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Une semaine après le référendum sur le Brexit, quel bilan pour l'économie européenne ?

Revue de presse 01.07.2016

Hier l'agence Standard & Poor's a décidé de dégrader la note de l'Union européenne, tandis que le FMI a qualifié l'incertitude générée par le vote en faveur du Brexit de "principal risque" pesant sur l'économie mondiale. Une semaine après le résultat du référendum britannique, quel bilan pour l'économie du pays et de l'UE ?

Standard & Poor's

L'Union européenne dégradée

C'est désormais au tour de l’Union européenne : hier l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a rétrogradé la note de sa dette de long terme de AA+ à AA, justifiant sa décision par les incertitudes consécutives au référendum du 23 juin. Tout comme les deux autres agences de notation Fitch et Moody's, elle avait également revu à la baisse sa note pour la dette du Royaume-Uni en début de semaine.

Le Monde rappelle que "les notes délivrées par les agences de notation (…) dictent les conditions auxquelles les entreprises ou en l’occurrence les pays peuvent s’endetter sur les marchés financiers. Plus la note est basse, plus les taux d’intérêt exigés par les créanciers sont élevés".

L'Union européenne ne serait alors "plus aussi sûre" pour les investisseurs qui lui prêtent de l'argent, selon les termes du communiqué cités par The Guardian.

Une décision qui augure "d'une remontée des taux d'intérêts à long terme et de dettes publiques plus coûteuses pour les pays membres de l'Union. Un défi pour la Banque centrale européenne qui fait tout pour maintenir les taux au plus bas depuis plus d'un an, afin de relancer les investissements et la croissance", pointe L'Express. Et "un défi tout particulièrement pour la France, qui a perdu son triple A en 2012 à cause de sa dette publique" [L'Express].

Quelles perspectives économiques pour le Royaume-Uni et l'Europe ?

Toutefois, la note délivrée par S&P est considérée comme stable dans la mesure où "il semble peu probable que d'autres pays cherchent à suivre le Royaume-Uni et quittent l'Union", cite encore The Guardian.

Et Le Figaro précise qu'elle reste relativement élevée, ce qui pour l'agence "signifie que (…) les Etats membres vont s'acquitter" de leurs obligations budgétaires envers l'UE. "En 2016, l'Allemagne, la France et l'Angleterre ont contribué respectivement à hauteur de 21%, 16% et 13% au budget total de l'organisation européenne", rappelle le journal.

Pour le Fonds monétaire international cependant, le résultat du référendum a accentué la fragilité économique de l'Europe. Selon le porte-parole de l'institution financière cité par Challenges, Gerry Rice, l'incertitude quant au moment précis où Londres activera la clause de sortie de l'UE risque de "saper la croissance à court terme, particulièrement au Royaume-Uni", mais également d'avoir des "répercussions pour l'Europe et l'économie mondiale", alors que la croissance du globe est déjà au ralenti. Cette incertitude constituerait ainsi le "principal risque" qui pèse sur l'économie mondiale.

Pourtant, se félicite The Telegraph, "en dépit du Brexit et de la menace d'autres dégradations de la note britannique par les agences de notation, le gouvernement britannique peut toujours emprunter à des taux historiquement bas". Partisan de la sortie de l'UE, le quotidien britannique en profite pour tacler la stratégie du ministre de l'Economie George Osborne : ce dernier avait prédit un budget austéritaire si les électeurs "osaient voter pour sortir". Or "si respecter [ce plan] signifie augmenter les impôts, alors l'entreprise sera abandonnée", a annoncé hier Theresa May, l'une des candidate pour la succession de David Cameron.

Par ailleurs, la Bourse de Londres est désormais "en très forte hausse", relate Le Monde, tandis que les bourses européennes "ont terminé en hausse pour la troisième séance d’affilée, après avoir vécu des jours mouvementés à la suite du résultat du référendum britannique".

Le journal précise toutefois que cette respiration des marchés européens est liée aux annonces de la Banque d'Angleterre, qui a déclaré être "prête à injecter 250 milliards de livres de fonds additionnels à travers ses outils monétaires existants". A plus long terme, l'institution craint que "l'incertitude sur le rythme, la profondeur et l’échelle des changements [découlant de la sortie de l’UE] pèse sur nos perspectives économiques pendant un certain temps" [Le Monde].

La City trop confiante ?

"Incertitude" : le terme n'a jamais autant été prononcé que ces derniers jours. En l'occurrence, "personne ne sait exactement quelles relations Londres va vouloir mettre en place avec Bruxelles : modèle suisse, canadien, turc, albanais ? Face à ce vide, la City veut saisir sa chance. Objectif : conserver le statu quo" et "les avantages de l’UE, malgré le vote" [Le Monde].

Or "c’est un des nombreux - et non des moindres -, bras de fer à venir entre Londres et les Vingt-Sept", souligne Libération. Car hors de l’UE, le Royaume-Uni risque de ne plus avoir le bénéfice du passeport européen, qui permet de vendre des produits financiers fabriqués au Royaume-Uni à travers l’UE. Et sans ce sésame, "les banques et autres institutions financières n’auront d’autre choix que de se délocaliser sur le continent. Une menace pour certains établissements financiers britanniques, français, néerlandais, allemands, etc., installés en plein cœur de la City… Mais pas seulement". Une éventualité qui signerait ainsi "la fin de l’hégémonie financière de Londres", ces entreprises devant dès lors réfléchir à une nouvelle base européenne" [Libération].

Ce dont les autres pays comptent évidemment profiter. Dans un article intitulé "Le Brexit et la City : l'Europe prépare un braquage de banque", The Financial Times relate la réunion de hauts responsables à Paris pour préparer le "casse" en cas de Brexit. Ainsi, des villes comme Francfort, Dublin, Luxembourg ou Varsovie se joignent à Paris pour "attirer les banques et les assurances".

A moins que, comme le juge possible l'ancien gendarme financier britannique Lord Adair Turner, interviewé par Le Monde, la prochaine grande place financière européenne ne devienne à nouveau Edimbourg ?

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