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Turquie : Erdogan "se fiche" de ce que l'UE a à dire

Revue de presse 16.12.2014

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a répondu sèchement à l'Union européenne, inquiète d'atteintes à la liberté de la presse après des arrestations de nombreux journalistes, dimanche dernier. Les journalistes en question seraient des proches de la confrérie Gülen, opposante du pouvoir en place et accusée de terrorisme par ce dernier.

Recep Tayyip Erdogan et Martin Schulz

Le dirigeant turc "s'en est pris de manière particulièrement sévère à l’Union européenne" et "n'a vraiment pas mâché ses mots", affirme RFI. "Ce que Bruxelles en pense", a souligné Recep Tayyip Erdogan, "nous est égal. On s'en fiche", a-t-il ajouté, avant d’appeler l'Union européenne à "garder ses idées pour elle" et à "se mêler de ses propres affaires", rapporte le site de la radio.

L'UE a estimé que l'opération menée par le pouvoir turc était contraire aux valeurs européennes. Pour Martin Schulz, président du Parlement européen, "les problèmes de liberté d’expression et de liberté de la presse n'ont rien de nouveau en Turquie, mais nous sommes extrêmement choqués de voir les raids contre la presse au parc Gezi (…). Nous sommes très inquiets car c’est le signe d’un développement très dangereux sur lequel nous devons garder un œil attentif", rapporte Euronews. Même constat pour La Tribune, qui affirme que le président turc "s'en prend une nouvelle fois aux médias". Le site de l'hebdomadaire ajoute que cet acte "marque une escalade dans l'offensive menée par le président contre cet ancien allié vivant aux États-Unis et avec lequel il est en conflit ouvert depuis plus d'un an".

Pour Les Échos, Erdogan "ne s'est, lui pas embarrassé d'euphémisme" pour répondre à l'UE. Il se justifie "par la nécessité de contrer 'de basses manœuvres' menées par une organisation 'de terroristes et de traîtres', en allusion à la confrérie Gülen". Celle-ci était très présente dans la justice et la police, mais le président turc "a fait limoger des milliers de juges, policiers et procureurs, au motif que les enquêtes pour corruption lancées contre son premier cercle de collaborateurs, y compris son fils, participaient d'un 'complot contre l'Etat'", explique le site du quotidien.

L’opération, qui a mobilisé plusieurs milliers de policiers à l’échelle du pays, pourrait s’étendre dans les jours à venir. Elle vise en particulier les partisans de l’imam Fethullah Gülen. Exilé aux Etats-Unis depuis 1999, cet ancien allié du président Recep Tayyip Erdogan est devenu par la suite son adversaire. L’homme fort d’Ankara tente désormais de le réduire au silence. Ce coup de force contre la mouvance güleniste intervient à quelques jours du premier anniversaire du plus grand scandale de corruption éclaboussant le régime de M. Erdogan [Le Monde].

Les Échos ont publié une interview de Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie à l'Institut français des relations internationales (IFRI). Elle y explique que "nous sommes dans un contexte très opaque, avec deux adversaires, le régime turc et la confrérie Gülen, s'accusant mutuellement de terrorisme et de totalitarisme", mais qu'"on a plutôt l'impression d'un président qui, fort de la confiance populaire, se lance dans une procédure abusive pour abattre un ennemi". Elle ajoute que "cela ne fait pas du bien à la candidature [à l’Union européenne], c'est sûr". Critique envers la vision du président turc, elle affirme qu'il "ne semble pas avoir compris que l'Union européenne n'est pas seulement une union douanière, dont Ankara est d'ailleurs déjà membre, mais une union politique, où chacun est libre de débattre. Erdogan a un vrai problème avec la liberté d'expression et pour accepter les critiques".

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