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Slovaquie : le meurtre d'un journaliste lié à une fraude aux fonds structurels européens ?

Revue de presse 28.02.2018

Dimanche 25 février, le journaliste slovaque Ján Kuciak et sa compagne ont été retrouvés morts, alors que ce dernier enquêtait sur une affaire de corruption impliquant la mafia italienne et des responsables politiques nationaux.

Ján Kuciak

Hommage au journaliste slovaque Ján Kuciak, assassiné avec sa compagne Martina Kusnirova - Crédits : aktuality.sk, Twitter

"Avertissement"

Le journaliste slovaque Ján Kuciak et sa compagne Martina Kusnirova ont été retrouvés tués par balle, dimanche 25 février "dans leur maison à Veľká Mača, à environ 65 kilomètres à l'est de Bratislava" [Tribune de Genève]. Le quotidien genevois rapporte que "la police aurait trouvé des munitions disposées autour des corps" : une mise en scène pouvant faire "penser à un 'avertissement'". D'après la police, le meurtre pourrait être en lien avec "l'activité journalistique" de la victime [Les Echos].

Ján Kuciak enquêtait sur "un dossier qui n’a rien à voir avec le marigot habituel", selon Europe 1, "une fraude aux fonds structurels européens" dans l'est du pays. Des Italiens "en contact avec le gouvernement" et "liés à la mafia calabraise, la 'Ndrangheta," seraient impliqués dans cette escroquerie. La Tribune de Genève révèle en outre le titre de l'article qui devait paraître : "la mafia italienne en Slovaquie, ses lutins s'étendent à la politique".

Dans son article, M. Kuciak écrivait : "les Italiens liés à la mafia ont trouvé un second foyer en Slovaquie : ils ont commencé à faire des affaires, recevoir des subventions, collecter des fonds européens, mais surtout établir des relations avec des personnalités politiques influentes, jusqu'au gouvernement slovaque".

Vincent Hervouet sur Europe 1 explique que "les centaines de clans de la mafia calabraise gagnent du terrain en Europe, à l’Est notamment". Face à cela "le Parlement européen a mis en place une commission anti mafia" il y a cinq ans.

"Beaucoup d'ennemis"

Le journaliste "s’était fait beaucoup d’ennemis" [La Croix]. En effet, "Ján Kuciak s’intéressait aux pratiques délictueuses de responsables politiques slovaques" [Courrier international].  Les enquêtes qu'il menait ont compromis "différentes personnalités du monde politique et du monde des affaires, souvent proches de la direction du parti Direction - Social-démocratie (Smer-SD) du Premier ministre Robert Fico".

Ce dernier "a promis un million d’euros pour toute information susceptible de faire avancer la police". M. Fico a par ailleurs déclaré que s'il était avéré que le meurtre soit lié à l'activité du journaliste, "il s’agirait d’une attaque sans précédent contre la liberté de la presse et contre la démocratie en Slovaquie" [La Croix]. Mais comme le note Vincent Hervouet, pour "apprécier ce blabla convenu", il est nécessaire de rappeler "qu’il traitait en conférence de presse les [journalistes] de serpents visqueux, de simples hyènes idiotes, ou de sales prostituées anti-slovaques" [Europe 1].

Comme l'indiquent Les Echos, "il s'agit du premier meurtre d'un journaliste depuis l'indépendance [du pays] en 1993". La Slovaquie se trouve à la "17e place au classement de la liberté de la presse dans le monde établi pour 2017 par Reporters sans frontières" et fait même figure "de premier de la classe parmi les anciens pays d’Europe centrale et de l’Est, autrefois sous la coupe soviétique" [Courrier international].

Cet assassinat suit celui Daphne Caruana Galizia à Malte en octobre 2017, qui dénonçait sur son blog les "crimes et la corruption sur l'île méditerranéenne" [Tribune de Genève]. La Croix de s'inquiéter : "dans les pays européens gangrenés par la corruption, tuer un journaliste gênant devient une option, quand les menaces ne suffisent plus". Toutefois "les meurtres de journalistes dans l'Union européenne sont relativement rares : cinq affaires de meurtres en dix ans", tempèrent Les Echos.

"Des meurtres ou l’intimidation des journalistes n’ont pas leur place en Europe, ni dans aucune démocratie" s'est indigné le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker [La Croix]. L'eurodéputée écologiste Eva Joly a réclamé "une enquête indépendante […] sans délai". Le Parlement européen dans son ensemble devrait rendre hommage à Ján Kuciak le 28 février, au travers de la voix de son président Antonio Tajani.