Derniers articles publiés

Versailles : France, Allemagne, Italie et Espagne défendent une "Europe à plusieurs vitesses"

Revue de presse 06.03.2017

Réunis aujourd'hui à Versailles pour un sommet informel, les dirigeants des quatre principaux pays de la zone euro discuteront des perspectives de relance du projet européen. Moins d'une semaine après la présentation du Livre blanc de la Commission européenne, proposant cinq scénarios de poursuite de la construction européenne, les quatre "grands" ont déjà choisi le leur. Il s'agit du troisième, celui d'une "Europe à plusieurs vitesses".

Angela Merkel et François Hollande

"L’Europe à vingt-sept ne peut plus être l’Europe uniforme à vingt-sept"

"L’Europe à vingt-sept ne peut plus être l’Europe uniforme à vingt-sept. Longtemps, cette idée d’une Europe différenciée, avec des vitesses différentes, des rythmes distincts pour progresser, a suscité beaucoup de résistance. Mais aujourd’hui, c’est une idée qui s’impose. Sinon, c’est l’Europe qui explose", déclare François Hollande au Monde. Le ton est donné : si une réelle "Europe à plusieurs vitesses" n'est pas mise en place, l'Union européenne est condamnée.

Les dirigeants français, allemand, italien et espagnol discuteront donc aujourd'hui de cette idée. "À l’occasion de cette rencontre, les chefs d’État et de gouvernement prononceront quatre déclarations 'distinctes' mais 'coordonnées' sur leur foi partagée dans le projet européen et dans les chantiers communautaires à lancer. Après quoi un dîner de travail est prévu", détaille La Croix. "Cet événement de Versailles prépare le sommet européen prévu les 9 et 10 mars à Bruxelles, puis celui de Rome le 25 mars [à l'occasion de la célébration des 60 ans du traité de Rome NDLR], où les dirigeants des pays de l’UE devront trouver un cap commun cette fois à 27", précise également le quotidien.

Quels sont les domaines envisagés en priorité pour cette "Europe à plusieurs vitesses" ? "L'union monétaire, la fiscalité, le social, l'antiterrorisme et la protection des frontières. Mais c'est surtout dans le domaine de la défense que les quatre partenaires veulent progresser", rapportent Les Echos. A ce propos François Hollande estime dans Le Monde que "s'agissant de l’Europe de la défense, tous les pays de l’UE n’ont pas à en être membres, certains n’ont pas cette tradition mais la porte doit être ouverte à tous". Il propose ainsi "une coopération structurée, pour fédérer les pays qui veulent aller beaucoup plus loin", à laquelle "dans [son] esprit, le Royaume-Uni, même en dehors de l’UE, doit […] être associé".

Ne pas susciter des jalousies

Si François Hollande de même qu'Angela Merkel ont clairement fait savoir leur volonté de bâtir une "Europe à plusieurs vitesses", les quatre "grands" veulent éviter de froisser leurs vingt-trois autres partenaires européens. A l'issue du sommet, les dirigeants veilleront "à ne pas être trop concret[s]" pour ne pas "donner l'impression aux autres partenaires européens d'être trop prescriptifs", annonce L'Opinion. "D'ailleurs, il n'y aura pas une déclaration commune, mais quatre", souligne le média.

Une analyse partagée par RFI, qui considère que "dans le contexte du Brexit, mais aussi des différentes échéances électorales et du risque populiste, les partenaires européens ne veulent froisser personne tout en essayant de rendre l'Europe plus efficace".

Néanmoins, "même si les participants à ce sommet quadripartite se défendent de vouloir diviser l'Europe, leur réunion va déplaire aux pays du groupe de Visegrad, à l'est, qui, il y a quelques jours, sentant monter le danger, soulignaient l'importance de maintenir l'unité des Vingt-Sept", relatent Les Echos.

Une initiative à l'issue très incertaine

Les propositions de relance du projet européen qui émaneront de la réunion risquent toutefois d'être sérieusement compromises par l'incertitude politique sur le Vieux Continent, commentent plusieurs médias.

François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et Paolo Gentiloni, le président du Conseil italien, sont tous les trois sur la sellette. "Hôte du mini-sommet, [François Hollande] aura cédé son pupitre dans les trois mois, bien avant que les mesures évoquées à Versailles n'aboutissent. Angela Merkel, qui a toujours tenu la baguette européenne, n'a plus la certitude d'emporter un quatrième mandat en septembre. L'avenir immédiat de l'Italien Paolo Gentiloni dépend d'élections jugées probables dans la Botte. Des quatre, seul l'Espagnol Mariano Rajoy peut porter son regard un peu plus haut", résume Le Figaro.

L'initiative est également incertaine tant l'euroscepticisme ne cesse de progresser en Europe. "Selon le dernier eurobaromètre de la Commission européenne daté de fin 2016, 38% des Européens sondés ont une image 'neutre' de l'UE, 25% une image négative et 35% une image positive. Autant dire que le sort de l'Europe interroge plus qu'il ne fait rêver", commente le Huffington Post. Le média rapporte en outre que les élections législatives aux Pays-Bas, le 15 mars, où Geert Wilders, leader du parti d'extrême droite, allié de Marine Le Pen, est au coude-à-coude avec le parti libéral (VDD) du chef du gouvernement Mark Rutte. "Nul doute qu'une victoire de l'extrême droite dans un pays fondateur de l'Union européenne constituerait un nouveau séisme", conclut le Huffington Post