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[Revue de presse] Theresa May cherche une main tendue de l'UE

Revue de presse 12.12.2018

Après avoir reporté sine die le vote du Parlement britannique sur l'accord du Brexit, lundi 10 décembre, la Première ministre a entamé, mardi et mercredi, une tournée des chancelleries européennes à la recherche de solutions. Mais elle fait face à un blocage, alors que les Vingt-Sept refusent toute renégociation et qu'un vote de défiance devrait finalement avoir lieu ce mercredi 12 décembre à la Chambre des communes.

Le blocage sur la frontière irlandaise demeure insoluble

Le blocage sur la frontière irlandaise demeure insoluble - Crédits : yorkfoto / iStock

Durant toute la semaine passée, Theresa May s'est échinée à parcourir son pays en prévision du vote de l'accord sur le Brexit par son Parlement afin de convaincre les Britanniques. En vain, puisque le vote, initialement prévu mardi 11 décembre, a été repoussé sans qu'une nouvelle date ne soit annoncée, à l'exception de la date butoir du 21 janvier.

Tournée européenne

Alors que tout semble jouer contre elle, la Première ministre a entrepris, dès mardi 11 décembre, "à la veille d’un Conseil européen 'spécial Brexit', une dernière tournée express des capitales de l’Union européenne", rapporte Le Monde, espérant "encore décrocher de nouvelles concessions des Vingt-Sept […] dans ce qui a tout d’une tentative désespérée".

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À la recherche de soutien, sa route s'est arrêtée à "La Haye, Berlin et Bruxelles mardi", pour continuer "à Dublin mercredi 12 décembre, avant de rejoindre Bruxelles à nouveau jeudi 13 décembre pour le Conseil européen à Vingt-Huit", poursuit le quotidien. Ironie du sort, la Première ministre  "a été retardée par un problème technique" à son arrivée à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande : "impossible pendant quelques secondes d'ouvrir la portière de sa voiture", relate le Huffington Post.

"Theresa May joue pourtant gros lors de ces rencontres avec les dirigeants européens", bien que pour le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, "il n'est 'pas envisageable' de renégocier l'accord de retrait".

Mais aussi désespérée que paraisse la situation, "Theresa May espère que ses bientôt ex-partenaires européens auront la bonté de lui lancer une bouée de sauvetage", écrit Libération. "Le ton est pour l’instant très ferme" : le président du Conseil européen Donald Tusk semble sur la même ligne que M. Juncker, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel "a jugé, elle aussi, qu’il n’y avait 'pas de possibilités' de changer l’accord sur le Brexit". "La ligne des Vingt-Sept est la suivante", précise Le Figaro : "oui à la clarification et à la pédagogie sur le backstop conçu comme 'une solution de dernier recours', non à la réouverture des négociations".

Selon une source "dans l’entourage du chef de l’État français" interrogée par le quotidien, il n’y a de toute façon "rien sur le fond qui soit à la fois acceptable par les Vingt-Sept et susceptible de faire changer d’avis les députés britanniques opposés à l’accord".

Un responsable européen cité par Courrier international estime ainsi que ces rencontres de dernière minute sont "du théâtre" : Theresa May "veut montrer qu'elle s'est battue", elle "veut montrer qu'elle a obtenu quelque chose". Mais le problème est en réalité bien antérieur aux blocages qui se succèdent depuis plusieurs mois : d'après un négociateur, "le Royaume-Uni a toujours été incapable de formuler une position de négociation à cause de toutes les promesses, pour la plupart irréalistes, faites avant le référendum".

Un accord condamné avant même d'être négocié ?

Le nœud du blocage est toujours le même, celui sur lequel les négociateurs ont eu beaucoup de difficultés à s'entendre : la question de la frontière irlandaise, observe Euronews. "Il est clair que, même si de nombreux volets essentiels de l'accord bénéficient d'un large soutien, la question de l'Irlande du Nord reste un sujet qui suscite une profonde inquiétude", a admis la Première ministre devant son Parlement.

En effet, l'accord prévoit qu'à l'issue de la période de transition, si et tant qu'aucune autre solution satisfaisante n'est trouvée, l'UE et le Royaume-Uni resteront regroupés dans un territoire douanier afin d'assurer une libre circulation des biens et éviter le rétablissement d'une frontière entre les deux Irlande. Mais en contrepartie de quoi le Royaume-Uni devra continuer d'appliquer un certain nombre de normes européennes.

L'accord de retrait en 8 points clés

Faisant face à cette ligne, "le parti unioniste [nord-irlandais] est devenu une pièce maîtresse à la table des négociations du Brexit", explique La Croix. Car le filet de sécurité est inacceptable à ses yeux : le parti "craint qu’un traitement différencié soit un premier pas vers une séparation de la Grande-Bretagne". Le problème est ainsi soulevé par David Phinnemore, professeur de politique européenne à la Queen’s University interrogé par le quotidien : "le DUP sait ce qu’il ne veut pas, mais il ne dit jamais ce qu’il veut". Or, les 10 voix dont il dispose au Parlement britannique permettent au gouvernement conservateur d'atteindre la majorité absolue.

Vote de défiance

"Alors est-ce que le Brexit pourrait finalement ne pas avoir lieu", s'interroge la RTBF ? "Dans l’affaire, le Royaume-Uni semble sortir perdant. D’abord, parce qu’il a montré à quel point sortir de l’UE est compliqué. Mais surtout parce qu’il se retrouve dans une situation où il devra quémander à l’UE une prolongation du délai", pour éviter le Brexit dur, qu'une partie des députés de la majorité devenue schizophrène veut ardemment.

D'autant plus que ces derniers "les plus hostiles à Theresa May […] sont finalement parvenus à imposer une motion de défiance". En repoussant le vote au Parlement, Mme May pensait avoir évité le refus qui devait précipiter sa chute. Pourtant, elle va en effet "devoir affronter un vote de défiance à la Chambre des communes", le soir du 12 décembre, indique Euronews dans un autre article. Elle "joue désormais sa survie politique" mais "a promis de résister jusqu'au bout".

Mais si les parlementaires votent la défiance, l'élection d'un nouveau chef des Tories pour remplacer Theresa May est requise. Cependant, "la durée de la campagne pour l’élection d’un nouveau leader, estimée à six semaines par le gouvernement, suspendrait toute décision politique dans le pays au-delà du 21 janvier 2019", précise Le Monde. Ce qui pourrait, selon la Première ministre, "remettre en cause la mise en œuvre même du Brexit"…