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Sommet de l'OTAN : Donald Trump attise les divisions entre Européens

Revue de presse 12.07.2018

Les dirigeants des pays membres de l'OTAN se réunissent les 12 et 13 juillet pour un nouveau sommet à Bruxelles. Une réunion de l'Alliance sous haute tension, alors que Donald Trump a vertement attaqué Berlin sur sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou et exigé que les Européens tiennent leur promesse d'allouer 2% de leur PIB au budget militaire.

Donald Trump, président des Etats-Unis.

Donald Trump, président des Etats-Unis. Photo : Flickr.

"La question du partage du fardeau n'est pas nouvelle à l'OTAN", amorce RFI. En effet, la radio rappelle que "les Etats-Unis totalisent 70% des dépenses militaires de l'OTAN en 2017, soit 686 milliards de dollars sur les 957 milliards déboursés par les 29 pays membres" sachant qu'en "principe, chaque pays de l'Otan participe en fonction de ses ressources, de sa taille et de son économie à la défense collective de l'Alliance". Pour rééquilibrer le montant des contributions de chaque membre, "les pays de l'Alliance s'étaient accordé pour consacrer 2% de leur PIB à leur défense", lors du sommet de Newport, de 2014.  Néanmoins aujourd'hui "seuls 7 pays européens sont à ce niveau : les 3 Pays baltes, la Pologne, la Roumanie, la Grèce et le Royaume-Uni".

"Donald Trump s’est déchaîné contre Berlin"

Fort de ce constat, Donald Trump "a insisté pour que les alliés respectent l'engagement de consacrer 2 % de leur produit intérieur brut à la défense en 2024 puis leur a demandé de porter ces dépenses à 4 % de leur PIB", explique Le Point.

En plus de cette demande hardie, Libération rapporte que Donald Trump s’est "déchaîné" mercredi contre Berlin, "dans une diatribe de plusieurs minutes", alors qu'il était attablé pour un petit déjeuner avec le secrétaire général de l'OTAN. "L’Allemagne enrichit la Russie. (…) L’Allemagne est complètement contrôlée par la Russie. Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie", a-t-il accusé avant de conclure : "ce n’est pas juste". Il est vrai que la "moitié du gaz acheté par les Européens vient de Russie" rappelle Libération, "faisant du continent le premier marché du géant de l’énergie Gazprom". Ces déclarations agressives interviennent alors que le gazoduc Nord Stream 2, "qui doit doubler" les capacités de transport de gaz de la Russie vers l’Allemagne, est en cours de construction. Un projet qui ne "s’est pas fait sans heurts", rappelle le quotidien "divisant profondément les membres de l’UE". La Pologne, l’Ukraine et les Etats baltes, désapprouvent en effet le renforcement de "la dépendance à l’égard de la Russie, l’Etat étant actionnaire majoritaire de Gazprom, alors qu’il aurait fallu au contraire diversifier l’approvisionnement en gaz naturel".

"Nous pouvons prendre nos propres décisions"

Le journal allemand Der Tagesspiegel, rappelle que "Berlin a pourtant décidé d’augmenter son budget de la Défense de 4 milliards d’euros en 2019" une mesure qui ne semble néanmoins pas suffisante pour le président américain qui "demande près de dix fois plus" [Courrier international]. Ainsi, si l’Allemagne dépense aujourd’hui 1,24 % de son PIB pour la défense, "elle passerait en 2019 à 1,31 %". Angela Merkel a par ailleurs "proposé le compromis de 1,5 % en 2024".

"Nous pouvons mener nos propres politiques, nous pouvons prendre nos propres décisions", a répondu fermement la chancelière allemande aux déclarations du président Trump [Courrier international].  Au-delà de cette réponse de recadrage, Le Monde rappelle que "Mme Merkel continue de célébrer l’amitié germano-américaine" et "la relation particulière nouée entre les Etats-Unis et l’Allemagne fédérale, principal allié de Washington sur le continent européen pendant la guerre froide". Pour Ulrich Speck, chercheur au think tank atlantiste German Marshall Fund of The United States, "Angela Merkel reste fondamentalement une atlantiste et elle continue de croire que tout n’est pas perdu avec les Etats-Unis et qu’il est important de sauver (…) l’OTAN" [Le Monde].

Donald Trump et Angela Merkel se sont ensuite parlé en marge du sommet, rapporte Les Echos. Le président américain Trump est ressorti plus conciliant de l'entretien, en se félicitant de ses bons rapports avec la chancelière allemande  : "nous discutons des dépenses militaires et de commerce. Nous avons de très bonnes relations". Même son de cloche du côté de Mme Merkel  : "nous sommes des partenaires, nous sommes de bons partenaires et nous souhaitons continuer à coopérer à l'avenir".

"Le géant américain n’est plus l’ami de l’Europe"

Selon Libération, "près de 70 ans après sa création, l'Alliance Atlantique (…) n'a jamais été mis sous une telle tension" et cette "situation menace les liens particuliers entre l'Amérique et l'Europe, mais aussi et surtout ceux entre les Etats-Unis et l'Allemagne".

Pour le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'alternative d'une meilleure défense européenne pour compenser les faiblesses de l'OTAN serait  une solution. "La politique de sécurité européenne commune avance" notamment avec "l’accord conclu fin 2017, pour une coopération structurée permanente" et les premiers pas engagés pour une convergence franco-allemande dans "l’initiative d’intervention européenne" sont des signes encourageants [Courrier international]. L'éditorialiste Sylvie Kauffmann affirme par ailleurs dans Le Monde, que les Européens doivent accepter la "nécessité de reconfigurer un monde où le géant américain n’est plus l’ami de l’Europe". Elle reprend les déclarations de Pascal Lamy à ce propos : "il faut un plan B. Il faut apprendre à faire sans les Etats-Unis".