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[Revue de presse] Royaume-Uni : rapprochement entre le Brexit Party et les conservateurs en vue des élections

Revue de presse 13.11.2019

Au Royaume-Uni, les stratégies partisanes se précisent en vue des élections générales du 12 décembre prochain. Le leader du Brexit Party, l'eurosceptique Nigel Farage, a annoncé lundi 11 novembre que son parti s'effacerait au profit de candidats conservateurs dans plus de 300 circonscriptions. Une concession qui intervient alors même que le Parti conservateur caracole en tête des sondages, et cherche à s'affirmer comme l'unique parti du "Leave".

Le leader du Brexit Party et député européen Nigel Farage ne sera pas candidat aux élections générales britanniques du 12 décembre - Crédits : Mauro Bottaro / Commission européenne

Le leader du Brexit Party et député européen Nigel Farage ne sera pas candidat aux élections générales britanniques du 12 décembre - Crédits : Mauro Bottaro / Commission européenne

La "pirouette" de Nigel Farage est une "bonne nouvelle pour Boris Johnson", explique Le Monde. La semaine dernière encore, Nigel Farage "conditionnait tout accord avec les tories à un abandon pur et simple par M. Johnson de son deal", rappelle Le Monde. Le leader du Brexit Party aura finalement changé d'avis, en acceptant lundi 11 novembre de "ne pas présenter de candidats face aux conservateurs dans les 317 circonscriptions" actuellement détenues par ces derniers. Le leader et fondateur du Brexit Party cherche ainsi à "éviter de diviser le camp favorable au Brexit", analyse Ouest-France avec l'AFP. Une alliance toutefois qualifiée d'"unilatérale" par RFI, qui marquerait plus la défaite du parti de Nigel Farage - dont certains candidats "s’étaient déjà désistés en faveur des conservateurs" - qu'un véritable soutien à Boris Johnson.

"Cette décision 'rend plus probable une majorité' conservatrice" selon Sara Hobolt, professeure de sciences politiques à la London School of Economics [Ouest-France]. Le Premier ministre, qui a salué la décision, "s'évite [ainsi] une concurrence sur sa droite dans près d'une circonscription sur deux", commente France 24 avec Reuters. "Les conservateurs étaient [en effet] très nerveux ces derniers jours, craignant que les voix en faveur du BP [Brexit Party] ne handicapent leurs candidats" face aux travaillistes ou aux libéraux-démocrates [Le Monde].

La victoire n'est pas assurée pour Boris Johnson

Mais "le pacte de non-agression de M. Farage ne garantit pas pour autant" au Premier ministre sortant qu'il parviendra à obtenir une majorité absolue, nuance Le Monde. En effet, le parti de Nigel Farage constituait-il une réelle menace ? Son soutien aux Tories ne "changera probablement pas la donne" pour Chris Curtis, membre de l'institut de sondage YouGov cité par The Guardian. En effet, le parti était déjà en difficulté : "les sondages, ces derniers jours, indiquaient une sensible décrue des intentions de vote en faveur du BP (inférieure à 10%), et déjà 20 candidats potentiels du parti avaient jeté l’éponge", indique Le Monde. La formation n'a ainsi "que très peu de chances de décrocher ne serait-ce qu’une poignée de sièges à la Chambre des communes".

De plus "le BP n’a pas les moyens de présenter des candidats partout", assurait au journal un ancien ministre conservateur, début novembre. Nigel Farage avait en outre perdu les faveurs d'Arron Banks, le financier de la campagne Leave.EU (pour la sortie de l'UE), qui "soutient [désormais] l’accord passé entre Boris Johnson et l’UE", note La Croix.

Les Libdems et le Labour en embuscade ?

Son leader a tout de même déclaré le 11 novembre qu'il espérait ainsi donner à Boris Johnson une "demi-chance" de "[stopper] les fanatiques des Libéraux-démocrates" [Le Point]. Ces derniers "se sont alliés la semaine dernière aux Verts et aux Gallois de Plaid Cymru", indique Le JDD.

Mais si "les conservateurs frôlent désormais la barre des 40 % d'intentions de vote dans les enquêtes", poursuit l'hebdomadaire, "le score en lui-même n'est pas l'assurance d'obtenir une majorité à la Chambre, puisque le scrutin se déroule (…) par circonscription". Car le parti au gouvernement souffre lui aussi du départ de plusieurs de ses ténors modérés. Et s'il veut étendre sa majorité, il devra ravir des sièges au Labour et au Brexit Party dans les circonscriptions où ce dernier se présente. 

Ainsi, c'est du Labour que les conservateurs devraient avoir peur. Si les travaillistes "ne dépassent pas 30 % dans les intentions de vote" [Le JDD], "certains votes du Brexit Party pourraient malgré tout [leur] revenir", avance Le Point. De surcroît, le Brexit Party et les conservateurs pourraient se retrouver en concurrence sur "ces terres du nord de l’Angleterre paupérisées" que les deux partis convoitent [Le Monde]. "A moins que le leader du BP n'aille encore plus loin et capitule définitivement ?" : c'est en tout cas une option suggérée par le Daily Mail et le Telegraph, deux journaux conservateurs britanniques. Cette proposition, que Nigel Farage trouve "presque comique" à l'heure actuelle, pourrait cependant se concrétiser si les conservateurs décidaient d'offrir de nouvelles concessions au Brexit Party, par exemple en lui abandonnant certains sièges [The Guardian].

Un "glissement idéologique", et le retour du no deal ?

En effet, Nigel Farage présente pour l'instant cette main tendue comme une contrepartie à la volonté de Boris Johnson de négocier avec l'UE un accord de libre-échange sur le modèle du CETA, "un changement considérable" selon lui [Le Monde]. Par ailleurs, il se pourrait que d'autres rapprochements se soient faits : pour The Independent, les conservateurs de l'European Research Group, partisans du hard Brexit, "auraient tenu des discussions secrètes avec M. Farage", en lui promettant un no deal à la fin de la période de transition en décembre 2020.

Bien que ces affirmations soient démenties par le conservateur Lord Barwell, ce rapprochement fait donc craindre "une radicalisation encore plus forte de la vie politique britannique", et un renforcement de "l'emprise des hard Brexiters sur le parti conservateur", observent Les Echos. Une inquiétude ravivée par la décision de plusieurs députés, anciens ministres et cadres modérés du parti de ne pas se représenter en décembre. "Au total, sur les 43 députés tories centristes, seuls 26 se représentent en décembre", indiquent Les Echos. "Las des menaces et des pressions, ils fuient un parti qui, depuis l'arrivée de Boris Johnson, s'est (…) durci sur le Brexit", ce qui fait craindre "un glissement idéologique". Le Parti conservateur est-il dès lors "juste devenu le parti du Brexit" comme l'affirme Jo Swinson, la patronne des Lib-dems [Le Monde] ?

 

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