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[Revue de presse] Tensions franco-italiennes après les propos de Luigi Di Maio sur la crise migratoire

Revue de presse 23.01.2019

Alors que les relations franco-italiennes pâtissent des attaques répétées du gouvernement transalpin à l'encontre de la France ces derniers mois, le ton est encore monté d'un cran depuis dimanche 20 janvier. Luigi Di Maio, vice-Premier ministre italien et chef du Mouvement 5 étoiles (M5S), a accusé la France d'appauvrir l'Afrique avec le franc CFA et d'accroître la crise migratoire. Ce qui a ulcéré l'exécutif français : celui-ci a répliqué en convoquant l'ambassadrice italienne à Paris.

Luigi Di Maio - Crédits : compte Twitter @luigidimaio

Luigi Di Maio - Crédits : compte Twitter @luigidimaio

Jusqu'à présent, répondre aux provocations italiennes apparaissait contre-productif pour le gouvernement français, qui estimait que cela alimentait le discours populiste, relate Le Monde. Mais en affirmant, dans la soirée du dimanche 20 janvier sur la radio italienne RTL 102.5, que la France "'appauvrit l’Afrique' et accroît la crise migratoire, avant de s’en prendre au franc CFA, qualifié de 'franc des colonies'", le vice-Premier ministre italien et leader du Mouvement 5 étoiles (M5S) Luigi Di Maio "a eu raison de ces préventions", poursuit le quotidien.

Des propos "inacceptables et sans objet" pour la France

"A partir d'aujourd'hui, ceux qui veulent débarquer en Italie, on va les emmener à Marseille. Je vais demander des sanctions contre les pays qui colonisent l'Afrique. La France imprime le franc dans les colonies pour financer une partie de sa dette : pour laisser les Africains en Afrique, il suffirait que les Français restent chez eux", a également déclaré Luigi Di Maio [L'Obs].

Le Monde rapporte qu'à la suite de ces déclarations, l'ambassadrice italienne à Paris Teresa Castaldo a été convoquée lundi en fin d'après-midi par le directeur de cabinet de Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, pour se voir signifier les protestations officielles de l'Etat français contre ces propos, qualifiés d'"inacceptables et sans objet".

L'entrevue n'aura cependant pas arrêté le ministre italien qui a réitéré ses propos le soir-même. Ce dernier a alors déclaré qu'il ne croyait pas "qu'il y ait un incident diplomatique". "La France est un de ces pays qui, parce qu'il imprime la monnaie de 14 pays africains, empêche le développement de ces pays africains et contribue au départ des réfugiés, qui après avoir traversé la Méditerranée, arrivent sur [les côtes italiennes]", a-t-il persisté [Euronews].

Salvini surenchérit

Le lendemain, mardi 22 janvier, c'est Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur et chef du parti d'extrême droite la Ligue, qui surenchérissait. Dans l'émission télévisée Mattino 5, il a ainsi déclaré : "Le problème des migrants a beaucoup de causes : par exemple, ceux qui ne vont pas en Afrique pour créer du développement, mais plutôt pour soustraire de la richesse au peuple africain. La France est parmi eux, l'Italie, non", cite L'Obs.

Matteo Salvini a également accusé la France de "ne pas s'intéresser à la stabilisation de la Libye", à cause "d'intérêts pétroliers contraires à ceux de l'Italie", rapporte RFI. De nouvelles provocations auxquelles l'Elysée n'a cette fois pas souhaité réagir. Mais selon une source diplomatique française de l'AFP, mentionnée par Franceinfo, ces déclarations sont jugées "absolument fausses" et "sans fondement". Cette même source rappelle par ailleurs que Matteo Salvini a déjà tenu des propos similaires et "qu'il a sans doute voulu ainsi éviter de se faire voler la vedette par Luigi Di Maio".

Pourtant, les provocations de Luigi Di Maio interviennent à un moment où le M5S connaît une baisse importante dans les sondages. "Concurrencé, sur le terrain de l’outrance, par un Matteo Salvini manifestement plus habile dans l’art de la transgression", Luigi Di Maio doit faire face "au sein de sa famille politique, au retour au premier plan de l’ancien député Alessandro Di Battista, qui fait de plus en plus figure de dirigeant de substitution pour le mouvement", explique Le Monde. Une manière donc pour le jeune leader de "ne pas risquer d’être oublié".

Les élections européennes en toile de fond

De telles attaques à l'encontre de la France interviennent à la suite des naufrages de navires transportant des migrants en mer Méditerranée, qui ont causé la mort d'au moins 170 personnes ces derniers jours. "Refusant l’'hypocrisie' et les 'larmes de crocodile', Luigi Di Maio semble bien avoir pris le parti, pour désamorcer les critiques contre les conséquences dramatiques de la fermeture des ports italiens, de faire diversion", analyse Le Monde. Et de chercher "un bouc émissaire" afin d'établir une posture politique dans le cadre des élections européennes, observe Le Figaro, qui cite une journaliste du quotidien italien La Repubblica.

"Pour les 5 étoiles, Macron est la figure parfaite de l'ennemi à abattre, premier moteur du populisme", estime en ce sens Massimiliano Panarari, professeur à la Luiss (Libre université internationale des études sociales à Rome) et spécialiste du mouvement, interrogé par Le Figaro. "Dans la campagne électorale, il incarne le projet de renforcement de l'Europe et est aujourd'hui la cible d'une révolte populaire permanente, celle des 'Gilets jaunes'", considère M. Panarari.

"Quant à attaquer le franc CFA", poursuit l'universitaire, "c'est comme hier attaquer l'euro, le marché, les spreads, etc., à savoir une entité abstraite qui affame les peuples, cette pensée magique facile à reconnaître, qui ne s'embarrasse pas des explications logiques et se propage très vite sur les réseaux sociaux", conclut-il.

Vif débat en Italie

Si elles ont provoqué l'ire de la France, les déclarations de Luigi Di Maio alimentent à l'heure actuelle un "vif débat en Italie", rapporte L'Obs, avec une presse "divisée entre les soutiens aux deux leaders populistes" et ceux qui considèrent que "le franc africain (CFA) n'est pas tout à fait responsable de la crise de certains pays africains".

La sortie de Luigi Di Maio de lundi a été largement commentée sur les réseaux sociaux en Afrique, "où la politique de la France-Afrique est très critiquée", note la BBC. Dans ce cadre, le franc CFA est en effet très controversé. "La France affirme que le franc CFA est une garantie de stabilité financière des pays africains qui l'utilisent, mais de nombreuses voix estiment qu'il s'agit d'une relique coloniale qui plombe les économies africaines", résume le média.

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