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Sommet de la zone euro : vers un nouveau répit pour la Grèce ?

Revue de presse 22.06.2015

Nouvelles réunions de l'Eurogroupe ce midi, puis de la zone euro ce soir. Le programme est dense et l'heure est grave alors que la Grèce se rapproche du défaut de paiement et doit convaincre ses créanciers de lui donner les moyens de rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI. Pendant le week-end, le gouvernement grec a planché sur une énième liste de réformes qui seraient, a priori, plus en phase avec les exigences de Bruxelles et Washington. Un accord, au moins temporaire, semble donc à portée de main.

La place de la Grèce dans la zone euro en danger

Après une semaine de fort pessimisme, le ton des articles de l'ensemble de la presse française s'est adouci alors que commence une journée décisive pour l'avenir de la Grèce dans la zone euro. Interrogé sur Europe 1, Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques, et en première ligne sur le dossier grec, s'est déclaré "convaincu de trouver une solution ce soir". De même, Michel Sapin, le ministre français des Finances, a tenu à reconnaître "la qualité" du travail effectué par le gouvernement pendant le week-end pour améliorer ses propositions aux créanciers [Le Point/AFP]. Enfin, pour Matteo Renzi, Premier ministre italien, et François Hollande, le président français, "toutes les conditions sont réunies" pour trouver un accord désormais "à portée de main" [Le Figaro].

Toutefois, il est évidemment trop tôt pour sabler le champagne. Si des signaux positifs ont pu être envoyés par le Premier ministre grec, la route est encore longue et les risques de blocage nombreux. Athènes milite en effet pour tenir à l'écart le Fonds monétaire international des négociations, dans la mesure où son agenda est "unilatéral et pas du tout européen" [Le Monde/AFP]. Tandis que le gouvernement grec refuse encore de réformer en profondeur son système de retraites insoutenable et qui représente 16 points de PIB, soit deux fois plus qu'en Slovaquie par exemple, un pays où "les salaires sont moins élevés qu'en Grèce", rappelle l'économiste Agnès Bénassy-Quéré, interviewée par le Monde.

Dans les colonnes de Libération, Jean Quatremer présente quant à lui les trois scénarios possibles à l'issue du sommet européen de ce soir. Aucun n'est réellement satisfaisant : le "Grexit", aux conséquences économiques et sociales terribles pour la Grèce et imprévisibles pour l'Europe, le "pourrissement", selon lequel la Grèce refuserait de rembourser ses créanciers sans sortir de la zone euro, "sorte de guérilla prolongée dont on sait que le faible ne sort que rarement défait", et "l'accord a minima", qui repousserait dans le temps le règlement effectif du problème en accordant de nouvelles aides à Athènes et en sauvant donc l'unité de la zone euro.

Car, au fond, c'est peut-être surtout le coût politique d'une éviction de la Grèce de la zone euro qui incite à l'optimisme. C'est pourquoi Yanis Varoufakis a fort opportunément interpellé Angela Merkel dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung samedi. Comme le rapportent les Echos, le ministre grec des Finances a rappelé que la chancelière allemande peut "entrer dans un accord honorable avec un gouvernement qui a refusé le 'programme de sauvetage' et aspire à une solution négociée. Ou bien céder aux sirènes de son gouvernement, qui l'encouragent à jeter par-dessus bord le seul gouvernement grec qui est fidèle à ses principes et qui peut mener le peuple grec sur le chemin de la réforme".

Et ce ne sont pas les institutions européennes, Banque centrale européenne en tête, qui contesteront aux chefs d'Etat et de gouvernement l'envie de conserver la Grèce dans la zone euro. Pour la troisième fois en six jours, révèle ce matin le Figaro dans son fil d'actualité en continu, "la BCE a augmenté son aide aux banques grecques" afin de les aider à faire face au retrait massif des liquidités par un peuple grec de plus en plus angoissé.

Et comme le dit le Monde dans son éditorial de samedi, un échec des négociations signifierait "la fin d'une certaine idée de la solidarité européenne". Une idée logiquement partagée par le quotidien de gauche l'Humanité, qui invite François Hollande à placer la France "aux côtés du peuple grec et de son gouvernement", par Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste français pour qui la sortie de la Grèce de la zone euro serait "un saut dans le vide" [iTélé], mais aussi par une majorité des Français. Ces derniers sont en effet de nouveau plus de 50% à souhaiter le maintien du pays dans la zone euro alors qu'ils étaient 73% en 2011 à plaider pour son exclusion – des données révélées par un sondage IFOP pour le Journal du dimanche.

Point de hasard de calendrier donc avec la publication aujourd'hui du "rapport des cinq présidents de l'Union européenne", Jean-Claude Juncker (Commission européenne), Mario Draghi (BCE), Martin Schulz (Parlement européen), Donald Tusk (Conseil européen) et Jeroen Dijsselbloem (Eurogroupe), proposant des pistes pour une meilleure gestion de la monnaie commune. Alors que l'euro est une "réussite", estiment-ils, un "projet politique et économique" est nécessaire, avec une plus grande convergence des politiques économiques et budgétaires et un plus grand partage de la souveraineté, précise la Tribune. De cette manière, le système, plus "juste et démocratique", permettrait à la fois plus de "sévérité et de partage". Sa mise en application pourrait dépendre de la teneur des réunions de ce lundi 22 juin 2015.

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