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Wolfgang Schäuble quitte le ministère des Finances, un tournant dans la vie politique allemande

Revue de presse 28.09.2017

A 75 ans, l'homme à la tête du ministère allemand des Finances depuis huit ans va devoir renoncer à son poste dans le prochain gouvernement Merkel IV. Il se porte en effet candidat à la présidence du Bundestag, l'Assemblée parlementaire de la République fédérale d'Allemagne. Pour la presse, c'est un tournant dans la vie politique du pays. Mais le ministère des Finances est aussi un poste clé qu'Angela Merkel se doit de mettre à la table des négociations de la prochaine coalition.  

Wolfgang Schäublel Finances Bundestag

Wolfgang Schäuble, ancien ministre fédéral des Finances et candidat à la présidence du Bundestag

Poussé au Bundestag par son parti

L'Union chrétienne démocrate d'Angela Merkel a provoqué un choc, hier, en annonçant dans un communiqué qu'elle allait "proposer Wolfgang Schäuble" pour la fonction de président du Bundestag. "Nous nous réjouissons qu’il se soit dit prêt à se porter candidat", a commenté par ailleurs le chef du groupe parlementaire des conservateurs allemands (CDU/CSU), Volker Kauder, cité par Libération.

A son poste depuis 2009, "ce chrétien-démocrate loyal à la chancelière va donc devoir changer de carrière", selon Le Point. "Il faisait l’objet de pressions amicales mais croissantes depuis plusieurs jours pour quitter son poste dans le futur gouvernement", selon Libération. Le groupe parlementaire de la CDU/CSU "devrait le désigner comme leur candidat le 17 octobre ", explique La Croix. Toutefois, "le perchoir du Bundestag est […] loin d'être un placard honorifique", selon Le Point. "Le poste […] de président de la Chambre basse du Parlement allemand est le deuxième de l’Etat, derrière celui de président de la République d’après le protocole ", complète Le Temps.

Tempérer l'AfD

"Angela Merkel lui aurait demandé personnellement de présider le Bundestag" [Les Echos], mais pourquoi ? "Le scénario de Schäuble président du Bundestag serait un double atout pour Angela Merkel" qui a besoin dans un premier temps de sa forte personnalité pour s'opposer à l'AfD, selon Le Temps.

En effet, "dans la prochaine législature, marquée par l’entrée de 94 députés du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland, AfD, ce poste sera stratégique", explique Le Temps. Avec Wolfgang Schäuble, la chancelière sera "assurée d’avoir au Parlement un politicien chevronné, disposant de l’autorité nécessaire pour stopper d’éventuelles dérives verbales du bouillant groupe parlementaire de l’AfD", poursuit le quotidien suisse.

"Pour le Spiegel Online, […] Schäuble va carrément dompter l'AfD", rapporte France Culture. Cette tâche sera toutefois difficile, "vu le ton agressif que les députés de l'AfD risquent d'introduire dans la tradition parlementaire allemande plutôt tempérée et respectueuse", selon Le Point. Mais, Alexander Dobrindt, un des poids lourds de la CSU (parti bavarois allié à la CDU), a confiance en l'homme politique : "les présidents du Bundestag sont toujours des personnalités hors du commun et Wolfgang Schäuble est une personnalité hors du commun" [Le Figaro].

Les Finances convoitées par les libéraux

Mais Angela Merkel souhaite surtout qu'"en lâchant son poste au gouvernement, le vétéran de la politique allemande ouvre la voie aux négociations en vue de former une coalition" [France Culture]. La chancelière "a besoin de pouvoir mettre ce ministère clé sur la table" [Le Point] car seule la coalition avec les Verts et les libéraux "pourrait contrer la droite nationaliste qui [s'installe] comme la troisième force du pays" [Le Figaro]. Et "les libéraux (FDP) n'ont pas fait mystère […] de leur ambition de s'occuper des Finances" [France Culture]. Evidemment, ces derniers "ont annoncé qu’ils soutiendraient la candidature de Schäuble" [Le Temps] au Bundestag. Le leader du FDP, Christian Lindner l'a d'ailleurs qualifié dans un tweet de "personnalité exceptionnelle" dotée d’une "autorité naturelle", rapporte Libération.

"Son départ rendra heureux ceux qui croient, en Europe, que l'Allemagne sera moins rigoureuse sans lui. À voir", analyse Le Figaro. Ce changement de ministre ne serait notamment pas particulièrement favorable aux réformes souhaitées par le président français, car "le FDP pourrait être encore plus dur aux Finances s’il obtient le portefeuille" [France Culture]. Le parti "ne cache pas sa méfiance face aux propositions de réformes de la zone euro […] en particulier la création d’un budget qu’il voit comme la tentative rampante de mutualiser les dettes dans la région", selon Libération. Autrement dit, ils sont "formellement opposés à l'éventualité que l'Allemagne paye les pots cassés de la zone euro", selon France Culture qui cite le journal hongrois Vecernji List. Quant à Angela Merkel, "pas franchement emballée par l'idée dès le départ, […] elle trouverait ici un partenaire idéal pour ne pas accéder à toutes les propositions de réformes formulées par Emmanuel Macron", poursuit la radio.

La fin d'une ère

Pourtant, Wolfgang Schäuble aurait fait part de sa vision d'une Europe "à plusieurs vitesses" dès 1994 [Le Figaro] et apporté "son soutien à Emmanuel Macron" [La Croix]. Mais le ministre des Finances a surtout veillé durant huit ans "d'une main de fer sur les caisses de l'État et s'est acquis le surnom de 'père Fouettard' allemand" [Le Point]. Ainsi, "cette figure politique est souvent perçue ailleurs en Europe comme emblématique de l’orthodoxie et du manque de flexibilité de Berlin en matière de finances publiques", selon Le Temps. Il défend le "'Schwarz Null' [le zéro noir], l'équilibre des comptes" [Le Figaro] mais "avec une intransigeance jugée 'fétichiste' par certains de ses détracteurs dans son propre pays", rapporte Le Point. "Obstiné et belliqueux, ne mâchant pas ses mots, il s’est attiré pas mal d’inimitiés en Grèce" en prônant "une sortie d’Athènes de la zone euro au pic de la crise de financement […] en 2015", complète Libération.

Bien que son probable successeur, Christian Lindner, prône également "la stricte application des règles de Maastricht" [Les Echos], la presse évoque "une césure pour la démocratie allemande" [Le Temps] ou encore "un tournant pour l'Europe" [Les Echos]. En effet, "enfant de la guerre, Schäuble est le dernier d'une génération de conservateurs allemands, qui inclut aussi l'ancien chancelier Helmut Kohl, pour qui l'Europe représente le seul salut de l'Allemagne" poursuit Politico.

"Le grand argentier allemand" est ainsi la personnalité de la CDU "ayant siégé le plus longtemps au Bundestag où il a été élu pour la première fois en 1972" et "l’homme politique allemand le plus expérimenté et le plus populaire" [Le Temps]. Pierre Moscovici, commissaire européen à l'Economie et aux Finances, regrette dans Les Echos "son humour, son intelligence, son courage, […] des qualités énormes qui manqueront." Politico rappelle à cet égard qu'il avait essayé d'expliquer "son attachement à la discipline fiscale en citant Goethe : 'si tout le monde balaye devant sa porte, le voisinage est propre'".