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Turquie : regain des tensions avec l'UE

Revue de presse 05.09.2017

Lors d'un débat télévisé avec son adversaire Martin Schulz (SPD) dimanche 3 septembre, Angela Merkel (CDU) a déclaré vouloir mettre un terme aux négociations d'adhésion à l'Union européenne de la Turquie. Une annonce prompte à raviver des tensions déjà présentes entre la Turquie et l'Union européenne depuis juillet 2016, à la suite du putsch manqué et du durcissement du régime du président turc Recep Tayyip Erdogan. 

Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie

Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie

Tensions accrues avec l'Allemagne

"Rien ne va plus entre Ankara et Berlin", annonce Le Monde. La chancelière allemande a en effet asséné qu'"il est clair que la Turquie ne doit pas devenir un membre de l’Union européenne", lors du seul débat télévisé avec son adversaire Martin Schulz aux élections générales [Ouest France].

"Signe qu'il ne s'agit pas – seulement - d'un argument de campagne", estiment Les Echos, "la chancelière a ajouté qu'elle rechercherait une 'position commune' dans ce sens avec ses collègues européens après les élections de septembre."

De fait, "les relations entre Berlin et Ankara se sont considérablement délitées depuis le coup d’Etat manqué" [Le Monde]. Le président turc Recep Tayyip Erdogan accuse notamment l'Allemagne d'accueillir des partisans de l'imam Fethullah Gülen, qu'il considère comme l'instigateur du putsch de juillet 2016. L’Allemagne dénonce elle "depuis des mois les purges effectuées par le pouvoir turc suite au putsch raté et accuse Ankara d’avoir mis en détention 12 citoyens allemands" [Ouest France]. "Lundi, l'un d'eux a été relâché", mais onze autres se trouvent donc toujours écroués "pour des raisons politiques", note Le Figaro.

En réaction aux déclarations d'Angela Merkel lors du débat du 3 septembre, "le porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan [Ibrahim Kalin] a reproché un 'manque de vision' et une 'soumission au populisme' à la chancelière allemande" [Ouest France]. Il écrit en outre qu'"attaquer la Turquie-Erdogan et ignorer les problèmes fondamentaux et urgents de l'Allemagne et de l'Europe reflètent un manque de vision en Europe", et accuse les responsables politiques allemands de "soumission au populisme et à la marginalisation/hostilité (qui) ne fait que nourrir la discrimination et le racisme" [Europe 1].

Durcissement du régime turc

"La propension d’Ankara à mettre sous les verrous les ressortissants étrangers ne concerne pas que l’Allemagne", rappelle Le Monde. Loup Bureau, journaliste français indépendant, est emprisonné depuis la fin du mois de juillet à Sirnak, accusé d'"appartenance à une organisation terroriste", en l'occurrence le PKK kurde, "pour avoir filmé en 2013 un documentaire dans les zones kurdes du nord de la Syrie" [Le Monde].

Au sein même du pays, le régime s'est sérieusement durci. "Les purges drastiques qui ont suivi le coup d’Etat raté en Turquie ont conduit à l’éviction de plus de 100 000 fonctionnaires turcs et à l’arrestation de 50 000 personnes (…). Plus de 160 journalistes critiques du président Recep Tayyip Erdogan ont été écroués, dont Deniz Yücel, le correspondant du quotidien allemand Die Welt", souligne Le Monde.

Lors de sa campagne pour un référendum constitutionnel en vue "d'un régime ultra-présidentiel", le président turc Erdogan n'avait en outre pas retenu ses attaques à l'encontre de l'Allemagne et de l'Union européenne. Il avait notamment dénoncé "'les pratiques nazies des Allemands', furieux que certains de leurs ministres soient interdits de meeting en faveur du 'oui' sur le sol allemand où résident 3 millions de citoyens d'origine turque", rappellent Les Echos.

Vers une fin des négociations ?

Après les propos de la chancelière allemande, la question est de savoir si une rupture des négociations avec la Turquie est bel et bien possible. Pour Asli Aydintasbas, chercheuse au Conseil européen des relations internationales (ECFR), "la fin des discussions entre l’Union européenne et la Turquie est devenue inévitable". Interrogée par La Croix, la chercheuse ajoute : "Il est de plus en plus difficile pour un gouvernement européen de parler de la Turquie comme d’un membre possible du club. En termes polis, plutôt que de parler d’'autoritarisme', l’UE parle de 'recul démocratique'".

En ce qui concerne les négociations officielles d'adhésion, qui ont débuté en 2005, "c'est l'enlisement", estiment Les Echos. "Les négociations sont au point mort, trois chapitres seulement ont été ouverts depuis 2012 et la semaine dernière, Angela Merkel a refusé de négocier l'élargissement de l'accord d'Union douanière entre l'Europe et la Turquie", jugeant le moment peu favorable, explique Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble, interrogé par le journal.

"Au jeu de la surenchère, Ankara risque de perdre", prévient Le Figaro. En effet, "le support de l'Union européenne à la Turquie n'est pas 'illimité et inconditionnel'", a souligné le porte parole de la Commission européenne [RTBF]. Déclarant que la Turquie s'éloignait "à pas de géants" de l'adhésion à l'UE, le président de la Commission européenne Jean Claude Juncker soupçonne également "le président turc Recep Tayyip Erdogan de vouloir pousser l'Europe 'à dire qu'elle veut mettre un terme aux négociations pour pouvoir charger de la responsabilité la seule Union européenne et non pas la Turquie'" [RTBF].

Mais "les deux camps, qui veillent à leurs intérêts, savent qu'une brutale déclaration de rupture des négociations pourrait avoir de graves conséquences dans la région", rappellent Les Echos. D'un côté, "la Turquie, relais de l'Otan au Moyen-Orient, serait humiliée et fragilisée" et ne pourrait plus compter sur les fonds européens. De l'autre, les Européens mettraient en péril leur accord avec la Turquie sur les migrants [Les Echos].  

Ainsi, "la question de l'adhésion de la Turquie 'pourrait être évoquée' lors du prochain sommet européen en octobre", a annoncé le porte-parole d'Angela Merkel lundi 4 septembre. "Nous continuerons les échanges", a quant à elle commenté avec prudence la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, citée par Le Figaro. Jean Claude Juncker devrait également profiter de son discours sur l'état de l'Union le 13 septembre pour aborder le sujet [RTBF].