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Terrorisme : le ministre belge de l'Intérieur sous le feu des critiques

Revue de presse 29.03.2016

On pensait le ministre de l'Intérieur belge confirmé à son poste la semaine dernière après que sa démission ait été refusée par le Premier ministre Charles Michel, mais les évènements du week-end mettent à mal la crédibilité de Jan Jambon en tant que chargé de la sécurité nationale. L'irruption de hooligans sur la place de la Bourse à Bruxelles en pleine période de recueillement a en effet choqué l'opinion publique et la classe politique belge. Les critiques sur sa gestion des suites de l'attentat du 22 mars dernier se multiplient.

Bourse bruxelles

Le mémorial place de la Bourse envahi par les hooligans

"Ils étaient entre 350 et 500 selon les sources. Tout de noir vêtus, parfois encagoulés, bouteilles de bière à la main, salut fasciste pour certains. Des hooligans venus de plusieurs clubs de foot de Belgique ont pris possession de la place de la Bourse à Bruxelles dimanche aux cris de 'On est chez nous !' " raconte France 3. Ce qui choque le public venu rendre hommage aux 35 victimes des attentats du 22 mars, c'est l'apparent laisser-faire des forces de police présentes : "les hooligans […] sont même arrivés sur la place de la Bourse précédés d’une voiture de police, gyrophare allumé, comme une escorte".

Très rapidement, le maire de Bruxelles a réagi. Yvan Mayeur s'est dit "scandalisé de voir que de telles crapules viennent provoquer les habitants sur le lieu d’un hommage". Il n'a pas mâché ses mots concernant Jan Jambon qu'il juge entièrement responsable de ces débordements. La police des chemins de fers, sous son contrôle, "aurait dû empêcher les supporteurs d’embarquer dans des trains à destination de Bruxelles" [Le Monde]. Une affirmation que le président du syndicat de police SLFP Vincent Gilles interrogé par RTL.be  a reçu avec scepticisme : "C'est à lui de réagir. Lui et lui seul aurait dû donner l'ordre d'interdire à ces personnes de sortir du train !".

Les accusations ont vite pris un tournant politique. Yves Mayeur, membre du Parti socialiste belge, dans l'opposition, a ajouté que M. Jambon était pour lui "très proche politiquement de ces gens-là" [France Info].

La NVA refuse de condamner les incidents, J. Jambon en mauvaise posture

Le ministre de l'Intérieur est membre de la NVA, l'Alliance néo-flamande, un parti nationaliste flamand conservateur qui détient une majorité de sièges à la Chambre des représentants de Belgique depuis les élections de 2014 et fait partie de la coalition gouvernementale.

Un parti qui justement a refusé "de signer un communiqué des partis démocratiques flamands condamnant les incidents de dimanche" indique Le Monde. Le chef du parti et bourgmestre d'Anvers Bart de Wever s'est justifié en déclarant "ne pas [vouloir] donner trop d'importance aux hooligans et parce qu'il n'y a pas eu de condamnation commune des attentats". Pas de réaction non plus de la NVA quand la semaine dernière "un adjoint au maire d’Alost, en Flandre, avait posté sur sa page Facebook une affiche pétainiste agrémentée du slogan 'On les aura !' et invitant à réagir face à 'cette bande de singes à barbe'". L'homme, affilié à la NVA, est un ancien du parti d'extrême droite Vlaams Belang.

Jan Jambon devra aussi s'expliquer sur sa gestion de crise dans les heures qui ont suivi les attaques à l'aéroport de Zaventem et à la station Maelbeek du métro bruxellois. Le Monde rappelle en effet que le ministre "sera très certainement interrogé dans les semaines qui viennent [par une commission parlementaire] sur les décisions qu'il a prises, ou pas prises, après l'attentat". Celui-ci affirme "avoir demandé à 8h50 – vingt et une minutes avant l'explosion à la station de métro Maelbeek – la fermeture des gares et des lignes de métro". Une mesure qu'Infrabel et la STIB, sociétés chargées du réseau de transport de Bruxelles affirment n'avoir jamais reçue de la part du ministre et qu'elles ont décidé d'elles-mêmes.

Après sa demande de démission le 23 mars, refusée par le Premier ministre Charles Michel, des observateurs  l'avaient accusé de faire dans la stratégie, afin de mettre le ministre de la Justice Koen Geens (du parti des Chrétiens démocrate flamand CD&V) en difficulté. "Il n'empêche que le ministre, dont le parti, adepte de 'la loi et l'ordre', découvre la difficulté d'exercer le pouvoir, semble en grande difficulté". Ce Flamand ultra-nationaliste accusé de liens avec l'extrême-droite "ne pourra pas se permettre de nouvelles erreurs" [Le Monde].

Mais Charles Michel n'a pas refusé sa démission pour rien. Comme le souligne le quotidien allemand Tagesspiegel, "le conflit politique met en lumière plusieurs faiblesses du système politique belge. C'est précisément au moment où les partis devraient se coaliser que les lignes de faille apparaissent ". La chute de Jan Jambon entrainerait probablement le démantèlement de la coalition gouvernementale et pourrait faire plonger à nouveau la Belgique dans une énième crise politique qui ferait tâche en pleine période de deuil national.

Par ailleurs, El Mundo indique qu'une manifestation d'extrémistes du mouvement Génération identitaire prévue le 2 avril à Molenbeek sera interdite. Mot d'ordre de cette manifestation : "Expulsons les islamistes !".