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Roumanie : manifestations massives contre le gouvernement et la corruption

Revue de presse 02.02.2017

Après l'adoption par l'exécutif roumain, mardi 31 janvier, d'un décret allégeant la pénalisation de la corruption, des milliers de manifestants crient leur indignation devant le siège du gouvernement et à travers tout le pays. La Commission européenne a fait part de son inquiétude quant au recul de la lutte contre la corruption en Roumanie, largement répandue dans cet Etat figurant parmi les plus pauvres de l'UE.

Manifestations à Bucarest

Des Roumains excédés par la corruption

"Une contestation rarement vue depuis la chute des Ceausescu en 1990", rapportent Les Echos à propos des manifestations qui ont agité le pays mardi et mercredi soir. Hier mercredi 1er février, ce sont 200 000 personnes qui ont défilé en Roumanie, dont la moitié à Bucarest [Le Monde avec l'AFP]. "'Démission, voleurs', pouvait-on entendre scander mardi soir devant le Palais de la victoire à Bucarest où près de 10 000 personnes [s'étaient] rassemblées", relate Le Figaro.

Le quotidien explique que le décret qui a suscité la colère des Roumains prévoit la dépénalisation de certaines infractions et allège les peines encourues pour abus de pouvoir, rendant ce délit passible de prison uniquement si le préjudice est supérieur à 44 000 euros. Cela permettrait à plusieurs hommes politiques d'échapper à des poursuites judiciaires, et notamment à Liviu Dragnea, leader du Parti social-démocrate (PSD), au pouvoir depuis un mois, précise Le Figaro. Actuellement poursuivi pour emploi fictif, les procureurs ont estimé le préjudice à 24 000 euros, ce qui mettrait le chef du PSD à l'abri de la justice.

Par ce décret, le gouvernement a affirmé vouloir mettre la législation en accord avec la Cour constitutionnelle, sans fournir davantage de précisions. Pour les manifestants, ce texte semble pourtant signaler la reprise en main de la justice par le PSD, expliquent[qu'il s'agit d'un] Les Echos. Une analyse partagée par de nombreux médias, qui ont estimé, "à l'instar du quotidien Romania libera (proche du centre droit), [qu'il s'agit d'un] nouveau 'mardi noir' pour la justice roumaine, rappelant une précédente nuit de 2013 où le PSD avait tenté d'adopter une loi d'amnistie et de grâce, alors abandonnée sous la pression de l'opinion publique" [Le Point avec l'AFP].

Le président roumain de centre-droit Klaus Iohannis s'est joint aux manifestants, qualifiant le décret d'"inacceptable" et de "scandale" et espère voir la Cour constitutionnelle invalider le texte [Libération].

L'UE préoccupée par le recul de la lutte contre la corruption en Roumanie

"Le président et le vice-président de la Commission européenne ont émis un communiqué commun pour affirmer que la lutte contre la corruption en Roumanie devait progresser et non être défaite, façon diplomatique de dire que c'est le contraire qui est en train de se passer", lit-on sur le site de RFI.

Un communiqué contrastant nettement avec un rapport de l'institution européenne, paru il y a tout juste une semaine, dans lequel la Commission européenne se félicitait des progrès dans la lutte contre la corruption en Roumanie, rapporte le média.

RFI rappelle en outre que l'adhésion de la Roumanie à l'UE en 2007 aurait pu être retardée par ses problèmes de corruption. "On lui avait imposé la surveillance d'un mécanisme de vérification avec des rapports annuels tant qu'elle ne serait pas au niveau. Le gouvernement roumain espérait la levée de ce mécanisme jugé inquisitoire, une perspective qui s'éloigne donc aujourd'hui", détaille la chaîne de radio. Pour l'heure, aucune sanction n'est prévue par le mécanisme, seulement le maintien de la surveillance.