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Un jour ordinaire dans l'Union européenne post-Brexit

Revue de presse 05.07.2016

On l'aura compris, la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne par référendum il y a presque deux semaines aura chamboulé tout un continent. En plus du feuilleton quotidien offert par la classe politique, prise entre démissions en cascade et course au leadership, une multitude d'évènements politiques à l'échelle européenne semble directement liée au phénomène Brexit. Passage en revue d'une UE désorientée qui cherche à reprendre la main.

Brexit UE

La classe politique britannique doit se renouveler à marche forcée

La succession de défections dans le camp pro-Brexit outre-Manche a de quoi surprendre. Après un résultat qui les a confortés dans leurs convictions, on attendait les politiques du camp "leave" en première ligne pour briguer les postes importants du pouvoir. Or comme le rapporte L'Obs, "après Boris Johnson qui a jeté l'éponge dans la course à la succession de David Cameron, c'est au tour de Nigel Farage d'annoncer qu'il démissionne de la tête de son parti l'UKIP".

Ce sont donc les deux personnalités incarnant le combat pour la sortie de l'Union européenne qui ont quitté le navire ces derniers jours. Si le départ de l'ex-maire de Londres est sans doute lié à la trahison de son ancien allié Michael Gove, ministre britannique de la Justice, qui s'est présenté à la dernière minute face à lui dans la course au leadership des Tories, l'explication donnée par M. Farage est bien plus simple.

"Mon objectif de sortir de l'UE est atteint, j'ai accompli ma mission" a-t-il annoncé. "Pendant la campagne du référendum, j'ai déclaré que je voulais récupérer mon pays. Maintenant, je dis que je veux récupérer ma vie".

Une décision qui peut paraître au mieux prématurée - le Royaume-Uni n'ayant même pas déclenché la procédure officielle pour quitter l'UE – au pire d'une "incommensurable irresponsabilité", estime Le Monde. Le journal rappelle que c'est M. Farage qui, "en menaçant de débaucher les députés conservateurs europhobes, a conduit David Cameron à promettre un référendum, puis à le perdre en menant compagne contre lui".

L'avenir de son parti, l'UKIP, est plus que jamais incertain. Si lui affirme que le mouvement pourrait vivre "ses meilleurs jours" en cas de reculade du prochain gouvernement sur les négociations liées au Brexit, difficile d'imaginer un éventuel succès électoral sans figure charismatique. Or c'est ce qui manque au UKIP, alors même que les rares personnalités connues dans le parti sont hors course. Douglas Carswell, unique député du parti, qui entretient des relations glaciales avec Nigel Farage, a estimé que ses chances de remplacer son rival oscillaient "entre nulles et zéros" [Le Monde].

De son côté, le Parti conservateur s'attèle désormais à se trouver un nouveau dirigeant après le départ de David Cameron. Tous les candidats sont désormais connus, et la ministre de l'Intérieur Theresa May – que Die Welt compare déjà à Angela Merkel – a déjà obtenu le plus de soutiens parmi les députés tories qui devront décider des deux finalistes soumis au vote des adhérents jusqu'en septembre. Sa prestation devant les élus du parti hier a été qualifiée de "grande classe" par certains députés présents, alors que sa principale rivale Andrea Leadsom a été vue comme "tout sauf impressionnante" [BBC]. Michael Gove souffre quant à lui de l'image de traître qui lui colle à la peau, l'ancien directeur de campagne de Boris Johnson l'accusant d'avoir "un besoin émotionnel de faire des commérages, particulièrement lorsqu'il boit un verre, ce qui semble lui arriver trop souvent" [The Guardian].

Dans le camp d'en face, chez les travaillistes, on est au bord de l'implosion. The Financial Times élabore même un scénario sur un possible nouveau parti de centre-gauche si Jeremy Corbyn s'accroche encore à son poste de dirigeant. "Les quelque 170 députés qui ont répudié leur leader la semaine dernière devraient démissionner du groupe travailliste et siéger dans un nouveau parti du centre-gauche pro-européen, sous une direction de leur choix. En tant que groupe politique non gouvernemental le plus important à la Chambre des communes, ils deviendraient la nouvelle Opposition officielle". Ce nouveau parti serait amené à rallier les électeurs pro-européens déçus du référendum, et pourquoi pas tendre la main aux libéraux-démocrates, en difficulté depuis leur participation au premier gouvernement Cameron de 2010 à 2015.

Le Brexit refroidit les Danois et inquiète les Balkans

C'était la crainte majeure des institutions européennes, un effet domino du référendum sur le reste du continent, chaque pays souhaitant s'exprimer sur son avenir au sein de l'UE. Et parmi les candidats potentiels à un "exit", le Danemark était régulièrement cité comme le premier sur la liste. Le pays est en effet gouverné "par une coalition dont fait partie le Danske Folkeparti (Parti du Peuple) ouvertement eurosceptique et populiste", et L'Obs rappelle qu'il "bénéficie d'exemptions en matière de justice et d'affaires intérieures tout comme le Royaume-Uni, et n'a pas voulu de l'euro".

Pourtant, il semblerait que les premiers effets de l'annonce d'un Brexit sur l'économie britannique aient refroidi les Danois dans leur volonté d'indépendance. L'institut Voxmeter a ainsi publié les résultats de deux sondages, l'un publié avant le résultat du référendum, l'autre quelques jours après. "Alors que dans le premier, 40,7% des Danois se disaient en faveur d'une sortie de l'UE, ils ne sont plus que 32% après coup". Désormais, ils seraient 69% à souhaiter rester dans l'Union européenne, explique L'Obs.

Dans les Balkans aussi, le résultat du référendum a refroidi l'ambiance. Mais cette fois-ci, ce sont les espoirs de six pays balkaniques d'entrer rapidement dans l'UE qui ont été douchés, comme l'explique Le Figaro. Hasard du calendrier, Paris accueillait hier un mini-sommet des Balkans occidentaux.

Une rencontre qui s'inscrivait dans le cadre du "processus de Berlin", élaboré en 2014 lorsque "l'Allemagne, la France, l'Autriche et l'Italie ont tenté de relancer l'élargissement de l'UE". Si déjà la déclaration du nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en octobre 2014, annonçant un arrêt des élargissements sous sa mandature, avait inquiété les Balkans, le Brexit a anéanti leurs espoirs d'une entrée à court terme. "C'est un peu surréaliste de vouloir relancer l'élargissement alors que l'Europe est en phase de rétrécissement" explique le directeur du Courrier des Balkans, cité par Le Figaro.

Les Balkans sont donc même devenus un caillou dans la chaussure européenne. "Les opinions publiques ne veulent pas entendre parler d'élargissement" rappelle Le Figaro. Ça n'a échappé ni à François Hollande, ni à Angela Merkel, qui remettent tous les deux leurs mandats en jeu en 2017. L'UE ne compte sur les pays de la région que pour stopper les flux de migrants à sa frontière, et vient d'ailleurs de refermer deux chapitres dans la procédure d'adhésion de la Serbie, alors même qu'elle vient d'en ouvrir pour la Turquie.

Wolfgang Schaüble, ministre des Finances allemand, a été clair sur la question : "en principe je suis favorable à plus d'intégration en Europe, mais ce n'est pas le moment, face à une démagogie et à un euroscepticisme de plus en plus répandus" [RTL.be].

Dans ce contexte, "il paraît peu probable que les Serbes puissent intégrer l'UE en 2019" estime El Pais.

En Allemagne, Merkel ne veut plus de Juncker, la coalition se divise

La Tribune s'intéresse aussi à la situation outre-Rhin, où la chancelière commence à perdre patience face à un président de la Commission européenne de plus en plus indépendant. Alors que c'est elle qui est parvenue à imposer Jean-Claude Juncker comme tête de liste du PPE en 2014, le torchon brûle désormais entre les deux personnalités. Dans le Sunday Times, des indiscrétions d'un ministre allemand nous apprennent qu'Angela Merkel considère que "Jean-Claude Juncker a encore et encore agi contre l'intérêt commun", qu'il est "une partie du problème de l'UE " et que "la pression pour qu'il démissionne va devenir plus grande". "La chancelière devra finalement s'occuper de cela l'an prochain" en conclut le ministre. La CDU, le parti de Mme Merkel, a bien entendu démenti ce discours depuis, mais les faits sont là.

L'ancien Premier ministre luxembourgeois accumule en effet les prises de position qui agacent non seulement Berlin mais également la plupart des dirigeants européens. A chaque fois qu'il se prononce sur un référendum, que ça soit en Grèce sur la sortie de la zone euro, aux Pays-Bas sur l'accord UE-Ukraine ou au Royaume-Uni en faveur du maintien dans l'UE, son avis est contredit par les électeurs. "A cela s'ajoute un comportement fantasque et des discours parfois étonnants, comme lorsque, le 28 juin, devant le Parlement, il interpelle Nigel Farage, élu eurosceptique britannique, d'un 'que faites-vous là ?' avant d'évoquer des discussions avec les 'dirigeants d'autres planètes '". En résumé, pour La Tribune, "au lendemain de la plus forte défaite de l'UE depuis 2005, Juncker se trouve naturellement affaibli. Il est le parfait bouc émissaire parce qu'il a tout fait pour l'être".

En matière de politique intérieure, Angela Merkel doit en outre faire face à la gronde chez son partenaire de coalition, le SPD (Parti social-démocrate). A la suite du Brexit, le parti attaque l'austérité menée par le ministre des Finances Wolfgang Schaüble. En revanche "pour la CDU d'Angela Merkel, il est clair que les appels du SPD à plus d'investissements dans l'UE sont exactement la mauvaise réponse au Brexit" estime Der Spiegel. Il sera difficile pour la chancelière de maintenir une ligne dure dans ce domaine, alors même que François Hollande et Matteo Renzi soutiennent un effet de levier sur la croissance. Ainsi, "à un peu plus d'un an des élections législatives, le Brexit est aussi devenu un enjeu politique interne et le sujet lui permet de se rabibocher en partie avec l'aile droite de sa famille politique, la CSU, qui l'a beaucoup critiquée pour son ouverture aux réfugiés", explique RTL.be.

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