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Tafta : après les révélations de Greenpeace, les Américains dénoncent, la France prête à quitter les négociations

Revue de presse 03.05.2016

Les documents dévoilés hier matin par l'ONG Greenpeace ont mis à jour l'état d'avancement des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique (Tafta ou TTIP). Il apparaît dans ces textes la difficulté pour les deux parties à s'entendre sur des points cruciaux du futur accord. Ce matin, le secrétaire d'Etat français au Commerce extérieur n'excluait plus l'arrêt des négociations, alors que les Américains et Bruxelles se disent toujours confiant dans la recherche de compromis.

tafta efa

La France voit aujourd'hui l'arrêt des négociations comme la solution la plus probable

"Le TTIP verra-t-il le jour ?" se demande 20 Minutes. On est en droit de se poser la question aujourd'hui. Si hier les révélations sur les coulisses d'une négociation complexe entre Américains et Européens avaient déjà semé un doute supplémentaire sur un accord, la réaction du gouvernement français par la voix de son secrétaire d'Etat au Commerce extérieur vient sérieusement mettre à mal le peu d'espoir qui restait aux défenseurs du traité.

Interrogé ce matin sur Europe 1, Matthias Fekl n'y est pas allé par quatre chemins : selon lui, "l'arrêt des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique" est aujourd'hui "l'option la plus probable", en raison de "l'état d'esprit des Etats-Unis" rapporte Le Point.  

"Je dénonce depuis un an l'attitude (des Etats-Unis)", a-t-il insisté. "Nous voulons de la réciprocité. L'Europe propose beaucoup et elle reçoit très peu en échange. Ce n'est pas acceptable"

Edward Alden du think-tank américain Council on Foreign Relations a en effet expliqué à l'AFP que "l'élément le plus frappant de ces fuites n'est pas leur contenu précis mais le fait que les deux parties sont encore très éloignées l'une de l'autre dans les négociations et que des questions centrales restent en suspens". En tête de ces différences on trouve les obstacles rencontrés par les entreprises européennes pour accéder aux marchés publics aux Etats-Unis, rappelle El Pais.

M. Fekl a notamment énuméré les points sensibles sur lesquels la France sera intransigeante : "Nous souhaitons que nos PME aient accès au marché américain. Nous souhaitons défendre l'agriculture, les indications géographiques" ainsi que les normes environnementales. "Cela n'aurait aucun sens d'avoir fait la (conférence mondiale sur les changements climatiques, ndlr) Cop 21 en décembre à Paris, ce superbe accord pour l'environnement, et de signer quelques mois après un accord qui viendrait le détricoter".

Bruxelles et Washington minimisent l'impact des révélations

Loin de la virulence du discours français, "Bruxelles et Washington ont très vite tenté de minimiser la portée des documents révélés par Greenpeace" indique Le Point. Pour Cecilia Malmström, la commissaire européenne chargée du commerce, cette fuite n'est qu'une "tempête dans un verre d'eau" et elle a maintenu que "le niveau de protection des consommateurs, de la sécurité alimentaire et de l'environnement ne serait pas altéré" [EU Observer].

Les Etats-Unis dénoncent eux une mauvaise lecture de la part de l'ONG, expliquant que les interprétations de ces documents semblaient être "au mieux trompeuses et au pire totalement erronées". La représentation américaine au Commerce extérieur ajoute que "le TTIP préserva, et n'affaiblira pas, nos solides règles de protection des consommateurs, de la santé et de l'environnement et mettra les Etats-Unis et l'UE en position de promouvoir des règles plus solides à travers le monde" [La Tribune].

Du côté de la Maison Blanche, on continue de croire qu'il est possible de boucler l'accord avant la fin 2016. John Kirby, porte-parole du département d'Etat (le ministère des Affaires étrangères américain) a reconnu qu'il y avait du "scepticisme" des deux côtés de l'Atlantique mais il a affirmé que "la mondialisation était une réalité" [La Tribune].

"Le temps est toutefois compté", rappelle Le Point. Le successeur de Barack Obama pourrait notamment être "moins enclin à promouvoir le libre-échange, devenu un véritable épouvantail politique aux États-Unis". Et le pays n'est pas le seul à attendre des élections prochainement. En 2017, la France et l'Allemagne organisent tous les deux des scrutins majeurs. François Hollande et Angela Merkel voudront d'abord se concentrer sur leurs campagnes respectives avant de reprendre d'éventuelles difficiles négociations avec les Américains.

Les populations des deux pays sont d'ailleurs parmi les plus sceptiques sur cet accord. François Hollande et Manuel Valls ont durci le ton et "promis de s'opposer à un accord en l'absence de garanties sur l'environnement ou l'agriculture", tandis que Berlin a prédit un "échec" des négociations sans plus de concessions de la part des Etats-Unis [Le Point].

Jorgo Riss, directeur de Greenpeace à Bruxelles, maintient sa position : "les négociations doivent cesser parce que les négociateurs actuels n'agissent pas dans l'intérêt public". Dans une tribune accordée au journal britannique The Independent, John Hillary, directeur de l'association War on Want, fait un parallèle entre le manque d'informations diffusées autour du TTIP et le débat sur le Brexit. "Le mépris affiché par les négociateurs de TTIP vis-à-vis de la population de l'Europe est le plus puissant rappel du déficit démocratique des institutions européennes" dénonce –t-il, avant d'ajouter que "la fuite aujourd'hui du texte sur le TTIP impose aux dirigeants de l'Union européenne un choix. Soit ils abandonnent les négociations sur le TTIP immédiatement, soit ils risquent de voir l'ensemble du projet européen s'écrouler. Ils ont jusqu'au 23 Juin [date du référendum sur le Brexit] pour décider".