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Turquie : Erdogan accuse les Pays-Bas "d'entretenir les vestiges du nazisme"

Revue de presse 13.03.2017

A cinq semaines du référendum sur le renforcement des pouvoirs du président turc Recep Tayyip Erdogan, le torchon brûle entre plusieurs capitales européennes et Ankara. Après l'Allemagne, c'est au tour des Pays-Bas et de la Suisse de refuser, pour des raisons de sécurité, la tenue sur leur territoire de meetings en faveur de cette réforme constitutionnelle. Seule la France a autorisé dimanche le ministre des Affaires étrangères turc à participer à un meeting de campagne. Une décision qui a suscité de vives réactions dans la classe politique française, à quelques semaines des élections présidentielles.

Recep Tayyip Erdogan

La Haye menacée par la Turquie "de payer le prix"

"Cela devait être une opération séduction", rappelle Le Parisien. La venue de ministres turcs à des meetings en Europe visait initialement à promouvoir, auprès de plusieurs millions d'électeurs issus de la diaspora, le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan prévu par le référendum du 16 avril, explique le journal. C'est cependant sur une crise diplomatique que cette initiative a débouché. "Comme l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche avaient à leur tour interdit vendredi la tenue sur leur sol de meetings électoraux en présence de membres du parti AKP au pouvoir en Turquie, arguant de risques de troubles à l’ordre public, et alors qu’une visite de M. Cavusoglu était en théorie prévue dimanche à Zurich", explique Libération.

C'était ce week-end au tour des Néerlandais de refuser, "pour des raisons d'ordre public", la venue aux Pays-Bas du ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu [RFI]. "Samedi matin, les autorités néerlandaises interdisaient à l'avion de Mevlüt Cavusoglu de se poser sur leur sol. Dimanche, elles expulsaient la ministre turque de la famille, en visite à Rotterdam", précise Le Temps.

Une décision perçue comme "un affront" par Ankara, qui a mobilisé au-delà "des frontières de la diplomatie" [La Croix]. Dans la soirée de samedi, un millier de personnes munies de drapeaux turcs ont affronté la police néerlandaise aux abords du consulat turc de la Haye. A Ankara, des manifestants se sont eux aussi mobilisés, à l'image de Sule, jeune Stambouliote interrogé par Libération : "On est venu pour soutenir nos ministres, notre président, contre ceux qui veulent nuire à notre pays. Et je veux dire ce soir aux Pays-Bas qu’ils n’ont pas à se mêler de nos affaires !".

La Turquie dans une posture victimaire

La Turquie tente-t-elle de "profiter de l’interdiction en Europe de ces meetings antidémocratiques pour prendre une position victimaire auprès des électeurs de la diaspora" ? C'est la question posée par France culture. En effet, les dirigeants turcs s'estiment "dans leur bon droit lorsqu’ils insistent pour s’adresser aux quelque trois millions d’électeurs de l’étranger dans les pays où ils se trouvent", et anticipent l'impact en faveur du "oui" que vont jouer des "interdictions et les annulations qui sont impopulaires chez les Turcs" [RFI].

Erdogan s'est d'ailleurs empressé, comme il l'avait fait avec l'Allemagne, d'accuser la Haye "d'entretenir des vestiges du nazisme" [Europe 1]. Le Premier ministre turc Binali Yildirim a quant à lui dénoncé "les prétendus amis européens qui se gargarisent des droits de l’homme (…) et qui ont échoué à nouveau dans l’épreuve de la démocratie" [La Croix]. Une posture reprise dans la presse turque pour dénoncer quasi unanimement La Haye et les Européens : "Pas moins de huit journaux reprennent en Une cette menace de Tayyip Erdogan : 'Ils en paieront le prix'", souligne RFI.

Les contradictions européennes et la campagne présidentielle française

Contrairement à ses homologues européens, la France a autorisé dimanche 12 avril le ministre turc des Affaires étrangères à participer à un meeting dans la ville de Metz. Une décision prise par le ministère des Affaires étrangères français "au nom du régime de la liberté de réunion", saluée par le président Erdogan. "Je remercie la France de ne pas avoir pris part à ce jeu", a-t-il déclaré [Libération].

Face à ce nouveau manque d'unité de la part des dirigeants européens, le directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) Didier Billion, interrogé par RFI, constate que les Européens sont une nouvelle fois mis "face à leur propres contradictions (…). Certains sont plutôt favorables à une perspective -probablement très lointaine- de l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, alors que d’autres sont radicalement contre. Et le prix de nos tergiversations, on les paie aujourd’hui au prix fort, c’est-à-dire qu’on n’est pas capables d’avoir une position unie sur notre relation avec la Turquie". 

La position singulière de la France sur le dossier turc n'a pas manqué de donner lieu à des "passes d'armes entre responsables politiques français" ce dimanche [Le Parisien]. Le candidat LR à la présidentielle François Fillon accuse notamment François Hollande "d'avoir rompu avec la solidarité européenne" [Le Figaro]. Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle de Debout la France, a lui estimé que "les autorités françaises ont choisi, une nouvelle fois, le déshonneur" [Le Parisien]. Le parti Europe Ecologie les Verts a quant à lui affirmé que "la responsabilité de la France et de l'Union européenne devrait être de soutenir les mouvements progressistes et de dénoncer sans cesse la dérive autoritaire du régime, et ce malgré la campagne lancée par le gouvernement turc au-delà de ses frontières et partout où vit la communauté turque en Europe" [Le Figaro].