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[Revue de presse] TGV Lyon-Turin : le gouvernement italien divisé, Giuseppe Conte joue la montre

Revue de presse 11.03.2019

Alors qu'un tunnel est en train d’être creusé dans les Alpes italiennes et françaises, le projet de ligne TGV reliant Lyon à Turin semble compromis. Si la Ligue de Matteo Salvini est convaincue de sa pertinence, le leader du Mouvement 5 Etoiles, Luigi Di Maio, le juge trop onéreux et inutile.Une discorde qui a amené le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, à demander le report des appels d'offres.

Crédits : Enzojz / iStock

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Rome appuie sur le frein

La ligne TGV transfrontalière qui doit relier Lyon à Turin pourrait ne pas voir le jour. En pleine construction du côté français, elle est "à la peine côté italien", observe Franceinfo.

De ce côté-là des Alpes, les avis d'appels d'offres doivent être publiés au plus tard ce lundi 11 mars, lors du conseil d'administration de la société franco-italienne TELT (Tunnel Euralpin Lyon Turin), chargée de la réalisation du projet. Mais Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, vient de lui demander d'appuyer sur le frein : "J'ai envoyé une lettre à la TELT, l'invitant à s'abstenir, avec effet immédiat, de toute activité pouvant entraîner des blocages juridiques et économiques pour l'Etat italien en rapport aux appels d'offres", a-t-il indiqué samedi 9 mars sur Facebook [Les Echos]. 

Giuseppe Conte souhaiterait "rediscuter avec la France du projet et de son financement", précise RFI

Mais si les appels d'offres sont reportés, quelque "300 millions d’euros de fonds européens seront perdus", souligne Le Monde. En effet, l'Union européenne finance le projet à hauteur de 40 %, l'Italie à 35 % et la France à 25 %.

"La Commission européenne a déjà alloué 810 millions d'euros au projet et a fait savoir à la mi-février qu'elle pourrait demander à Rome de rembourser les fonds en cas d'abandon", détaillent Les Echos.

Paris reste convaincu par le projet

Dès jeudi 7 mars, Giuseppe Conte avait fait part de sa "perplexité" face à ce chantier et de sa volonté de "rediscuter" avec Paris et Bruxelles.

Dans un communiqué diffusé le lendemain, vendredi 8 mars, le ministère français des Transports a de son côté rappelé l’importance de lancer les appels d’offres, afin de "respecter le temps de réflexion souhaité par l’Italie tout en préservant les financements européens"Car après la publication des appels à candidatures, le gouvernement italien disposerait encore de six mois pour se rétracter, explique Le Monde.

La France, qui reste "convaincue de la pertinence de ce projet", "se tient naturellement ouverte à une discussion entre partenaires", a également fait savoir le ministère des Transports, précisant que le pays demeure attaché  "au respect des engagements pris et des délais de réalisation".

Au final, selon le président du Conseil italien, TELT aurait l'intention de limiter le lancement des appels d'offres au côté français du chantier, pour éviter de perdre les fonds européens [Les Echos]. 

Mais alors que les travaux de creusement du tunnel sous les Alpes ont déjà commencé, Giuseppe Conte a réitéré le 9 mars sa volonté de "parler avec la France et l'Union européenne à la lumière des plus récentes analyses coûts-bénéfices", relèvent Les Echos. Une étude très négative sur le projet a en effet été remise il y a quelques semaines au ministre italien des Transports, Danilo Toninelli, membre du Mouvement 5 étoiles et farouchement opposé au Lyon-Turin. Elle dénonce un gigantesque gaspillage, estimant l'écart entre les coûts et les bénéfices à environ 7 milliards d'euros.

Une manœuvre politicienne sur fond de crise politique italienne

En réalité, cette "acrobatie juridique" tentée par Giuseppe Conte aurait pour vocation à mettre fin temporairement à la crise politique qui secoue l'Italie, selon Le Point  (avec AFP).

"Le gouvernement Conte, formé il y a neuf mois, vit le moment le plus critique de son existence", observe en effet Le Monde. Bien que des désaccords existent depuis l'origine sur le projet de TGV transfrontalier, les tensions au sein du gouvernement de coalition ont atteint leur apogée au point que Giuseppe Conte a été contraint de jouer l'arbitre, et ainsi "noyer le poisson avant les élections européennes", abonde RFI.

"Entre les deux vice-présidents du Conseil, la guerre des chefs fait rage", note pour sa part Franceinfo. Alors que Matteo Salvini, le chef de la Ligue, reconnaît une certaine pertinence au projet, le leader du Mouvement 5 Etoiles, Luigi Di Maio, a fait savoir son opposition à la construction de la ligne Lyon-Turin, qu'il juge trop onéreuse et inutile [RFI].

"Luigi Di Maio veut flatter ses électeurs du sud du pays, qui ne voient dans le Lyon-Turin qu'un gouffre financier", analyse Franceinfo. "Le M5S a toujours vu le tunnel Lyon-Turin comme le symbole parfait de ces grands projets coûteux et inutiles, plus porteurs de pots-de-vin que de croissance".

Une discorde qui s'inscrit désormais dans le cadre de la campagne pour les élections européennes. Alors que ses sondages sont "très mauvais", le M5S ne peut se permettre de "faire des concessions", explique Le Monde. Tandis qu'à l'inverse, Matteo Salvini, qui a le vent en poupe, pourrait encore renforcer ses positions en remportant une victoire sur ce dossier.

 

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