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Syrie : les Occidentaux se disent prêts à riposter

Revue de presse 13.04.2018

Samedi 7 avril, une attaque à l'arme chimique contre des civils aurait eu lieu dans la ville de Douma en Syrie. Une ligne rouge franchie que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ne veulent pas laisser impunie. Ils accusent le régime de Bachar Al-Assad, soutenu par la Russie, de cette violation flagrante du droit international.

Emmanuel Macron, Theresa May, Donald Trump

Le président français Emmanuel Macron, la Première ministre britannique Theresa May et le président des États-Unis Donald Trump - Crédits : E. Macron : kremlin.ru / CC BY 4.0 - D. Trump : MichaelVadon / CC BY-SA 4.0

Dépassement des lignes rouges

A ce stade, "il n’est pas possible de recueillir les preuves matérielles de manière indépendante" que le régime syrien est à l'origine de l'attaque, rappelle Allan Kaval, journaliste pour le Monde. "Il faudrait pouvoir effectuer des prélèvements sur le site de l’attaque et sur les corps. Or la zone est à présent sous contrôle russe", ajoute-il. Malgré ce manque de preuves le président Emmanuel Macron estime qu'il n'y "a guère d'autre issue". "Il s'en tient [donc] à l'énoncé de ses lignes rouges sur la Syrie", rapporte L'Express. Les Echos ajoutent : "il s'agirait d'empêcher le régime syrien de 'se croire tout permis' et de lui 'enlever les moyens d'action chimique'" en ripostant.

Le journaliste Jean-Dominique Merchet, dans l'Opinion, dresse un constat amer de la situation : "Qu'est ce qui est le plus intolérable ? Voir un Syrien déchiqueté par un obus d'artillerie ? (…) L'imaginer succomber sous la torture dans une prison ? Ou le découvrir, suffoquant après une attaque chimique ? Pour les Occidentaux c'est clair : seule la dernière éventualité justifie une riposte militaire". Selon lui, si les Occidentaux frappent la Syrie c'est "uniquement parce [qu'elle] utilise des armes chimiques (…) et que ces armes nous préoccupent bien plus" que les autres, "qui ont causé beaucoup plus de morts. Parce que le chimique nous menace- nous. (…) Avec le chimique, les Occidentaux se sentent eux-mêmes défiés. Ils redoutent la banalisation de l'usage de ce type d'armes, proscrites par le droit international" [l'Opinion].

 Une action internationale conjointe ?

"La violation par Damas de ses engagements (…) ne suffit pas pour fonder légalement une intervention sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU". "L’arme chimique n’est pas une menace directe pour la France", tempère le Monde. Pour Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, au contraire : "il existe des traités internationaux interdisant les armes chimiques qu’il faut faire respecter" [La Croix]. Manuel Lafont Rapnouil, directeur du bureau parisien de l’European council on foreign relations (ECFR), sur la même ligne, affirme que "cette intervention serait dans le prolongement des déclarations antérieures de la France sur le respect des lignes rouges" [La Croix].

 La France n'est pas seule à vouloir réagir en Europe : "Theresa May ne veut pas être en reste", note le Figaro. La Première ministre est "ralliée aux preuves de l'implication de Damas avancées par ses alliés", elle veut "apporter le soutien de Londres à une action occidentale de représailles après l'attaque chimique de la Ghouta". En Allemagne, Angela Merkel a jugé "évident que l'arsenal chimique de Damas n'avait pas été entièrement détruit". Mais, "en raison d'obstacles constitutionnels", "Berlin ne compte pas intervenir". Ce qui n'empêche pas la Chancelière de demander "à être consultée avant toute intervention militaire de ses alliés" [Les Echos].

Un calendrier encore flou

Malgré ces déclarations fortes, le calendrier des ripostes n'est pas arrêté. Dans un tweet du jeudi 12 avril concernant des frappes imminentes, Donald Trump indique qu'elles auraient lieu "peut-être bientôt, ou peut-être pas si tôt que cela". Même tonalité à Paris, "où le président Emmanuel Macron a annoncé que la France prendrait des décisions en temps utile" [Les Echos]. 

D'autant qu'une "opération militaire n’aurait aucune efficacité si elle ne débouchait pas sur la relance de négociations à l’ONU", explique La Croix. Alison McGovern, qui copréside le groupe parlementaire sur la Syrie au Royaume-Uni insiste : "nous devons nous concentrer sur les civils syriens et trouver des partenaires dans le monde qui veulent coopérer sur une stratégie globale pour protéger la vie des civils" [The Guardian]. Les Echos expliquent qu'une "éventuelle opération militaire occidentale [aurait] pour objectif de ne pas tuer les soldats russes qui sont déployés". "Imaginez le scénario si un missile américain abat un avion russe ou vice versa. Où allons-nous à partir de là ?", s'inquiète Mickael Corbyn, leader travailliste au Royaume-Uni, cité par The Guardian.

La Suède propose quant-à-elle une solution diplomatique : elle a "présenté jeudi (…) un projet de résolution portant sur l'envoi d'une mission de l'ONU en Syrie pour en retirer les armes chimiques une bonne fois pour toutes", expliquent Les Echos.

Moscou ne transige pas

Moscou prévient : "les missiles de Donald Trump devraient viser les terroristes et non le gouvernement légitime de Damas" [L'Express]. L’ambassadeur russe, cité par Libération, rappelait jeudi 5 avril que "la priorité est d’éviter le danger d’une guerre", sans cependant "exclure aucune possibilité" concernant un affrontement entre les Etats-Unis et la Russie. Cette dernière utilise son droit de veto pour contrecarrer les actions de l'ONU depuis le début de la guerre. Par exemple, "une commission d'enquête de l'ONU et de l'OAIC [Organisation pour l'interdiction des armes chimiques] a été instaurée en 2015 mais son mandat a été entravé par neuf veto russes". Pour Libération, "Vladimir Poutine pourrait vouloir saisir cette occasion pour (...) démontrer à ses concitoyens qu’il ne plie pas face aux Occidentaux".