération] ont emprunté “l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde”, souligne France 2. Politico rappelle qu’ ”au cours des dix dernières années, plus de 27 000 migrants ont disparu en Méditerranée alors qu’ils tentaient d’atteindre l’Europe”.

Pour la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson, les naufragés “n’ont pas été envoyés dans l’UE, ils ont été envoyés à la mort” [Politico]. “Ce navire était un cimetière flottant. La tragédie était prévisible. Il aurait fallu une aide urgente”, explique pour sa part Nikos Spanos, un expert international des incidents maritimes, sur la chaîne grecque ERT [Le Monde].

Des circonstances floues

De nombreuses questions entourent ce drame. “Que s’est-il passé, dans la nuit de mardi à mercredi, pour que chavire le bateau de pêche, à 47 milles marins (environ 87 kilomètres) de Pylos, en mer Ionienne ?” [Libération]. “Comme souvent dans ce genre de drame, les premières bribes de récit, à prendre avec précaution, se complètent en partie, se contredisent parfois”, prévient le quotidien.

La polémique sur la non-intervention des garde-côtes grecs et de Frontex prend de l’ampleur”, rapporte Le Monde. “Selon les communiqués, l’agence européenne en charge des frontières […] aurait été prévenue dès le lundi de la présence de ce bateau. Selon des rescapés, ils auraient fait des signes lorsque l’agence a survolé les lieux pour attirer l’attention”, complète Le Soir. Cette version est par ailleurs contestée par les autorités grecques. Le ministre de la Protection civile, Evangelos Tournas, s’est pour sa part défendu en affirmant que “si les garde-côtes étaient intervenus sur ce bateau surchargé, ils auraient pu être accusés de l’avoir fait chavirer” [Le Monde].

La cour suprême grecque a ordonné une enquête pour tenter de déterminer les causes précises du drame. Jeudi 15 juin, “neuf Egyptiens soupçonnés d’être des passeurs ont été arrêtés en Grèce” [France info]. Selon I Kathimeriní, ces derniers auraient touché environ 6 000 euros par passager. Trois jours de deuil national ont par ailleurs été décrété par Athènes, venant “interrompre la campagne des élections législatives, qui doivent se tenir le 25 juin prochain” [Les Echos]

Pour le journaliste de La Libre Olivier le Bussy, ce Pacte européen sur la migration et l’asile est “bancal […] parce que ce qui guide cette politique, avant tout autre considération, c’est l’obsession, malsaine, maladive, de restreindre autant que possible l’accès du Vieux Continent à celles et ceux qui proviennent d’horizons moins pacifiques et prospères”.

Le quotidien hellénique Efsyn dresse un constat similaire en affichant hier à sa Une le mot “Honte” en grec mais également en anglais, en allemand, en italien, en espagnol et en français. “L’Union européenne a mis en œuvre des politiques qui transforment le Vieux Continent en forteresse et les pays frontaliers en prisons”, s’indigne le journal de gauche, cité par Courrier international.

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