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Volkswagen fait profil bas et regarde vers l'avenir après le "Dieselgate"

Revue de presse 29.04.2016

Dans la tourmente depuis l'automne à cause du scandale sur les émissions d'oxyde d'azote trop élevées de ses véhicules, le groupe Volkswagen a axé sa conférence annuelle sur le thème du "mea culpa" et du "changement de paradigme". Si la marque VW a souffert du scandale, le groupe peut toutefois se reposer sur ses autres marques et sur la bonne santé du marché automobile mondial.

VW

Déficitaire pour la première fois depuis 1993

Tout allait bien depuis plus de deux décennies chez Volkswagen. Le temps, comme le rappelle Le Monde, "où le groupe célébrait ses records l’un après l’autre avec la bonne foi de l’ingénieur allemand convaincu de la supériorité technique de ses produits".

La belle histoire s'est brusquement interrompue lorsqu'en 2014, "des universitaires américains constatent que des VW émettent jusqu'à 40 fois les quantités autorisées d'oxyde d'azote" [Le Figaro]. Il faudra attendre septembre 2015 pour que le constructeur automobile admette que les 11 millions de  véhicules concernés étaient équipés d'un logiciel fraudeur destiné à fausser les chiffres. Dans la foulée, le PDG Martin Winterkorn démissionne et le groupe doit batailler avec les Etats-Unis pour éviter de coûteux procès – pour ses finances et son image. Résultat, "le groupe allemand est déficitaire pour la première fois depuis 1993", titre Libération.

Jeudi, le nouveau PDG Matthias Müller était chargé de dévoiler les résultats 2015 du groupe devant un parterre de journalistes. "Volkswagen, c’est bien plus que la crise du Dieselgate" a-t-il annoncé. Jusqu'alors, la direction avait préféré utiliser les termes "thématique diesel" pour évoquer le scandale, explique La Tribune de Genève.

Toutefois les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le scandale a eu un véritable impact sur les ventes : "la perte opérationnelle s'élève à 4,1 milliards d'euros" et la marque a dû consacrer "7,8 milliards au rachat de véhicules aux États-Unis (mais pas en Europe) et 7 milliards pour faire face aux risques juridiques. La perte nette s'est affichée à 1,58 milliard d'euros" [Le Figaro].

The Irish Times cite des analystes qui prédisent que "le coût final pour VW, une fois que toutes les amendes et remboursements se seront ajoutés aux frais des rappels, pourrait s'élever à 40 milliards d'euros". 

Bons chiffres et mea culpa

Cependant, le nouveau PDG mise sur une croissance dès 2016. Le groupe n'a pas fanfaronné, mais il n'empêche que Volkswagen vient de reprendre la place de leader mondial devant Toyota au premier trimestre, "avec 2,51 millions de véhicules vendus". Un chiffre qui n'est peut-être pas étranger à l'explosion survenue en janvier dans l'usine d'un des fournisseurs du constructeur japonais, qui de fait n'a pas pu assurer sa production habituelle.

De plus, les ventes en Chine sont particulièrement bonnes pour le groupe. "La motorisation diesel et la problématique des moteurs truqués sont totalement absentes du marché et du débat chinois" explique un analyste à Libération. "Les bonnes performances du département financier du groupe (la 'banque VW') et de ses marques Porsche et Audi ont plus que compensé la baisse des ventes de la marque VW, qui représente encore plus de la moitié des véhicules produits par le constructeur" ajoute Le Monde.

Mais à la tribune, l'heure est aux regrets : "Nous avons déçu beaucoup de gens" conçoit M. Müller. "Ensemble nous créerons un nouveau Volkswagen" ajoute-t-il, osant même parler d'une crise qui pourrait s'avérer "salutaire" [Le Figaro]. Le groupe semble en effet prêt à faire de nombreux changements. "VW a annoncé qu’un comité consultatif de développement durable, externe à l’entreprise, serait créé pour évaluer les performances du groupe sur ce sujet", ce qui pourrait s'avérer salutaire dans une industrie toujours très hypocrite concernant les gaz d'échappement.

Deuxièmement, le groupe devrait progressivement transformer son organisation interne, passant d'un fort centralisme où les dirigeants veillent au moindre détail à une délégation des prises de décisions aux directeurs des chaînes de production. "Un système auquel Matthias Müller semble tenir particulièrement : il l’a instauré chez Porsche lorsqu’il était directeur de la marque" rappelle Le Monde.

Mais ces coûts directs liés au scandale pourraient mettre à mal les ambitions futures du groupe. "Les milliards manquent désormais sur un autre secteur plus important. VW pourrait perdre la bataille de la révolution électrique" explique le journal allemand Zeit. "Les grandes tendances des prochaines s'années se nomment : mobilité électrique, numérisation, conduite connectée et autonome. À l'heure actuelle, c'est là que VW devrait investir massivement. (...) Cependant, les charges dues à la crise auto-infligée du Dieselgate limitent la marge de manœuvre".

Enfin, The Guardian relève un dernier élément qui n'aidera pas à redresser l'image ternie du constructeur : "Les rémunérations des cadres de Volkswagen inchangées malgré le scandale des émissions", titre le quotidien britannique. "Martin Winterkorn a démissionné du poste de patron de VW après le scandale, mais a quand même touché 9,3 millions d'euros de compensation, en plus de 7,3 millions de bonus". De son côté, les membres du conseil de surveillance ont gracieusement accepté de diminuer de 30% leurs bonus liés à la performance…

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