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Turquie : le double attentat d'Ankara reste non revendiqué

Revue de presse 12.10.2015

Samedi matin, la Turquie a connu l'attentat le plus meurtrier de son histoire lors d'une manifestation pour la paix se déroulant dans sa capitale, Ankara. Organisée par le mouvement prokurde HDP, ce rassemblement avait pour objectif d'obtenir un cessez-le-feu dans le sud-est du pays. L'attentat reste non-revendiqué, la recherche de ses instigateurs et l'approche des prochaines élections législatives placent les fortes tensions qui déchirent le pays sous les feux des projecteurs.

Ankara - 10 octobre 2015

Le bilan des morts et des blessés n'est pas encore définitivement établi. Libération indique que "le bilan officiel du ministère de l’Intérieur est toujours de 96 morts et 264 blessés, mais la cellule de crise du HDP [Parti démocratique des peuples, mouvement prokurde] et l’Union des médecins de Turquie ont compté 128 décès et 552 blessés".

Le double attentat n'est pas encore revendiqué, "le Premier ministre Ahmet Davutoglu a cité, samedi 10 octobre au soir, les trois pistes à suivre : les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), l’organisation Etat islamique (EI) et le Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C, extrême gauche)" rapporte Le Monde.

Pour l'Express, "l'hypothèse gouvernementale d'une responsabilité du PKK dans le double attentat est très discutable, dans la mesure où les manifestants de samedi, coordonnés par le parti HDP, étaient majoritairement acquis à la cause kurde". L'Humanité prend un également un certain recul face au gouvernement qui accuse les "Kurdes d’être les auteurs de l’attentat contre eux-mêmes".

L'Obs détaille le modus operandi du DHKP-C, autre piste évoquée par le gouvernement, ce parti "d'inspiration marxiste" qui "a commis de nombreux attentats en Turquie depuis les années 1970".
Cependant, "le DHKP-C a toujours visé en priorité des symboles du capitalisme ou de l'Etat turcs, […] il n'a jamais visé de foules".

C'est également l'Obs qui précise qu'en plus des trois suspects principaux,  le HDP "en a ajouté un quatrième : le gouvernement lui-même". Ce rejet de responsabilité sur le gouvernement en place se retrouve dans l'éditorial de Patrick Apel-Muller pour l'Humanité. Le directeur de la rédaction évoque "des attentats que la police n’a pas cherché à empêcher". Selon lui, "le président turc a choisi de mener campagne dans le sang", il est "l’homme qui a aidé le prétendu 'État islamique' à prendre pied en Syrie".       
Le Figaro rapporte les propos du Pr. Fabrice Balance : "l'attentat d'Ankara pose le problème d'éventuelles complicités au sein de l'Etat turc".

Parmi les suspects éventuels, l'Etat islamique est depuis ce matin en tête de liste pour Ankara. Le 20 juillet dernier, "un attentat suicide avait fait au moins 30 morts à Suruç, et été attribué à l'organisation terroriste" rappelle l'Express. Pour Le Monde, "depuis que le président Recep Tayyip Erdogan a prêté ses bases aux avions américains et que l’aviation turque a rejoint la coalition anti EI, des émirs du 'Califat' n’ont eu de cesse de proférer des menaces envers Ankara". De plus, "les explosifs seraient du même type que ceux utilisés lors de l’attentat suicide de Suruc".

En attendant que les recherches progressent, la communauté internationale s'émeut, des manifestations en hommage aux victimes ont eu lieu à Ankara et dans les capitales européennes, informées des évènements malgré la censure des médias et la restriction des réseaux sociaux depuis samedi [Slate]. Le président Erdogan a reçu le soutien de Barack Obama, François Hollande, Angela Merkel et Ban Ki-Moon [La Tribune]. Pour l'instant,  il n'y pas eu de réaction officielle des autorités européennes.

La Croix
rappelle que "'l'Union européenne et la Turquie doivent marcher ensemble', déclarait, lundi dernier, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker". Cependant "la liste des griefs adressés ces dernières années par Bruxelles à Ankara est longue et beaucoup redoutent que la crise des réfugiés ne relègue ces questions au second plan. […] Sans parler du peu d’empressement du régime pour dénoncer et sanctionner les attaques dont le parti kurde HDP a été la cible".

C'est donc dans un climat d'affrontements encore plus nombreux depuis le scrutin de  juin [Le Figaro] que se tiendront les élections législatives prévues pour le 1er novembre.

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