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Triche aux tests de pollution : Volkswagen en danger, les Etats européens complaisants ?

Revue de presse 25.09.2015

Volkswagen est dans la tourmente. Coupable d'avoir équipé 11 millions de véhicules d'un logiciel de trucage pour passer les tests de pollution sans encombre aux Etats-Unis, le constructeur allemand risque des milliards de dollars d'amende et voit son image de marque exploser. En Europe, l'Allemagne et la France ont annoncé des tests aléatoires sur tous les modèles existants et militent en faveur de normes plus contraignantes. Tout en étant soupçonnés de protéger leurs constructeurs au niveau européen.

Gaz polluants s'échappant de véhicules

"Volkswagen a dupé l'Europe", titre Die Zeit, hebdomadaire allemand de centre-gauche. En Allemagne, le scandale Volkswagen n'en finit pas de faire des vagues et c'est toute l'industrie automobile qui tremble. Cette dernière, comme le rappelle Euronews, représente 14% du PIB du pays. Sévèrement écornée, l'image de marque de l'automobile allemande pourrait avoir d'importantes difficultés à se restaurer.

"Dans l’histoire automobile, c’est quand même assez rare que des affaires prennent une telle ampleur", explique Pascal Pennec, rédacteur en chef d'Auto Plus, interrogé par Euronews. "Si l’on voit bien l’image de sérieux, de compétence, de fiabilité, de solidité qui s’attachait à la marque,  on mesure mieux ce que Volkswagen 'das Auto', vient de perdre à cause de cette tricherie, au-delà des effets sur sa trésorerie", précise également La Croix.

Au total, 11 millions de véhicules auraient été équipés de logiciels de trucage pour blouser les tests américains de pollution. Conséquence directe des révélations : l'action de Volkswagen a dévissé de 35% en bourse, lundi et mardi. Une hémorragie seulement stoppée par la démission de Martin Winterkorn, patron de la firme de Wolfsburg. Il pourrait être remplacé par Matthias Müller, actuel dirigeant de Porsche, profitant néanmoins d'indemnités de départ exorbitantes, comprises entre 28,5 et 60 millions d'euros, relate Le Monde. Une somme qui pourrait toutefois être revue à la baisse si sa responsabilité est directement engagée dans le scandale, précise le quotidien.

En réaction, le gouvernement allemand, par l'intermédiaire du ministre des Transports, Alexander Dobrindt, a officiellement reconnu la faute de l'un des principaux fleurons de l'industrie du pays. Et dans le même temps, Ségolène Royal, ministre française de l'Environnement, a annoncé que des "tests aléatoires", portant une centaine de modèles tirés au sort allaient être conduits [Le Monde/AFP]. L'ancienne candidate à l'élection présidentielle, rapporte l'Expansion, entend répondre "aux interrogations des consommateurs sur la crédibilité des produits qu'ils achètent".

Dans l'œil du cyclone également, les normes européennes en matière de tests de pollution, qui datent de 1970, comme le rappelle Le Point. Ces dernières sont "de l'avis même des constructeurs, dépassées". En préparation avant même le scandale Volkswagen, une mise à jour des normes doit entre en vigueur au cours des prochains mois. Pour l'heure, comme le révèle l'Expansion dans le même article, les véhicules testés émettraient 38% d'émissions de gaz polluants en plus sur route que lors des tests en laboratoire.

Or l'obsolescence des normes européennes et le manque d'entrain des gouvernements pour les moderniser seraient tout sauf fortuit, annonce The Guardian, quotidien britannique. Selon les informations du journal, l'Allemagne, la France – où l'industrie automobile est également très importante – et le Royaume-Uni auraient "fait pression sur la Commission européenne" pour maintenir des exigences faibles sur les constructeurs.

Si ces révélations s'avéraient exactes, il s'agirait, pour Greg Archer, responsable de l'ONG Transport & Environment, cité par Slate, d'un véritable scandale dans le scandale. "Il est inacceptable que des gouvernements qui demandent, à juste titre, une enquête européenne sur le trucage par Volkswagen des tests de pollution de l'air fassent dans le même temps pression, en coulisses, pour maintenir le trucage des tests d'émissions de CO2", a-t-il déclaré.

L'onde de choc de l'affaire Volkswagen n'est donc peut-être pas terminée. Ségolène Royal, interrogée sur les révélations du Guardian, a simplement promis de "se pencher sur le sujet".

Le refus des eurodéputés allemands, ces dernières semaines, sur le durcissement des contrôles des émissions polluantes des véhicules, soutient EurActiv, vient déjà soutenir la crédibilité des informations du quotidien britannique. "Certains députés allemands se sont fortement opposé à cette nouvelle mesure. On avait vraiment l'impression d'avoir des relais de Volkswagen avec nous", témoigne ainsi Christine Revault d'Allones Bonnefoy, élue socialiste siégeant à la commission des transports du Parlement européen.

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