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Schengen, ce patient atteint de tous les maux

Revue de presse 26.01.2016

Il y a peu, le président du Conseil européen, Donald Tusk, avertissait les Etats membres : l'Union européenne n'a pas plus de deux mois pour sauver l'espace Schengen. Le sursis durera donc jusqu'au Conseil européen du mois de mars. Néanmoins, les ministres européens de l'Intérieur ont annoncé hier leur volonté de prolonger les contrôles aux frontières durant les deux prochaines années. Et ce tout en pointant la Grèce du doigt pour son incapacité à endiguer le flux de réfugiés se pressant sur ses côtes.

Conseil JAI - Amsterdam

Vers deux années de contrôles aux frontières

Le site allemand DW rapporte que "les ministres européens de l'Intérieur […] se sont vus accueillir par un bateau dirigé par l'ONG Amnesty International remplies de poupées censées symboliser les réfugiés". A la fin de la journée, ces mêmes ministres avaient décidé de déclencher "une procédure qui pourrait aboutir à ce que les contrôles aux frontières internes de l’espace Schengen soient rétablis pour au moins deux ans", rapportent Les Echos.

Le quotidien belge Le Soir rappelle que "certains pays comme l’Allemagne ou l’Autriche ont réintroduit le contrôle le long de leurs frontières afin de garder sous contrôle le flux de migrants arrivés dans l’Union européenne via la Grèce. Or cette mesure temporaire arrivera à échéance en mai", d'où la volonté des Etats membres de déclencher cette procédure.

L'Opinion évoque une "opération dernière chance" et insiste : "sans l'aval de l'UE, [les Etats membres] pourraient s'affranchir de toute règle commune, signant la mort de l'espace Schengen". Moins alarmistes, Les Echos s'attardent sur le contenu des accords Schengen, où il est prévu "dans des circonstances exceptionnelles mettant en péril le fonctionnement global [de l'espace Schengen] du fait de manquements graves persistants liés au contrôle aux frontières extérieures", d'instaurer ce retour des frontières durant deux ans. L'évaluation de ce besoin revient à la Commission européenne, qui doit faire face au risque de déclencher "un échec politique de plus pour l'Europe toute entière", selon Le Figaro.

L'investissement des Etats membres à deux vitesses

"La décision des ministres a provoqué une onde de choc dans les milieux européens d’autant plus que la libre circulation des personnes est l’un des piliers de l’UE", estime Le Temps. Le site du quotidien suisse rapporte les propos tenus par le commissaire chargé de l'Intérieur, Dimitris Avramopoulos, qui "a avoué que la stratégie européenne face aux flux migratoires avait échoué par manque de solidarité européenne".

L'opinion du commissaire est partagée par Etienne Lefebvre, rédacteur en chef des Echos, qui dresse dans son éditorial une liste des inactions des Etats membres durant l'année écoulée, avant de conclure que, si "les Etats ne lésinent pourtant pas sur la dépense […] une aversion pour abonder le budget de l'Union européenne s'est développée ces dernières années, en raison de l'égoïsme croissant des Etats membres, il est vrai surendettés. L'Europe en paie le prix fort aujourd'hui".

Les Européens unis contre la Grèce

Il faut néanmoins reconnaître que ces mêmes Etats membres arrivent parfois à accorder leurs violons. Surtout quand il s'agit de débattre de la Grèce.

"Après avoir menacé samedi Athènes d'une exclusion provisoire de l'espace Schengen de libre circulation, l'Autriche a de nouveau mis en cause frontalement la Grèce.[…] C'est un mythe que la frontière gréco-turque ne peut pas être protégée, la marine grecque a suffisamment de capacités pour sécuriser cette frontière, a estimé la ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner", rapporte Romandie.

C'est également l'Autriche, aux côtés de la Slovénie et de la Hongrie, qui propose "d'aider la Macédoine à renforcer le contrôle de sa frontière avec la Grèce". Une mesure qui aurait pour effet principal "d'enfermer davantage les migrants en Grèce, aggravant l'urgence humanitaire", commente La Croix.

Pour autant la Grèce, cette "mauvaise élève de l'Union européenne" selon la Dépêche, "jouit encore d'un sursis : la France et l'Allemagne sont prêtes à accorder quelques semaines de plus pour […] permettre à l'UE de reprendre enfin le contrôle de sa frontière en mer Egée", rapporte Le Figaro.

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